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Héros du rail

(D’après Francisco L. Procel.)

mercredi 30 mai 2012, par rixke

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 Casey JONES

II est un pionnier du rail américain dont les exploits ont été mis en chansons. Il s’appelait John Luther Jones, mais on le connaît mieux sous le surnom de Jones Casey, qui lui vient de la ville de Cayce, près de laquelle il vit le jour en 1864, dans le Kentucky.

Casey Jones était machiniste à l’Illinois Central Railroad, à une époque où ceux qui exerçaient cette profession jouissaient d’un prestige égal à celui des pilotes d’avion et des cosmonautes de nos jours.

Dans la nuit du dimanche 29 avril 1900, Casey avait amené à l’heure le « Cannonball Express » à Memphis, dans le Tennessee. Quand il apprit que le machiniste qui devait conduire ce convoi à Canton, dans l’Ohio, était malade, il s’offrit à le remplacer. Le train avait une heure et vingt-cinq minutes de retard lorsqu’il s’ébranla sur le rude parcours de 188 milles menant à Canton.

Casey, bien décidé à refaire le temps perdu, regagna près d’une heure sur les cent premiers milles ; il lui fallait encore reprendre 40 minutes sur près de 90 milles.

A l’avant, on dégageait la ligne pour le « Cannonball Express », mais, dans une des gares du parcours, un train de marchandises s’immobilisa tout à coup sur la voie principale, après l’explosion d’une conduite d’air au cours des manœuvres. Casey conduisait le « Cannonball » à la vitesse maximale, la poignée d’admission de vapeur tirée à fond contre sa poitrine. Il était environ quatre heures du matin. Lorsque le train aborda la gara encombrée, le chauffeur, qui regardait vers l’avant, aperçut les feux rouges du train de marchandises. Il hurla pour avertir Casey. Aussitôt, celui-ci serra les freins et donna une série de coups de sifflet afin d’alerter ses collègues. Puis ce fut la catastrophe.

On retrouva le corps de Casey parmi les débris, une main à la corde du sifflet, la deuxième au levier de frein. Personne d’autre n’était mort, mais Casey avait perdu la vie « à toute vitesse » pour sauver ses frères.

La célébrité de Casey Jones débuta par une ballade, dont la version originale est attribuée à un nettoyeur de locomotives, un noir du nom de Wallace Saunders, qui avait pour Casey la même vénération que celle de son chauffeur, un noir également, appelé Simeon T. Webb. D’après la chanson, c’est à Webb que Casey cria ses dernières paroles lorsque, juste avant la collision, il lui ordonna : « Vaut mieux que tu sautes, mon gars, car nous allons leur rentrer dedans ».

Grâce à Casey, Webb vécut cinquante ans de plus : il mourut à l’âge de 83 ans.

La ville ferroviaire de Jackson, dans le Tennessee, où Casey a vécu avec sa femme, revendique celui-ci comme son « enfant célèbre ». La municipalité a transformé en musée le modeste « cottage » de Jones ; il contient la réplique de l’ancienne locomotive à vapeur, qui fut détruite dans la catastrophe.

C’est en 1950 que fut émis, à Jackson, le premier timbre-poste Casey Jones. Ce timbre honore Casey et tous les machinistes dont la loyauté et la bravoure ont contribué à la prospérité des Etats-Unis. D’une valeur de trois cents, il est de couleur marron. Au centre, un portrait de Casey Jones, portant la casquette de machiniste, se superpose à une roue de locomotive ; à gauche, la machine de Casey ; à droite, une locomotive carénée, d’un modèle plus récent.

Il existe plusieurs versions de la chanson de Casey Jones, non seulement en anglais, mais aussi en français, en allemand et en sud-africain. Cette chanson rendit Casey célèbre et en fit un symbole durable du courage des cheminots américains. Elle débute ainsi :

Accourez tous, que je vous conte
L’histoire d’un vaillant machiniste ;
Casey Jones était son nom,
Et sur sa six-huit, il roula vers la célébrité.

Casey Jones n’avait que 36 ans lorsqu’il mena sa course vers la mort et vers la gloire, le 30 avril 1900.


Source : Le Rail, décembre 1961