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Les cheminots, artisans de l’Europe

LRG.

mercredi 5 mars 2014, par rixke

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Au moment où l’on évoque les traits essentiels de la Communauté européenne, à l’occasion de l’élection de son parlement, il n’est pas sans intérêt de relever que les chemins de fer contribuent depuis longtemps déjà à la réalisation concrète d’un des objectifs fondamentaux de la CEE : la circulation des personnes et des biens.

 Déjà au 19<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle

En effet, bien avant que n’apparaissent les institutions européennes, les diverses compagnies de chemins de fer du continent connaissaient déjà certaines formes de collaboration visant à promouvoir le trafic entre les réseaux, tant au plan national qu’international.

Dès le 19e siècle, longtemps avant l’apparition des transports routier et aérien modernes, on a connu certains trains de voyageurs internationaux ainsi que des échanges de marchandises de même nature. Ainsi, pour reprendre cet exemple célèbre, la Compagnie internationale des wagons-lits, en collaboration avec les réseaux et grâce à ses Orient-Express et autres trains prestigieux, permettait aux voyageurs de découvrir des horizons toujours plus lointains...

 Une collaboration internationale

Au fur et à mesure de la création des réseaux nationaux et des diverses évolutions intervenues, les chemins de fer sont restés conscients de la nécessité de maintenir et de développer des relations internationales et, bien entendu, de collaborer à cette fin. Divers organismes ou instruments internationaux furent créés afin de résoudre les multiples problèmes engendrés par le trafic international et améliorer ses conditions d’écoulement et de développement : normes de construction des infrastructures et du matériel, normes d’exploitation, conditions commerciales, tarifaires, etc.

La plupart de ces instruments ne sont d’ailleurs pas strictement ajustés aux structures géographiques de l’Europe des Dix. Tout d’abord parce qu’ils sont bien souvent antérieurs à la CEE mais également parce que, pour diverses raisons, ils concernent en outre certains réseaux extérieurs à la Communauté. Ainsi, par exemple, la Suisse qui n’est pas membre de la CEE, adhère cependant à de nombreux organismes ferroviaires internationaux, entre autres du fait de sa position centrale dans l’écoulement du trafic européen.

 Quelques organismes

Sans nullement vouloir être exhaustifs, citons quelques-uns des principaux instruments ou organismes ferroviaires internationaux intéressant directement les réseaux et Etats d’Europe occidentale :

  • l’UIC, Union internationale des chemins de fer, créée en 1922 et qui s’est vue confier la mission de coordonner la collaboration des réseaux membres, dont nombre d’européens ;
  • les conférences européennes des horaires, depuis 1872 pour les trains de voyageurs et les services directs (CEH), depuis 1924 pour les trains de marchandises (CEM). Ces conférences règlent la circulation, les horaires et/ou la composition des trains internationaux ;
  • la conférence pour l’Unité Technique des chemins de fer qui, depuis 1882, édicté des règles à imposer à la voie et au matériel roulant, pour le transit international ;
  • l’Union internationale des wagons, créée en 1921, qui mit au point le RTV (règlement pour l’emploi réciproque des wagons en trafic international) et, à la même époque, l’Union internationale des voitures et fourgons qui édicta le RIC (règlement pour l’emploi réciproque des voitures et fourgons en trafic international) ;
  • la Convention internationale concernant le transport des marchandises (CIM) de 1890, suivie en 1923 de la Convention internationale concernant le transport des voyageurs et des bagages (CIV), avec leur organe exécutif, le CIT (Comité international des transports par chemins de fer) ;
  • la Communauté d’exploitation des wagons EUROP, créée en 1953, qui permet l’exploitation en banalité d’un grand nombre de wagons appartenant à plusieurs réseaux européens ;
  • la société EUROFIMA, née en 1956 et destinée au financement international des commandes de matériel ferroviaire standardisé destiné à l’exploitation en banalité par les réseaux ;
  • le groupement TEE, créé en 1957 et qui est à la base de ce service prestigieux et universellement connu, même s’il s’efface quelque peu actuellement au profit des Intercités ;
  • la société coopérative INTERFRIGO, née en 1949, qui a pour objet le développement des transports internationaux sous température dirigée ; sa consœur INTERCONTAINER qui s’occupe, elle, du transport international des conteneurs ;
  • le groupe des Dix qui suit pour les réseaux des 10 pays membres de la CEE les travaux des institutions européennes et s’efforce d’obtenir la mise en vigueur de règles communautaires conservant aux chemins de fer la place qui leur revient légitimement dans le système moderne des transports.

 Des réalisations concrètes...

L’action et la collaboration européenne de tous ces réseaux et organismes se matérialisent chaque jour par la mise en circulation et l’acheminement ininterrompu de très nombreux trains internationaux de voyageurs ou de marchandises, qui contribuent pour une large part au développement humain et économique de la CEE.

Cette collaboration, c’est par exemple la mise au point de tarifs et la vente de billets directs (de bout à bout) avec des mécanismes de compensations financières entre les réseaux. C’est encore la réservation internationale des places assises ou des couchettes et voitures-lits. C’est également l’interpénétration des engins moteurs et la banalisation d’une part importante du matériel remorqué, ce qui nous vaut certaines compositions assez chamarrées...

 ... pour l'Europe

Mouvements incessants des trains, des voyageurs, des marchandises... A travers les réseaux et leurs organismes de coopération, grâce aux cheminots qui les animent, les chemins de fer des pays de la CEE constituent bien un pilier essentiel de la Communauté, au service de sa population et de ses activités.


Source : Le Rail, juin 1984