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Risques atténués aux PN

L. Helewaut.

mercredi 24 octobre 2012, par rixke

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L’intensité sans cesse accrue de la circulation routière, en particulier aux abords des passages à niveau, expose nos engins de traction diesel - surtout affectés à la desserte des lignes secondaires - à des risques de collision de plus en plus fréquents.

Ces collisions peuvent avoir des conséquences très graves, surtout quand on connaît le gabarit actuel de certains véhicules routiers. En effet, on sait que nos autorails ont les parois d’about relativement fragiles. Ces conséquences peuvent donc être catastrophiques pour notre personnel. Cela s’est hélas vérifié lors de nombreux accidents qu’ont subis les autorails en question et qui ont provoqué la mort d’un certain nombre de conducteurs ou des blessures entraînant une incapacité permanente chez d’autres, à cause de l’enfoncement de la cabine de conduite.

II était donc impérieux de faire quelque chose pour protéger les conducteurs dans l’exercice de leur métier.

A cet effet, deux mesures ont été prises : d’une part pour limiter les risques d’accidents aux passages à niveau ; d’autre part pour en atténuer les conséquences quand ils se produisent en dépit de toutes les précautions.

 Prévention des accidents aux passages à niveau

La lutte pour la prévention des accidents aux passages à niveau est notamment fondée sur les principes de base suivants :

  • l’approche de l’autorail doit être constatée à temps ;
  • la vitesse de l’autorail ne doit pas être sous-estimée, au point que le chauffeur de la voiture ou du camion ait la conviction qu’il a encore le temps de franchir le passage à niveau ;
  • le conducteur de l’autorail doit avoir une visibilité aussi bonne que possible vers tous les chemins d’accès au passage à niveau, de manière qu’il puisse prendre rapidement toutes les mesures capables de limiter les conséquences d’un accident, quand il est inévitable !

C’est en se fondant sur ces principes qu’on a décidé de peindre les autorails en couleurs voyantes, de les équiper de phares modernes et d’élargir de façon appréciable le champ visuel du conducteur.

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 Couleurs voyantes

Ainsi que tous les autres engins de traction, les autorails étaient peints depuis une vingtaine d’années en vert foncé.

Un véhicule de ce genre qui se déplace sur fond sombre peut, en temps normal, être aisément et d’assez loin, aperçu par une personne qui n’est pas en mouvement et observe avec attention. Si toutefois cette personne est un chauffeur de camion (ou de voiture) qui, par définition, se déplace à une certaine vitesse et qui, en outre, a son attention sollicitée par d’autres sujets de préoccupation, la perceptibilité du véhicule se restreint ; elle s’amenuise d’ailleurs davantage selon que le temps est moins clair ou que les conditions atmosphériques sont plus défavorables.

Afin de rendre les autorails bien distincts à plus grande distance, également par mauvais temps, on les a, depuis trois ans, assortis, ainsi que leurs remorques, de deux couleurs contrastant avec violence ; rouge vif pour la partie inférieure de la caisse et jaune ocre pour la partie supérieure.

D’aucuns pourront estimer peu convaincante, du point de vue de l’esthétique, la combinaison de ces deux couleurs. C’est leur droit le plus strict. Nous tenons néanmoins à leur faire remarquer que, depuis l’adoption de la nouvelle livrée, le nombre des accidents aux passages à niveau où sont impliqués des autorails, a diminué de 90 %. A ce point de vue, la réussite est assez éloquente et justifie bien une petite entorse aux lois de l’esthétique.

Car il n’est pas possible de mettre cette diminution du nombre d’accidents sur le compte du hasard.

En effet, à ceux qui voudraient le faire, nous rétorquerions qu’il est prouvé que la couleur jaune est, entre toutes, la plus intense et que, dès lors, elle est perceptible à des distances beaucoup plus grandes que le vert et ce, quelles que soient les circonstances. De plus, le « jaune » incite à une certaine surestimation de la vitesse, ce qui constitue un élément appréciable dans la lutte contre les accidents dont sont victimes nos autorails. Il est à noter, en outre, que le « jaune » est actuellement la couleur dans le vent pour les voitures de sport ; étant entendu que les objectifs poursuivis par les fabricants d’autos ne concernent pas nécessairement la sécurité.

Pour ce qui est du rouge vif, on a coutume de l’associer à la notion de « danger ».

Se fondant sur les propriétés des couleurs, on peut honnêtement être porté à penser qu’un autorail aux couleurs rouge et jaune incitera l’usager de la route à stopper plus rapidement que si cet engin était vert foncé. Le vert est en effet, c’est assez connu, une couleur reposante, qui ne suscite pas la notion de danger, qui se confond souvent avec l’environnement qui, provoquant une sous-estimation de la vitesse, incite beaucoup moins l’automobiliste à s’arrêter.

 Phares modernes

Depuis pas mal de temps déjà, il existe une tendance générale à équiper les véhicules routiers de phares de plus en plus puissants qui peuvent, en sus, donner des signaux lumineux.

Cet équipement n’a pas pour seul but de procurer aux conducteurs un meilleur aperçu de la route qu’ils empruntent mais surtout de rendre leur véhicule repérable de beaucoup plus loin.

Le législateur a d’ailleurs souligné l’importance de cette « perception plus rapide » quand il a prescrit que les véhicules routiers doivent, même quand l’éclairage environnant est suffisant (c’est le cas dans les villes par exemple), allumer leurs feux de croisement non seulement dès la tombée de la nuit mais aussi par temps de brouillard ou de fortes pluies.

C’est dans la même perspective que les autorails ont été pourvus de phares très puissants a double filament incandescent, qui peuvent fonctionner non seulement en guise de feux de route ou de feux de croisement, mais qui peuvent également, en cas de danger, émettre des signaux lumineux capables d’attirer l’attention d’usagers de la route éventuellement distraits.

En outre, les ateliers d’entretien ont été équipés d’un système d’appareillage moderne qui permet le réglage adéquat desdits phares.

 Visibilité élargie

II est d’importance primordiale que le conducteur de l’autorail ait un champ visuel très large, non seulement sur la voie, mais encore sur les routes et chemins d’accès au passage à niveau.

Telles que les cabines étaient conçues jadis (années de construction 1950-55), ce champ était limité d’un côté par la présence d’un compartiment à bagages ou d’une toilette.

Il y a été remédié : on a agrandi les cabines de conduite qui prennent désormais toute la largeur du véhicule et on les a pourvues de baies latérales suffisamment grandes et de baies de devant spacieuses, munies d’essuie-glaces à commande pneumatique.

Les tableaux de bord ont été modifiés de manière telle que, non seulement les réparations peuvent y être faites aisément, mais que surtout le conducteur de l’autorail peut toujours s’installer en face d’eux, assis, dans une position naturelle et facile.

En fixant tous les phares avertisseurs en dehors du champ visuel du conducteur, on a évité qu’il puisse être aveuglé par des reflets lumineux qui se produisent dans la baie de devant.

C’est également pour empêcher tout risque de reflet que les parois de la cabine ont été peintes en gris.

 Atténuation des conséquences de collisions

Particulièrement dangereuses sont les collisions avec des « poids lourds » : pour le conducteur de l’autorail, mais également pour le chef garde dans le compartiment « bagages », pour le voyageur qui se trouverait dans le compartiment de toilette.

En l’occurrence, le choc ne se produit pas généralement contre les tampons et la paroi d’about de l’autorail mais contre la paroi de devant, ce qui fait que la cabine de conduite et éventuellement le compartiment « bagages » ou de toilette sont enfoncés.

C’est à la suite d’enfoncements de ce genre qu’on a eu à déplorer jadis la mort de quelques-uns de nos conducteurs tandis que d’autres étaient victimes de blessures ou de lésions graves.

Vue de l’ossature d’une paroi frontale renforcée avant ton regarnissage.

Dès lors, en vue d’augmenter la liberté de mouvement du conducteur ainsi que sa sécurité, on a donné comme dimension à la cabine toute la largeur de l’autorail. En cas de danger, le conducteur peut, après avoir bloqué les freins, s’écarter vers le coin de la cabine qui ne risque pas d’être enfoncé, voire même quitter délibérément la cabine en question.

Grâce à l’espace disponible élargi, l’appareillage qui constituait, en cas de collision, un réel danger pour le conducteur, a pu être placé suffisamment hors de portée de ce dernier. D’où une diminution des risques de blessures graves.

En outre, on a profité de l’élargissement des cabines de conduite pour renforcer sensiblement les parois avant du véhicule. Dans les coins et au centre de ces parois, on a placé des pièces profilées en « U » qui ne sont pas seulement soutenues au-dessus et en dessous, mais qui sont également reliées entre elles à mi-hauteur par une solide poutrelle transversale (également en forme de « U »), prenant toute la largeur de la paroi frontale.

Un grand nombre d’autorails ont été déjà renforcés de la sorte et ainsi la sécurité de nos conducteurs est désormais garantie dans une très large mesure.


Source : Le Rail, avril 1973