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Désherbage chimique des voies

C. Brenard.

mercredi 11 avril 2012, par rixke

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Le centre de brassage

En juin 1960, nous avons décrit le nouveau train spécialement équipé pour le désherbage chimique des voies principales du réseau. Pour obtenir le meilleur rendement de ce nouveau train, dont le rayon d’action est étendu, il est nécessaire de pouvoir le réapprovisionner rapidement en un point situé au centre du réseau et facilement accessible de toutes les directions. En outre, les installations de brassage de produits herbicides doivent être raccordées tant aux voies qu’à la route et pouvoir s’approvisionner en eau industrielle, en vapeur et en courant électrique.

Vue intérieure.

Ces conditions se trouvent réunies à la gare de formation de Forest-Midi. On y trouve :

  • Un hangar désaffecté, dont une partie a été aménagée pour l’installation de brassage ;
  • De la vapeur et du courant électrique fourni par la remise à locomotives ;
  • De l’eau industrielle provenant du lac d’Hofstade, qui alimente toutes les installations ferroviaires de la région de Bruxelles.

 Produits de base

Le produit herbicide de base utilisé est le chlorate de soude ; on y ajoute 10 à 12 % de carbonate de soude pour rendre la solution alcaline, c’est-à-dire moins oxydante aux éléments métalliques (tire-fonds, boulons, connexions de manœuvre des signaux, etc.), et pour réduire, dans une certaine mesure, le caractère inflammable du chlorate de soude.

 Stockage et épandage

Dès leur arrivée, les produits sont mis en solution concentrée à raison de 500 kg. de chlorate de soude par mètre cube d’eau et sont stockés dans trois citernes, dont la capacité totale est de 200 m³.

Au cours de la campagne de désherbage, qui débute au mois d’avril, il est brassé un total d’environ 2.400 m³ de solution concentrée, ce qui donne, après addition d’eau, 7.200 m³ de solution normale prête à l’épandage. Cette quantité permet de désherber toutes les voies principales du réseau en un ou deux épandages (selon les circonstances locales) ainsi que le presque totalité des voies accessoires.

Le train désherbeur, dont l’autonomie d’action est de 600 à 700 km., est affecté uniquement au désherbage chimique des voies principales. Il s’approvisionne tous les trois ou quatre jours au centre de brassage, d’où il emporte, en un temps minimum, 60 m³ de solution normale et environ 70 m³ de solution concentrée.

Quant aux voies accessoires des gares et des ateliers, elles sont arrosées par des wagons-citernes qui s’approvisionnent au centre de brassage de Forest en solution herbicide concentrée. Celle-ci est transvasée sur place, où l’on ajoute l’eau de dilution nécessaire. Ces wagons sont autonomes et équipés d’une simple rampe garnie de gicleurs, alimentée par une moto-pompe. Remorqués par des tracteurs de service, ces engins sont d’une utilisation économique.

 Description de l'installation de brassage

L’installation de brassage comprend un quai haut, longé de part et d’autre par une voie d’approvisionnement. Dans le sous-sol de ce quai, dont une aire est réservée au stockage éventuel des produits herbicides, sont installées deux cuves de brassage de 8 m³. Ces cuves sont équipées chacune d’une pompe, d’un mélangeur, d’un barboteur à vapeur, qui maintient l’eau chaude pendant le brassage, et d’un ventilateur, qui évacue la vapeur vers l’extérieur.

Un échangeur - accumulateur (« boiler ») de 20 m³ fournit l’eau chaude de brassage.

La canalisation qui relie les cuves de brassage aux citernes de stockage est pourvue d’un filtre.

Les citernes de stockage renferment un dispositif de barbotage par air sous pression fourni par surpresseur.

 Brassage des produits herbicides

L’eau utilisée au brassage des produits herbicides doit être aussi douce que possible, car le carbonate de soude utilisé provoque la précipitation de micro-cristaux insolubles qui restent en suspension dans l’eau [1]. A la longue, ces micro-cristaux, qui se déposent dans les citernes de stockage, peuvent s’agglomérer et durcir au point de contrarier la manœuvre des vannes.

Déversage du chlorate de soude dans la cuve de brossage.

L’eau du lac d’Hofstade utilisée au centre de brassage est moyennement dure. Elle contient environ 250 grammes de carbonate calcique par mètre cube. Il convient donc d’éviter que les micro-cristaux qui se forment sous l’effet du carbonate de soude s’y déposent. C’est dans ce but que les citernes de stockage sont pourvues de barboteurs alimentés par air sous pression.

 Organisation du brassage

Les wagons de chlorate de soude sont amenés sur une des deux voies qui longent le quai de brassage. Sur l’autre voie, des wagons en attente reçoivent les fûts vides.

Une des deux cuves de brassage reçoit 6 m³ d’eau à ± 60°. Le mélangeur est mis en mouvement, tandis que l’équipe déverse successivement 500 kg. de carbonate de soude (le moins soluble des deux produits) et 4.000 kg. de chlorate de soude.

Pendant ces opérations, qui permettent le brassage proprement dit, la vapeur admise dans la cuve conserve à la solution une température élevée favorable à la dissolution rapide des produits.

Après déversement de la dose fixée, la cuve est complétée d’eau chaude de façon à faire le plein (8 m³).

Les mêmes opérations sont ensuite répétées pour la seconde cuve, cependant que la première est vidangée par refoulement de son contenu dans les citernes de stockage via le filtre.

Transvasement de la solution herbicide des citernes de stockage dans les wagons-citernes.

Quant aux fûts ayant contenu le chlorate de soude, ils reçoivent, par mesure de sécurité, un jet d’eau de rinçage avant d’être remis en wagon, où ils sont empilés, ouverture vers le bas.

Au cours d’une journée de travail, une équipe de cinq ouvriers brasse environ 80 m³ de solution, ce qui représente une manutention de 40 tonnes de chlorate de soude.

 Sécurité du personnel

Dès qu’il est en contact avec une matière organique (bois, herbes sèches, laine, coton, etc.), le chlorate de soude est inflammable.

Les vêtements imbibés de solution de chlorate de soude sont donc sujets à s’enflammer dès qu’ils sont séchés. C’est pour cette raison que chaque ouvrier occupé au centre de brassage porte un costume spécial de travail, qui est journellement rincé à grandes eaux, essoré puis séché.

Par mesure de sécurité, l’aire du quai de brassage est constamment tenue humide, et les lances d’incendie sont sous pression durant les opérations de stockage et de brassage.

Une consigne sévère prescrit au personnel des mesures rigoureuses pour éviter tout accident et lui permettre de travailler en sécurité. Elle interdit notamment de fumer.


Source : Le Rail, juin 1961


[1Pour apprécier la dureté de l’eau, on utilise le degré français (X° Fr), qui correspond à un centigramme de carbonate calcique par litre d’eau. Citons à titre documentaire :

  • L’eau de Verviers, très douce, titre 2° Fr ;
  • L’eau du lac d’Hofstade, moyennement dure, titre 25° Fr ;
  • L’eau de la Sambre, à la sortie de la région carolorégienne, accuse des points de dureté pouvant atteindre 70° Fr.