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10 ans de coopération entre les chemins de fer belges et marocains

J.-J. Dubuisson.

mercredi 5 avril 2017, par rixke

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Désirant s’associer étroitement à la commémoration du dixième anniversaire de la coopération belgo-marocaine, mais aussi afin de présenter cet événement aux cheminots belges (dont certains y participent déjà activement), « Le Rail » a voulu en savoir plus.

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M. Achour, directeur général adjoint, directeur de personnel et de la formation professionnelle, responsable de la coopération internationale au sein des chemins de fer Marocains.

M. Achour, directeur général adjoint, directeur du personnel et de la formation professionnelle, responsable de la coopération internationale au sein des chemins de fer marocains et M. Staffe, ingénieur principal, chef de division à la Signalisation et chargé à la SNCB de la coordination générale des relations avec le Maroc, ont aimablement accepté de répondre à nos questions.

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M. Staffe, ingénieur principal, chef de division à la signalisation et chargé à la SNCB de la coordination générale des relations avec le Maroc.

Pourquoi et comment la coopération entre la SNCB et l’ONCF a-t-elle débuté ?

M. STAFFE ; La coopération SNCB - ONCF est née de l’intérêt que l’ONCF a marqué envers la Belgique, dès le début des années 80 :

  • En achetant à la SNCB des voitures K1 de réemploi ;
  • En commandant à l’industrie belge (BN-ACEC), 8 automotrices triples ZM, identiques aux automotrices doubles Break (AM 80) de la SNCB.

Les voitures K1 furent destinées à ajouter dans les trains de voyageurs de l’ONCF, une 3e classe, dite E comme économique, accessible à une large clientèle aux revenus très modestes.

Quant aux automotrices, elles constituent le fleuron de l’ONCF, c’est-à-dire des Trains Navettes Rapides (TNR) entre Rabat et Casablanca, roulant à cadence horaire à 160 km/h.

M. ACHOUR : Ce fut là en effet le commencement d’une coopération maroco-belge sur le plan ferroviaire qui s’est concrétisée par la signature d’une convention de coopération SNCB-ONCF à Bruxelles le 15 juillet 1982.

En ce qui nous concerne, il s’agissait à l’origine de pouvoir :

  • Acquérir, pour le matériel en question, les pièces de rechange en stock dans les magasins centraux de la SNCB ;
  • Bénéficier, par la même occasion, du prix avantageux des marchés de masse de la SNCB ;
  • Profiter du grand savoir-faire des ingénieurs et techniciens de la SNCB dont les solutions sont adaptées à un réseau de dimensions analogues au nôtre.

Selon vous, idéalement, en quoi doit consister une coopération entre réseaux ferroviaires ?

M. ACHOUR : Je ne pourrais mieux répondre à cette question qu’en faisant référence à l’article 1 de la convention qui lie nos deux réseaux et met l’accent sur « l’intérêt mutuel à développer une coopération étendue et à long terme dans divers domaines de l’exploitation technique et de la gestion du transport ferroviaire ».

M. STAFFE ; J’ajoute que cette coopération, toutefois, ne peut exister réellement que si chaque partenaire apporte sa contribution, d’une manière ou d’une autre, afin d’équilibrer l’échange. Cet équilibre doit être estimé selon les ressources de chacun et maintenu par un suivi soutenu et concerté.

La coopération entre nos deux réseaux répond-elle à ces critères ?

M. ACHOUR : Oui, dans l’ensemble, si l’on en juge d’après ce qui a déjà été réalisé jusqu’à présent. Je songe particulièrement à ces points :

  • La formation et le perfectionnement du personnel ONCF en Belgique et au Maroc ;
  • L’organisation de missions d’experts belges et la fourniture de matériel didactique ;
  • L’assistance technique belge à l’ONCF ;
  • Le contrôle et la réception par la SNCB de matériels et équipements achetés par l’ONCF à l’industrie belge ;
  • La fourniture par la SNCB de pièces de rechange ;
  • Le groupement des achats jugés avantageux par les deux parties ;
  • La fourniture par la SNCB de matériel de transport et d’équipements demandés par l’ONCF (matériel de réemploi) ;
  • La réalisation par des experts belges des études demandées par l’ONCF ;
  • Le transfert de technologie dans le domaine ferroviaire ;
  • La concertation sur toutes les questions intéressant les deux réseaux.

Cette liste n’est évidemment pas limitative. En réalité si l’on excepte la lenteur avec laquelle l’Administration générale pour la coopération et le développement (AGCD) traite parfois certaines questions avec la SNCB, nous avons tout lieu de nous montrer satisfaits.

M. STAFFE : Cette satisfaction est réciproque même si de temps à autre certains problèmes tardent à être résolus. M. Achour fait allusion à la mise en place du simulateur de conduite à Casablanca qui a demandé plus de temps que prévu ainsi que la fourniture de son complément audiovisuel pour lequel des considérations d’ordre budgétaire diffèrent la réalisation. Je me permets d’insister sur l’importance et la régularité des achats de matériel roulant de réemploi excédentaire à la SNCB, effectués par l’ONCF.

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Simulateur de conduite à Casablanca.

Enfin il convient de souligner aussi, et surtout, le respect mutuel et la grande confiance qui caractérisent toutes les relations de coopération entre les deux réseaux.

Le contenu de la coopération a-t-il évolué au cours des années et dans quel sens ?

M. STAFFE : Au début, la coopération n’envisageait que le matériel roulant belge acquis par le Maroc en Belgique. Mais depuis 1985, les actions n’ont fait que s’amplifier et les sujets abordés se sont diversifiés. Certaines actions sont même prises en charge, totalement ou partiellement, par l’Etat belge, via l’AGCD, en conséquence de l’achat des automotrices marocaines (Break) à l’industrie belge.

De plus en plus, cette coopération se manifeste au niveau des problèmes d’approvisionnement, d’exploitation et de gestion.

Par ailleurs, l’échange de billets gratuits et l’organisation par la caisse de Solidarité sociale de séjours de vacances pour les cheminots retraités ainsi que pour les enfants donnent, dès cette année, une dimension plus humaine encore a cette coopération.

M. ACHOUR : Incontestablement, l’évolution est positive. Les dirigeants des deux réseaux ne ménagent pas leurs efforts pour promouvoir davantage encore cette coopération.

Cette coopération revêt-elle une forme particulière qui la distinguerait des actions menées avec d’autres pays ?

M. ACHOUR : En ce qui concerne l’ONCF, cette coopération est similaire à celle que nous avons avec d’autres réseaux, notamment la SNCF.

M. STAFFE : La SNCB n’a signé une telle convention de coopération qu’avec l’ONCF. Bien qu’elle soit cofondatrice de Transurb Consult, société coopérative à caractère mi-public et mi-privé qui exporte son savoir-faire, notamment vers les pays à environnement difficile, la SNCB a dérogé ainsi à sa stratégie générale et pour le Maroc seulement. La SNCB coopère donc avec le Maroc, en direct, mais il lui arrive de déléguer certaines tâches à Transurb en raison de ses compétences.

Quelles sont les actions en cours et celles envisagées à bref délai ?

M. ACHOUR : II est heureux de constater que l’ONCF a de nouveau commandé à l’industrie belge 6 rames automotrices électriques 3KV réversibles de 3 voitures chacune, similaires à celles commandées en 1982 avec en plus une climatisation des rames.

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Train Navette Rapide (TNR) circulant entre Rabat et Casablanca.

Cette commande donnera lieu a la prise en charge de certaines prestations par l’AGCD au profit de l’ONCF notamment en ce qui concerne la formation du personnel et la réception par la SNCB de ces rames pour le compte de l’ONCF.

M. STAFFE : Prochainement, la SNCB accueillera une petite vingtaine de stagiaires en Belgique et organisera deux ou trois séminaires ou missions d’assistance technique dans les domaines de l’infrastructure et du matériel roulant.

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Passage à niveau didactique - formation professionnelle à Rabat.

Par ailleurs, une collaboration est recherchée dans le domaine de l’exploitation et de la voie ; les pourparlers sont en cours en vue de leur donner une forme techniquement et financièrement intéressante pour les deux réseaux. Mais l’année 1992 sera également marquée par la célébration du Xe anniversaire qui fera l’objet prochainement, d’une conférence de presse.

M, ACHOUR : Pour être complet, j’ajouterai que trois actions sont actuellement à l’étude.

  • La possibilité de création d’une société mixte de location de wagons neufs ou de réemploi à utiliser au Maroc ou sur les trois réseaux maghrébins ;
  • La création d’une liaison routière Tanger-Bruxelles (TIR) en collaboration avec la SA Depaire belge et la filale ONCF Carré ;
  • L’assistance technique SNCB pour la création d’un atelier de la voie au Maroc.

L’ONCF a-t-il intérêt à poursuivre la coopération avec la SNCB et inversement ?

M. STAFFE : Tant que la coopération est équilibrée et source de profit, les deux réseaux ont chacun intérêt à la poursuivre. Ils s’y emploient d’ailleurs activement aujourd’hui et tout porte à croire que leurs objectifs continueront à se rencontrer encore longtemps.

II n’est peut-être pas inutile de mentionner ici que le budget annuel de toutes les opérations et actions menées avec l’ONCF se calcule en millions, voire en dizaines de millions de francs belges, ce qui a nécessité de créer, au 1.1.92, une comptabilité particulière destinée à mieux cerner ce budget et à enregistrer tous les produits et toutes les charges en relation avec la coopération SNCB - ONCF.

M. ACHOUR : Oui, l’ONCF a intérêt à poursuivre cette coopération avec la SNCB. Il peut offrir à la SNCB la possibilité d’acheter des wagons à des prix très compétitifs par l’intermédiaire de la Société de construction ferroviaire (SCIF) de Casablanca dont l’ONCF est actionnaire. De ce fait l’équilibre de la coopération en, serait renforcé tout en fonctionnant à la satisfaction des deux réseaux.

M. STAFFE : En conclusion de cet entretien, et je suis persuadé que M. Achour partagera mon propos, je voudrais remercier « Le Rail » pour l’intérêt qu’il a manifesté à l’égard de la coopération belgo-marocaine en matière ferroviaire. On fait souvent le reproche que l’information circule mal au sein de notre propre entreprise.

En s’associant aussi étroitement à la commémoration de ce dixième anniversaire, votre revue apporte un démenti à une telle affirmation.

Je suis à présent convaincu que quiconque au sein de notre Société œuvrera dans le cadre de cette coopération, même si ce n’est qu’occasionnellement, saura qu’il contribue a une action souhaitée par les autorités et valorisante pour la SNCB, et sans doute pour lui-même.


Source : Le Rail, avril 1992