Rixke Rail’s Archives

Accueil > Le Rail > Infrastructure > Gare > Le « bâtiment des voyageurs » a évolué

Le « bâtiment des voyageurs » a évolué

G. Hendrickx, architecte principal.

mercredi 8 août 2012, par rixke

Toutes les versions de cet article : [français] [Nederlands]

Mieux connu dans le jargon du cheminot sous la dénomination typiquement belge de « bâtiment des recettes », voire de BR pour les gens pressés, le « bâtiment des voyageurs », cet élément de nos gares le plus représentatif aux yeux du public, a évolué constamment au cours des dix dernières années. Ceci est dû, en ordre principal, à deux groupes d’influences : d’une part, les impératifs nouveaux de l’exploitation ferroviaire et, d’autre part, les impulsions diverses venant de l’extérieur : séquelles des guerres, apparition de produits et de procédés d’exécution nouveaux, sans oublier la constante variation de la conception architecturale en général, sur le plan artistique.

Nous n’insisterons pas, pour le moment, sur ce que nos constructions nouvelles doivent à cet apport venant de l’extérieur ; nous nous réservons d’y revenir à l’occasion d’un prochain article. Contentons-nous, pour le moment, d’énumérer les causes internes qui ont profondément marqué la conception fonctionnelle du bâtiment des voyageurs :

  • La concentration de la commande des signaux et des appareils de voie au cœur même du bâtiment, à portée de main du personnel de l’exploitation ;
  • La réduction du trafic des marchandises dans les petites gares, grâce aux centres routiers, ce qui permet de fusionner l’acceptation des expéditions avec le service des bagages, dont le guichet apparaît à côté de celui où l’on distribue les tickets ;
  • La correspondance à assurer entre le train et l’autobus ;
  • Le progrès social et le confort croissant : les vieux poêles à charbon font place aux radiateurs, les commodités pour le personnel et la clientèle sont accrues, les buffets et les autres concessions commerciales prennent de l’extension.

Bref, les changements intervenus sont tels qu’un bâtiment des voyageurs qui serait construit suivant des plans établis il y a vingt ans risquerait de faire figure de « Belle-au-Bois-dormant ».

Cela n’empêche que le réseau compte encore des « ancêtres », datant du siècle dernier. Quelques-uns d’ailleurs témoignent d’une valeur artistique durable. Quand c’est le cas, la tendance d’avant-guerre, c’est-à-dire la réalisation d’un programme de modernisation, reste valable.

Mais, à l’heure actuelle, les mesures de rationalisation évoquées plus haut plaident souvent en faveur de solutions plus radicales : faire table rase des constructions existantes. Beaucoup de vieux édifices partagent en cela le sort des grandes maisons de maître du début de siècle.

Ce sont donc des bâtiments de construction assez récente que nous allons vous montrer dans ce premier « show chronologique » consacré aux bâtiments des voyageurs.

Nous nous limitons provisoirement aux réalisations de petite ou moyenne importance. Nous compléterons la série, ultérieurement, par des réalisations en voie de parachèvement, avant de nous attaquer aux bâtiments de plus grande envergure.

Toutes ces constructions sont souvent mises en valeur grâce au dévouement du personnel, qui consacre des soins assidus à une décoration florale très appréciée du public, et qui constitue en même temps un progrès dans l’embellissement des lieux de travail.

GRAND-HALLEUX (1955).
Ce petit bâtiment respecte le caractère régional, surtout par le choix des matériaux les plus apparents : pierres et ardoises. Il remplace un « ancêtre » de 1880, gravement endommagé par faits de guerre en 1944-45.
La salle d’attente est uniquement accessible par le quai afin d’éviter des courants d’air dans une région où l’hiver est précoce et rude.
La cabine de signalisation est située à l’angle du bâtiment, vers le passage à niveau.
TAMISE (1956).
Le bâtiment a été érigé le long des nouvelles voies surélevées à la suite de la construction de l’autoroute et du nouveau pont sur l’Escaut.
Le poste de signalisation et le service des marchandises y sont incorporés.
La façade en briques et la toiture en tuiles sont d’allure très simple.
MONT-SUR-MARCHIENNE (1961).
Cette construction remplace un petit bâtiment vétusté à ossature en bois et murs de remplissage.
Le poste de signalisation de l’ancien bâtiment devait être maintenu à son emplacement primitif et la nouvelle construction l’a « enveloppé » sans interruption de service.
Ce petit bâtiment fonctionnel est d’aspect très vivant par le choix des matériaux : grès, briques émaillées et verres colorés. Il apporte une touche riante et colorée dans cette zone industrielle. Des plantations et des nappes fleuries contribuent à cet effet.
MORTSEL (1958).
Ce bâtiment, qui remplace une construction vétuste, fut érigé à un emplacement permettant de concentrer tous les locaux de service et de dégager le passage à niveau.
De la cabine de signalisation en saillie, on a une bonne visibilité vers la traversée des voies.
Bâtiment à niveau légèrement surélevé, aux lignes élégantes. Façades en briques peintes et moellons de grès, toiture à versants en tuiles plates.
ANVERS-EST (1960).
Le prolongement de l’avenue Plantin-et-Moretus au-delà de la ligne de chemin de fer, surélevée à cet endroit, nécessitait la construction d’un pont et la démolition de l’ancien bâtiment des voyageurs bâti en haut du remblai. On y accédait d’ailleurs par un escalier établi à flanc de talus. Le nouveau bâtiment, au contraire, est construit en contrebas et ne présente, à l’étage, qu’une petite partie surélevée. L’écueil d’une construction en contrebas ne pouvant être évité, on a établi une tour-signal indépendante du bâtiment, qui est visible des trains et présente, en outre, cette particularité d’être purement fonctionnelle. Elle abrite, en effet, à la fois : une chaufferie et sa cheminée, un monte-charge, un local pour le dirigeant de l’exploitation (au niveau des quais) et un central téléphonique.
A noter la conception ultra-moderne, le nombre de matériaux nouveaux, les jeux de couleurs à l’intérieur des locaux.
L’entrée de la salle d’attente est nettement marquée par l’auvent et l’horloge. Le buffet tout proche jouit d’une situation favorisée.
L’ensemble est complété par un petit parc de stationnement pour voitures.
MARCHIENNE-EST (1948).
Ce petit bâtiment a été construit, lors de l’électrification de la ligne Bruxelles-Charleroi, à la suite des modifications du tracé des voies et de la construction d’un couloir sous voies. L’escalier de ce dernier débouche prés du bâtiment ; la cage d’escalier fait corps avec l’ensemble.
LIEGE-HAUT-PRE (1955).
Ce bâtiment fut construit à l’occasion de l’électrification de la ligne Liège-Bruxelles en remplacement d’un ancien et très grand bâtiment en bois à étage.
Les appareils de signalisation sont concentrés dans le bureau du personnel de l’exploitation.
La toiture, en faible pente, déborde sous forme d’auvent au-dessus de l’escalier du couloir sous voies.
MALMEDY (1954).
Cette construction remplace un bâtiment détruit par faits de guerre. Les façades en moellons et la grande couverture en ardoises s’inspirent du style régional.
WATERSCHEI (1953).
Waterschei est un centre important des charbonnages limbourgeois. II n’y existait qu’une construction provisoire en bois. Le nouveau bâtiment est du type classique, avec hangar à marchandises incorporé.
TONGRES (1956).
Le bâtiment a été érigé sur l’emplacement de l’ancienne bâtisse détruite le 10 mai 1940. C’est une des premières réalisations avec gare routière (autobus) avoisinante.
La façade basse, aux lignes simples, est couronnée par une corniche, largement débordante, et par une toiture en tuiles noires.
Les briques couleur saumon sont de la région.
L’entrée des voyageurs est bien marquée par un sas en saillie dans une grande paroi vitrée ; on remarque, à gauche, l’emplacement du buffet.

Source : Le Rail, décembre 1962