Rixke Rail’s Archives

Accueil > Le Rail > Histoire > Témoins d’hier > Témoins d’hier : Noir et Blanc

Témoins d’hier : Noir et Blanc

P. Pastiels.

mercredi 10 septembre 2008, par rixke

L’hiver bat son plein et son âpreté glaciale n’épargne personne. La voie résiste, les rails se contractent, les cheminots peinent mais les trains roulent. Blottis les uns contre les autres, les voyageurs somnolent dans un bien-être surchauffé. Leurs regards ne vont pas plus loin que les vitres givrées du compartiment. Qui d’entre eux soupçonne l’activité fébrile qui entoure les trains, le mal que se donnent les cheminots pour assurer un service régulier ? Combien de fois, en une nuit, faut-il débloquer les aiguilles enfouies sous des amas de neige poudreuse ? Combien de fois faut-il, au cours de l’hiver, dégager la tranchée de Hockay, la gare la plus élevée de Belgique, sise dans les Fagnes à 538 m d’altitude ?

Hockay

Quittons ce haut plateau fangeux, envahi par te parfum des mélèzes. De la Fagne vers l’Ardenne, il n’y a qu’une envolée pour le bonhomme hiver porté par la tempête. Les trains, eux, n’ont pas de bottes de sept lieues, ils vont pas à pas, à coups pénibles de bielles et d’escarbilles. Notre courageuse locomotive du type 32 Etat brave les rigueurs des frimas en nous entraînant allègrement à travers le paysage figé. Cette machine mixte à trois essieux couplés, très appréciée des machinistes, a rendu - pendant plus d’un demi-siècle - de bons et loyaux services dans ces régions rudes. Les dernières se réfugieront à Trois-Ponts...

Profitons de quelques moments de répit pour parler du chauffage des voitures.

On-Jemelle

Le système des chaufferettes fut généralisé à partir de l’hiver 1880-1881. Dès l’arrêt du train, des agents poussant brouettes s’empressaient de remplacer les chaufferettes froides par de nouvelles bien chaudes. A ce moment, il fallait prendre garde à ne pas mettre les pieds dessus : on se serait exposé à de cuisants désagréments ! De la glacière, on passait bientôt au sauna démocratique.

Plus tard apparut le système de chauffage au moyen de calorifères du genre Godin avec ou sans grille ou du genre dit « de tranchée », utilisé pendant la guerre. Bientôt, la majorité des voitures furent chauffées par la vapeur de la locomotive. Les gardes, dans leurs fourgons, utilisèrent encore des calorifères tandis que le chauffage par thermosiphon (système à circulation d’eau chaude) se cantonnait à quelques voitures cellulaires.

Jemelle

Celui qui rédigea l’extrait du règlement ci-après n’était sans doute pas souvent en proie à des rhumes accablants : « Le chauffage des trains du service intérieur commence le 15 octobre à 0 heure et finit le 14 avril à 24 heures, celui des trains des services internationaux commence le 15 septembre à 0 heure et finit le 14 mai à 24 heures. » La Suisse, pays privilégié, avait un régime de faveur : le chauffage était assuré jusqu’au 31 mai... Chez nous, quand la température extérieure était supérieure à 10 degrés centigrades, le chauffage était supprimé, tant le jour que la nuit.

Denderleeuw

Mais trêve de bavardages, nous arrivons à destination. Nous descendons la rampe (16 pour mille) reliant Marloie à Jemelle. A notre gauche, nous apercevons le charmant village de On. Ou haut d’un promontoire, la petite église domine fièrement la vallée enneigée et nous invita à sa sympathique messe de minuit. La Wamme ne nous présente pas aujourd’hui son lit empierré, mais un franc courant de glaçons... Nombreux sont les cheminots qui ont élu domicile dans ce site enchanteur, non loin de la sylve paisible : Marloie et Jemelle sont des gares importantes de bifurcation, la remise aux locomotives de Jemelle occupe beaucoup de personnel... Nous profitons de ce court arrêt pour nous dérouiller les jambes. Tant bien que mal, les portières gelées s’ouvrent ; une épaisse couche de neige amortit nos pas maladroits se dirigeant vers le buffet. Un bon bouillon nous redonnera des couleurs...

Voilà, nous sommes déjà repartis ! La Lhomme a accueilli la Wamme, le rail prend une autre direction. Nous franchissons le viaduc de la ligne de Rochefort, enjambant la Lhomme. Ce promeneur solitaire nous souhaite bon voyage ; peut-être aurons-nous encore le temps d’atteindre Denderleeuw aujourd’hui...