Rixke Rail’s Archives

Accueil > Le Rail > Histoire > Le « Napoléon du tourisme ferroviaire »

Le « Napoléon du tourisme ferroviaire »

R. Gillard.

mercredi 14 mars 2012, par rixke



Mon cœur n’est jamais rassasié.


Ah ! si j’avais assez de mains


Pour étreindre l’humanité !




Mikhaïl SVETLOV, Horizons.

 Ou il est question de buveurs de gin et d'un ennemi déclaré de l'alcool

Rien de bien particulier n’avait marqué, à première vue tout au moins, cette année de grâce 1808. Si Napoléon se disposait à envahir la Grande-Bretagne, les insulaires ne semblaient pas prendre la menace au sérieux, et, moins que tout autre assurément, les habitants de la petite ville anglaise de Melbourne, dans les Midlands. Byron écrivait ses premiers vers, mais Melbourne s’en souciait fort peu ; le monde aussi, du reste. Burns, lui, venait de mourir, ce que Melbourne avait sans doute déjà oublié ; d’ailleurs, Burns était écossais : l’oubli, partant, n’était point grave. Quant aux chemins de fer, ils entraient dans la cinquième année de leur existence ; mais, à vrai dire, c’était bien là l’existence la plus anonyme qui fût. Pour en revenir à Melbourne, notre petite ville vivait comme elle avait toujours vécu, c’est-à-dire, depuis mille années, sans histoire, sans tapage et sans gloire. Et ce n’était certes pas la naissance, le 22 novembre de cette année-là, sous le toit de chaume d’une humble maison du quartier le plus populaire, de l’enfant de John Cook et d’Elizabeth Perkins, qui semblait devoir bouleverser pareil patrimoine de quiétude et de monotonie.

Cependant, c’est ce qui arriva ; comme quoi, bien que l’Ecclésiaste prétende le contraire, il est des choses qui se font et qui n’ont pas encore été. Cook junior, de son prénom Thomas, ne se contenta point d’ailleurs de mettre sens dessus dessous sa bonne ville des Midlands. Patiemment, opiniâtrement, avec cette déroutante force de caractère qu’à défaut vraisemblablement d’autres mots, nous avons appelée le « flegme » britannique, il se mit en devoir de révolutionner son comté, puis l’île tout entière, puis l’Europe, puis le monde. A sa mort, après près d’un siècle d’une vie extraordinaire, il laissait un nom, prestigieux, une affaire commerciale qui desservait les intérêts de millions de voyageurs, et, comme fortune, 2.000 livres 497 shillings et 6 pence, ce qui était bien peu, somme toute, pour un homme qui, à sa manière, venait de s’emparer de la planète.

Thomas Cook était mort, mais l’édifice qu’il avait bâti était plus solide, plus vivant que jamais. Continuée par son fils - John Mason -, par son petit-fils, ensuite - Frank Henry -, l’agence de voyages « Cook and Son », ne cessant de s’étendre au long des années, s’associa, vers 1920, avec l’entreprise européenne connue sous le nom d’ « Agence internationale des Wagons-Lits ». Cette organisation emploie de nos jours plus de dix mille employés de nationalités diverses ; elle compte trois cent cinquante succursales réparties dans soixante pays.

Ce que le lecteur ignore peut-être, c’est comment Thomas Cook, fils d’un pauvre ouvrier et d’une mère illettrée, en vint d’abord à organiser de petites randonnées touristiques, puis à mettre sur pied une firme internationale de voyages. En fait, la raison en est la plus simple qui soit, encore qu’à la première réflexion elle paraisse hétéroclite : Thomas Cook n’aimait ni la bière ni le gin, et il nourrissait à l’endroit de ces « breuvages pernicieux » une horreur sacro-sainte.

Il faut dire qu’à cette époque, la Grande-Bretagne s’adonnait à l’ivrognerie avec, une ferveur singulière, et nul doute qu’elle eût bu mer et poissons et que nous n’eussions peut-être pas connu Waterloo si un ange courroucé - en l’occurrence un petit menuisier - n’était venu mettre le holà à ces nouvelles saturnales. Soucieuse de concurrencer les boissons étrangères, la législation anglaise avait eu la malencontreuse idée d’encourager la distillation de l’alcool. Fabricants, commerçants, consommateurs de s’en donner dès lors à cœur joie. La vieille et prude Albion se vit convertie en un temple bachique. « Tout le monde s’enivre, disait un contemporain, ceux qui ne chantent pas roulent sous les tables. »

A l’âge de dix ans, Thomas Cook est placé chez un maraîcher de la ville nommé John Roby, en qualité d’aide-jardinier. Roby, bien que père d’une famille nombreuse et membre d’une congrégation religieuse, passe le plus clair de son temps à courir les estaminets ; le petit Cook commence son apprentissage de la vie. Quatre ans plus tard, le voilà qui travaille chez un oncle maternel, le menuisier-ébéniste John Pegge, lequel, pour ne point déroger à la règle, se soûle généreusement. L’enfant est écœuré ; pareille déchéance le révolte. Sa vocation est-elle tracée ? Le 18 décembre 1825, il est introduit dans la sévère religion baptiste, puis reçu missionnaire. En compagnie d’un ami, le fidèle John Earp, il parcourt villes et campagnes d’alentour, répandant tracts, bibles, brochures, prêchant la bonne nouvelle, fustigeant l’alcoolisme. C’est au cours de l’un de ces voyages qu’il rencontrera celle qui deviendra sa femme, la douce et vertueuse Marianne Mason.

Maintenant, Thomas Cook est missionnaire attitré. Il est de toutes les associations qui combattent pour la tempérance ; lui-même, bientôt, fonde son propre groupement. Entre-temps, il a fait vœu d’ « abstinence perpétuelle », c’est-à-dire de ne boire aucune boisson alcoolisée. Ni les sarcasmes, ni les huées, voire les menaces, n’arrêtent le fougueux prosélyte.

Mais l’homme ne vit pas seulement de la parole de Dieu. C’est ce qu’avait compris Thomas Cook, combattant au grand cœur, mais aussi de bon sens. Les affaires matérielles, en effet, vont bon train. Voici notre missionnaire installé comme menuisier-ébéniste à son compte ; en 1840, il emploie plusieurs ouvriers.

 Comment, d'une ligue antialcoolique, naquit le premier voyage d'agrément

C’était l’époque où les chemins de fer étendaient progressivement leurs tentacules à travers la planète. Et le temps, déjà, semblait loin où les Anglais Trevithick et Vivian, parce qu’ils avaient eu l’idée de placer sur des rails la diligence à vapeur de l’Américain Evans, venaient de signer officiellement l’acte de naissance de la « route de fer » ! Dix ans, oui, c’était loin déjà, et que de choses depuis lors accomplies ! Le 25 juillet 1814, l’illustre Stephenson commençait les essais de sa première locomotive, la « Locomotion » ; en 1825, il inaugurait la première voie ferrée du monde : la ligne Stockton - Darlington. Le premier train du continent américain avait circulé aux Etats-Unis, le 28 décembre 1829, et le premier train du continent européen, le 5 mai 1835, entre Bruxelles et Malines. A son tour, le 7 décembre de la même année, l’Allemagne entrait dans l’ère du rail. Les Russes et les Canadiens ouvraient leur première ligne à voyageurs en 1836 ; les Français, en 1837 ; les Hollandais et les Italiens, en 1839.

Thomas Cook fit son premier voyage en chemin de fer au début de 1841. Ce fut une révélation. « Pourquoi ne pas utiliser, pour la cause de la tempérance, les nouvelles possibilités de transport offertes par le rail ? », devait-il écrire plus tard, au souvenir de cette mémorable randonnée. A la vérité, Cook était enchanté, bouleversé. Son intuition, soudain, lui permettait de se rendre compte que les chemins de fer allaient ouvrir à l’homme un monde merveilleux. Non, l’Aventure n’était plus l’apanage du rêve ; ouverte, désormais, la route des partances, la route des joyeuses et saines évasions ! Mais ces chemins de fer naissants, novices, si pauvres encore de moyens, s’ils étaient soutenus par une organisation appropriée, sérieuse, de quelles réalisations ne deviendraient-ils pas alors capables ! En fait, Thomas Cook vient d’entrevoir les possibilités magistrales du rail, et cette terre nouvelle, prestigieuse, où il aborde, c’est avec des yeux de visionnaire, de poète, de mystique, qu’il la regarde. Mystique, oui. Car, avant tout, il sied de ne point se départir du rôle de purificateur. Le 9 juin 1841, Cook expose aux participants du meeting antialcoolique qui avait lieu, ce jour-là, à Leicester, le projet qui le hante depuis quelque temps : utiliser un « train spécial » pour la prochaine réunion qui devait se tenir, trois semaines plus tard, à Longborough. Le président donne son accord ; lespectateurs hurlent d’enthousiasme. Le lendemain, Cook dévoile son plan au représentant de la « Compagnie des Chemins de fer des Midlands ». « Je ne connais rien à votre association, répondit l’honnête cheminot, mais vous aurez votre train. »

Dare-dare, il faut alors s’occuper des arrangements nécessaires, lancer les invitations, informer les journaux, pourvoir à l’approvisionnement des voyageurs. Et le jour tant attendu arrive : lundi 5 juillet 1841. Sur le quai de la petite gare de Leicester, cinq cent soixante-dix pionniers sont là, qui gesticulent, palabrent, piaffent d’impatience, tandis qu’un orphéon, inlassablement, joue des hymnes et des marches guerrières. Partout claquent drapeaux, bannières et étendards. Leicester vit un jour inoubliable. Jamais pareille joie, pareille folie ne s’était emparée d’une âme britannique ! Mais voici qu’un long sifflement retentit : c’est le train. Il s’arrête, on s’engouffre ; il repart, et l’on se remet à crier, à chanter, à danser... Neuf wagons en délire s’en vont parmi les sycomores.

Tout le long du parcours, c’est le plus curieux défilé de mains levées, d’encouragements, d’acclamations, qu’il ait été donné à l’homme d’admirer. Les buveurs de gin, eux-mêmes, seraient-ils séduits ? Temporairement, tout au moins, car, à les supposer présents, bien entendu, ils furent muets comme des carpes. Enfin, voici Longborough ; on débarque. Le groupe, bientôt, se grossit de centaines de croisés venus par train d’autres régions. Ils sont plus de mille, maintenant, qui défilent dans les rues de la localité, « abstinents de naissance ou ivrognes repentis », chargés de médailles et de décorations. Tout ce monde, qu’une foule enfiévrée ovationne, se dirige vers le parc. On sert le thé, puis discours et concerts se succèdent jusqu’à la nuit tombante. Ce fut un succès absolu. A 10 h. 30 du soir, Cook avait ramené tous ses gens sains et saufs, « aucun incident, tint-il à préciser dans la suite, n’ayant eu lieu pendant l’expédition ». Le premier voyage de groupe véritable venait d’être réalisé.

Nous avons bien dit le premier voyage « véritable », car, à la réflexion, quelques excursions similaires avaient été entreprises avant Cook. Le premier train spécial frété à l’occasion d’un événement public remonte à 1838. C’était, raconte John Pudney, en l’honneur d’une exécution capitale qui avait lieu à Bodwin, dans les Cornouailles. Deux frères avaient été condamnés à mort pour le meurtre d’un homme d’affaires de Wadebridge. Les habitants de ce village, friands sans doute d’émotions violentes, louèrent un train pour les transporter jusqu’au lieu de l’expiation. Le gibet avait été dressé en face de la gare, « exprès pour eux », de sorte que les voyageurs purent assister fort confortablement de leurs bancs au spectacle qu’ils étaient venus contempler. De nos jours, heureusement, des exhibitions de ce genre ont à peu près disparu de notre vieille planète. Le bourreau remplit toujours son office, mais il le fait cachément, comme honteux de son geste. Quant à nos modernes trains spéciaux, plus sympathiques, ceux-ci, on les voit, le dimanche, qui s’en vont vers les plages, vers les campagnes et les plaines de sport, conduire des voyageurs avides de sensations plus saines, une humanité plus humaine.

L’organisation des premiers voyages en groupe avait été loin d’être parfaite. La responsabilité en était généralement laissée à un quelconque voyageur à qui le patron déléguait ses pouvoirs. Cook, lui, entendit assumer en personne la direction de ses expéditions, et, à ce titre, il fut vraiment un pionnier. Transporter cinq à six cents personnes n’est pas affaire qu’il faut traiter à la légère. Aussi Cook décida-t-il de faire de ses voyages une entreprise sérieuse, solide, digne de confiance. Il eut à prodiguer des conseils, à prouver son autorité. Son esprit, jamais en repos, veillait au confort et à la sécurité de chacun.

Sa tâche d’organisateur, Cook, dès le début, l’avait accomplie avec une sûreté, une intelligence, une honnêteté dont il ne se départit jamais. Plus qu’un simple transporteur, il fut un guide, et non seulement des corps mais aussi des âmes. Son tempérament de missionnaire ne l’encourageait-il d’ailleurs pas dans cette voie ? Il savait aussi - et ce n’est point là, assurément, un de ses moindres mérites - que son affaire n’était pas un échec, plus, qu’elle était œuvre constructive. En fait, en toutes circonstances, il fit montre d’une étonnante et franche clairvoyance. Lui-même n’affirmait-il pas qu’il avait conduit « le premier train d’excursion organisé en Angleterre » ?

Les initiatives de Cook avaient évidemment attiré sur lui l’attention du grand public. A partir de 1842, les demandes de voyages s’accélèrent. On déborde des Midlands ; la conquête de l’Angleterre commence. Bien qu’il persiste à ne voir encore dans ses expéditions que des « performances d’amateur », Cook, désormais, est assuré d’une large réussite. Les écoles lui confient leurs enfants ; les « grands » de ce monde daignent s’intéresser à lui. Ainsi, d’une tintamarresque excursion de « tempérants », par le plus invraisemblable des processus, Cook, maintenant, est appelé à organiser des voyages d’agrément.

 Intermède tragi-comique

Ne déduisez pas cependant de ce qui précède que les ligués antialcooliques aient perdu de leur virulence, ou que les piliers d’estaminets soient complètement disparus, ou que Thomas Cook, encore, ait abandonné le combat. A vrai dire, son zèle de missionnaire n’a pas faibli ; il a même perfectionné ses méthodes. Depuis quelque temps, il a installé une petite imprimerie dans son atelier de menuiserie, et il édite des périodiques, des almanachs, des cantiques, des pamphlets d’une causticité sans égale, telle cette adjuration lancée le 17 juillet 1843 : « Réveillez-vous, ivrognes, et pleurez à l’idée des misères qui vont fondre sur vous ! »

II fait aussi paraître des livrés de cantiques dont le plus ancien, un « Recueil d’Hymnes », contient entre autres l’extraordinaire poème qui suit :

Cortège d’ivrognes, jeunes ou vieux.
Mâles ou femelles, blancs ou noirs,
Six cent mille ivrognes sont en marche
Vers la destruction et l’enfer
Au milieu des lamentations, des pleurs et des grognements,
Semblables à un chœur lugubre.

En fait, Thomas Cook est la créature la plus admirée, et, sans doute aussi, la plus cordialement détestée de Grande-Bretagne, ainsi d’ailleurs qu’en témoigne cette lettre qu’un correspondant anonyme lui adressa un jour, et dont l’adresse figurant sur l’enveloppe était conçue en ces termes :

Le destinataire de cette lettre habite à Adam et Eve Street, dans Market Harborough.
Il ne boit ni bière, ni brandy, ni vin.
Ni aucune autre boisson alcoolisée.
Il édite un journal sur la tempérance
Avec lequel il s’efforce de réformer le monde.
Si tous ces détails ne suffisent pas à le faire découvrir,
Disons qu’il est menuisier et s’appelle Thomas Cook.

Mais Cook n’a cure des détracteurs. Non content de s’en prendre aux alcools, le voici maintenant qui se déchaîne contre le tabac, « aussi pernicieux, prétend-il, que tous les moyens d’intoxication liquides ou fluides ». Puis, passant de la parole aux écrits, il fonde l’ « Anti-Smoker ». A cette époque, il était interdit de fumer dans les wagons de chemin de fer. Cette ordonnance, faut-il le dire, était loin d’être suivie à la lettre ; et les surveillants cheminots fermaient généralement les yeux devant cette infraction. Cook, par contre, se montrera intraitable. Non seulement il frappait tout contrevenant d’une amende, mais il le menaçait en outre des pires châtiments célestes. Aussi, sous peine de se voir dévorer, au jour du Jugement dernier, par les chiens de l’Apocalypse, les « Cookistes », bien vite, se gardèrent-ils d’enfreindre les règlements ! Plus que jamais, la neuvième croisade entendait purifier l’Angleterre de ses délétères affections. Chopes et pipes, comme jadis les marchands du Temple, étaient traquées impitoyablement.

 Naissance du tourisme

A partir de 1850, les chemins de fer se développent à un rythme de plus en plus rapide. Le premier train à voyageurs circule aux Indes en 1853 ; à Panama et en Australie, en 1855 ; en Egypte, en 1857. A son tour, en 1868, l’Algérie inaugure le rail ; puis le Japon, en 1872, la Chine, en 1876. Les premières liaisons internationales s’ébauchent, les premiers tunnels sont percés. Graduellement, le temple cheminot s’édifie.

Ce fut vraisemblablement aux alentours du demi-siècle que Thomas Cook prétendit faire de son agence de voyages une véritable affaire commerciale. Homme au grand cœur, écrivions-nous plus haut, mais aussi de bon sens. Un des tout premiers, certainement, il a reconnu le rôle considérable que les chemins de fer allaient avoir sur le commerce, sur l’industrie, sur l’agriculture, en un mot, sur l’évolution même de la planète ; il envisageait le rail comme une force sociale. Dès lors, les cheminots étaient assurés de le compter parmi leurs plus précieux auxiliaires. Mieux : de leurs amis, de leurs admirateurs, il fut, sans conteste, l’un des plus sincères, des plus ardents. Et nul doute que la « route de fer », en ces temps où nombre d’écrivains et de politiciens rétrogrades s’évertuaient à la couvrir de sarcasmes, trouva en lui un de ses hérauts les plus authentiques.

Thomas Cook s’était mis en tête de construire quelque chose de grand. Les chemins de fer étaient devenus une entreprise universelle ; lui, de même, travaillerait à l’échelle du monde. Mais d’abord, il va travailler à l’échelle des hommes. Car les hommes, ce ne sont pas seulement les « grands », mais aussi les « petits », et non pas seulement les riches, mais encore les pauvres. Les hommes, c’est l’humanité telle que la Providence l’a voulue, avec son haut et son bas, ses grandeurs et ses petitesses ; c’est ce cœur immense et complexe dont il lui faut assouvir les secrets besoins, qu’il lui faut étreindre à tout prix. Cook veut donc édifier une œuvre populaire, accessible à toutes les bourses. Or, les tarifs des chemins de fer sont encore relativement chers. Quelle solution apporter au problème ? La solution, en vérité, est fort simple, mais encore fallait-il que quelqu’un la découvrît : pour les voyages de groupe, on payerait un prix moindre. Cook, exultant, soumet son idée au représentant du chemin de fer ; celui-ci l’accepte chaleureusement. N’est-il pas plus sage, en effet, de transporter beaucoup de voyageurs à tarif réduit que quelques isolés à prix plein ? Les « billets spéciaux » étaient nés.


Source : Le Rail, avril 1961