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La C.E.M.T. a fêté son 10e anniversaire

mercredi 4 mars 2015, par rixke

Des phénomènes comme l’augmentation de la production et de la consommation provoquée par une extension démographique explosive, ainsi que les déplacements dans l’implantation de nombreuses activités économiques et industrielles ont entraîné une augmentation et une extension des transports telles que les autorités responsables doivent collaborer sur le plan international.

E. Salin.

La Conférence européenne des Ministres des Transports (C.E.M.T.) s’est réunie, à Bruxelles, du 10 au 13 juin 1963. Il y a dix ans que cet organisme existe.

En janvier 1953, M. Morice, alors ministre français des Travaux publics et des Transports, avait pris l’initiative de réunir, à Paris, ses collègues de huit pays européens pour examiner en commun un certain nombre de problèmes concrets. Les résultats obtenus avaient mis en lumière l’opportunité d’organiser périodiquement des réunions analogues sur une base élargie. Aussi, soutenu par le Conseil de l’Europe et par l’O.E.C.E., M. Segers, ministre belge des Communications de l’époque, convoqua-t-il à Bruxelles, en octobre de la même année, une réunion qui devait devenir la session constitutive de la C.E.M.T.

Depuis, la C.E.M.T. recherche le développement le plus rationnel des transports intérieurs d’importance européenne et elle s’efforce de coordonner les travaux de différentes organisations internationales. Il ne s’agit ni d’une bureaucratie ni d’une autorité supranationale. Les ministres, aidés de « suppléants », conviennent d’une politique commune et agissent dans la limite de leurs attributions.

Actuellement, la C.E.M.T. comprend 18 pays : Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, République fédérale d’Allemagne, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie, Yougoslavie.

Parmi les réalisations de la C.E.M.T., notons, entre autres, la constitution d’Eurofima, la définition d’itinéraires routiers de trafic international, un rapport sur le réseau européen des oléoducs et des conclusions relatives à la méthode du poussage, cette nouvelle technique que l’on utilise pour des transports de masse sur les cours d’eau. Notons encore qu’un grand nombre de pays membres de la C.E.M.T. ont décidé d’uniformiser leurs règles nationales relatives à la circulation routière. On espère parvenir à un code européen.

Lors de la séance académique commémorant le dixième anniversaire de la conférence, M. Bertrand, ministre des Communications et président de la C.E.M.T., se plut à souligner que les problèmes fondamentaux avaient été abordés dans un climat de franche collaboration et que les membres s’étaient aidés avec efficacité dans la vertigineuse évolution de la vie économique et sociale. Envisageant l’avenir, « les pays, dit M. Bertrand, auront à modifier l’organisation de leurs transports, établie actuellement en fonction de leurs économies nationales, pour une organisation communautaire qui devra avant tout promouvoir les échanges internationaux ».

Au cours de la même séance, rehaussée par la présence du prince Albert, MM. Armand, de l’Institut et ancien directeur général de la S.N.C.F., Salin, professeur à l’Université de Bâle, Whitaker, président de l’Institut des Transports du Royaume-Uni, et Brak, secrétaire de l’Union internationale des Ouvriers des Transports, donnèrent des conférences fort écoutées, dont vous trouverez un écho d’autre part. Tous les participants furent heureux d’apprendre, en fin d’après-midi du même jour, que M. Armand avait été élu à l’Académie française.

Pendant les quatre jours de la session du dixième anniversaire, MM. les Minitres et les « suppléants » ont eu pour principal souci de mettre au point les principes d’une politique générale des transports, problème ardu, on le sait, du fait des disparités qui existent dans la structure politique, économique et sociale des pays membres. Ils ont aussi élaboré un programme pour améliorer la sécurité routière et pour lutter contre le bruit.

Signalons, pour finir, que les organisateurs de la session du dixième anniversaire (Comitrans 1963, 205, rue Belliard, Bruxelles) ont publié une intéressante brochure de 125 pages, abondamment illustrée, sur « La Belgique et ses transports ». A titre documentaire, voici comment se termine le chapitre « Les transports par chemin de fer » :

« Engagé sur le plan intérieur dans la voie d’une rationalisation poussée, le chemin de fer belge trouve sur le plan européen un nouveau cadre d’expansion dont sa réorganisation doit tenir compte. Des régions parmi les plus peuplées du monde — la région parisienne, la Hollande septentrionale, la Ruhr et la région londonienne — sont réparties autour de notre capitale dans un rayon de 300 km, distance idéale pour le chemin de fer moderne. L’abaissement des barrières douanières doit libérer notre chemin de fer du domaine des courtes distances où le confinent encore, dans une certaine mesure, nos frontières étroites, et lui permettre de prendre un nouvel essor. Enfin, on peut penser que, de la confrontation des optiques nationales diverses concernant la mission du chemin de fer, naîtra au sein de la C.E.E. une politique commune basée sur une appréciation saine des services rendus par chacun des modes de transport. Les perspectives d’avenir font au chemin de fer un devoir plus impérieux que jamais d’améliorer ses services et de réduire ses prix de revient, en éliminant les séquelles d’un passé révolu et en poursuivant l’équipement technique de ses grands axes. »

Les transports sont arrivés à l’heure de l’organisation. Jusqu’à présent, la technique a été un peu au hasard des inventions et au hasard des possibilités qui se sont multipliées dans toutes les disciplines. Il est temps que les sciences économiques et sociologiques la précèdent. On peut tout inventer, on le sait. Ce qu’il faut donc, ce sont des organisateurs qui disent dans quelles voies il faut inventer, avec comme finalité, non le développement des techniques de transport, mais le bien-être des hommes.

Il faut des organisateurs prospectifs, qui sachent choisir et orienter, des organisateurs qui provoquent un renouveau de la technique, aidés par les ordinateurs électroniques, ces moyens capables de préparer les décisions à prendre, non plus pour coordonner les transports (nous sommes sortis de l’ère statique), mais pour en harmoniser le développement au profit de la collectivité.

Nous avons besoin d’analyses complètes et détaillées pour remettre chaque moyen de transport à sa place, ne fût-ce, pour commencer, que par l’établissement des prix de revient réels, ce qui n’a jamais été fait, parce qu’on n’a pas encore tenu compte de tous les éléments qui interviennent.

Nous avons besoin aussi d’une chaire de psychophysiologie des transports, qui, pour servir les voyageurs et les travailleurs, recherchera notamment comment les délivrer de la fatigue et du bruit, puisque le Créateur, qui nous a donné des paupières, n’a pas prévu d’opercules pour nos oreilles...

L. Armand.

La politique en matière d’investissements doit de plus en plus chercher sa justification dans des études de prix de revient global des prestations de transport.

E.G. Whitaker.

Etant donné les effets de la modernisation des chemins de fer sur les conditions de vie des cheminots, il est nécessaire, tant techniquement que psychologiquement, de mieux préparer les intéressés, aux nouvelles méthodes de travail.

W. Brak.

Source : Le Rail, juillet 1963