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Orsay ou la métamorphose

Christine.

mercredi 23 juillet 2014, par rixke

La gare est superbe et a l’air d’un palais des Beaux-Arts, et le palais des Beaux-Arts ressemblant à une gare, je propose à Laloux de faire l’échange, s’il en est temps encore.
 
Edouard Detaille, 22 mai 1900

L’échange ne se fit pas mais qu’importe ?

Aujourd’hui, la gare d’Orsay s’est muée en musée et en musée du XIXe siècle.

Pourquoi ? Vous le comprendrez aisément à la lecture de ce qui suit.

 Un peu d'histoire

La Compagnie des chemins de fer d’Orléans avait au siècle passé une ambition bien légitime. Elle voulait d’une part prolonger ses lignes au cœur de Paris afin d’éviter à ses voyageurs la gare excentrique d’Austerlitz et d’autre part intensifier son trafic.

Il fallait donc bâtir une nouvelle gare. Le gouvernement lui céda quelque 10 000 m2 de terrains sis le long du quai d’Orsay, là où se dressaient les ruines de la Cour des Comptes, incendiée en mai 1871 à l’heure du dénouement tragique de la Commune.

Le 29 novembre 1897, le projet était déclaré d’utilité publique.

Mais il ne faisait pas que des heureux ! Pensez donc. D’aucuns craignaient que le Paris du bord de Seine n’en pâtisse. Les architectes furent donc pressés de soigner - aux petits oignons - l’esthétique de cette nouvelle construction.

Le 21 avril 1898, un projet était enfin retenu, celui de Victor Laloux. Laloux proposait la construction d’une gare complétée par un hôtel de prestige. Les structures métalliques internes seraient cachées par une façade de pierre de taille.

Deux ans plus tard, le 28 mai 1900, la gare était livrée à l’exploitation - en prévision de l’Exposition Universelle. On ne peut que s’étonner devant la rapidité des travaux...

La gare, réservée aux seuls voyageurs, a assuré jusque dans les années trente, un mouvement de 150 à 200 trains quotidiens, rapides et express vers le sud-ouest, Quimper y compris et omnibus de banlieue vers Choisy, Orly, Juvisy et Bretigny.

Trente et quelques années de bons et loyaux services ! L’électrification du réseau sonna le glas d’Orsay. L’allongement des trains la relégua aux oubliettes : ses quais étaient décidément trop courts !

Le 23 novembre 1939, Orsay était fermé au trafic des grandes lignes, reporté depuis sur Austerlitz.

 Les multiples visages de la gare

Pendant la guerre, Orsay fut converti en centre d’expédition des colis aux prisonniers. A la Libération, Orsay devint centre d’accueil. Puis, vers les années 50, la gare fut pressentie pour abriter le siège social d’Air-France. Mais ce n’est pas tout ! Elle figura dans plusieurs films dont « Le Procès » d’Orson Welles.

Puis la gare abrita le chapiteau du théâtre de la Compagnie Renaud-Barrault (mars 76 - mai 80) et la Compagnie des Commissaires-priseurs (février 76 - avril 80) durant les travaux de reconstruction de l’hôtel Drouot.

La grande nef connut même le triste sort de parking !

L’hôtel, quant à lui, fermait ses portes le 1er janvier 1973.

Le 8 mars 1973, Orsay était inscrit parmi les monuments historiques et le 15 mars 1978 enfin classé et cédé à l’Etat.

 La réhabilitation

Je vous épargne les multiples discussions autour et alentour du sort de la gare, longtemps vouée aux gémonies : nous sommes alors dans les années 60 et la tendance est plutôt aux nouvelles constructions qu’à la rénovation.

Mais la politique étant ce qu’elle est, jointe à la polémique autour de la destruction des pavillons Baltard aux Halles et à un nouvel engouement pour le siècle passé, font qu’Orsay ne sera pas détruit.

Orsay sera le musée du XIXe siècle, le chaînon manquant entre Le Louvre et Beaubourg, entre la fin du romantisme et l’art moderne.

16 000 m2, un espace exceptionnel à aménager !

Le 15 octobre 1978, six équipes sont invitées à présenter un projet de rénovation. C’est un jeune trio (Jean-Paul Philippon, Renaud Bardon, Pierre Colboc) qui fait l’unanimité. Le défi est énorme : à Orsay, il faut plus que restaurer, il faut aussi apporter toutes les installations indispensables à la préservation des œuvres d’art : système informatique de régulation des températures et de l’hygrométrie, isolation des verrières, isolation acoustique et vibratoire...

 Le musée

L’entrée est installée rue de Bellechasse tandis que la rue de Lille abrite une galerie publique de sorte que chacun puisse se familiariser avec le bâtiment. Dès son franchissement, le musée plonge le quidam dans le XIXe siècle, par ses murs-images et ses films.

Toutes les formes de création sont présentes. Par exemple, le rez-de-chaussée abrite la peinture, la sculpture et les arts décoratifs de 1848 à 1870 environ ; le 4e niveau, l’impressionisme avec Pissaro, Van Gogh, Degas, Cézanne notamment, la photographie de 1880 à 1914, les arts graphiques, l’urbanisme.

Le 3e niveau présente la sculpture (Rodin, Maillol), l’art et la décoration officielle de la IIIe République, l’Art Nouveau.

Outre les collections, le musée dispose d’une salle de consultation et d’une autre de 380 places en sous-sol pour les conférences, concerts et films.

On le voit, rien n’a été laissé au hasard, jusqu’à l’hôtel où l’on peut de nouveau se restaurer.

Tout est bien qui finit donc bien. Saluons, pour terminer, cette initiative des pouvoirs publics français de maintenir et de valoriser un patrimoine certes discutable, mais tellement significatif d’une époque !


Source : Le Rail, août 1987