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Bruxelles Tour et Taxis, une des grandes gares de la capitale

G. Feron.

mercredi 15 juillet 2015, par rixke

 Un peu d'histoire

A l’époque hollandaise de notre histoire nationale, le port d’Anvers était d’une importance primordiale pour les provinces du sud.

A tel point que le roi Guillaume décida d’améliorer nos voies navigables. Le canal de Bruxelles à Charleroi fut creusé entre 1816 et 1827 afin d’assurer le transport du charbon du bassin de Charleroi vers le nord en passant par le canal du Rupel, ouvert à la navigation en 1561 déjà.

Depuis le début du 19e siècle aussi, les chemins de fer connaissaient un essor considérable en Grande-Bretagne. Chez nous, MM. Cockerill et Gray étaient conscients du rôle non négligeable que pourraient jouer les chemins de fer et proposèrent au roi Guillaume de remplacer le canal par un chemin de fer où les voitures seraient tractées provisoirement par des chevaux.

Cette proposition n’eut aucune suite et le canal fut inauguré en 1830, en même temps que le Quai du Commerce situé à la jonction du nouveau canal et du canal du Rupel. En septembre de la même année, éclatait la Révolution qui allait faire de la Belgique un pays indépendant, envers et contre nos voisins du nord. Ceux-ci occupèrent le port d’Anvers et bloquèrent l’Escaut. Ostende restait notre seul débouché sur la mer. Cette situation était des plus néfastes pour le commerce et l’industrie. Elle risquait même de mettre en cause notre indépendance. L’établissement d’un réseau ferroviaire semblait être la solution radicale à tous nos problèmes.

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Bruxelles : gare maritime.

Des plans furent demandés aux ingénieurs Simons et De Ridder.

Après de longues discussions, le projet fut adopté à une large majorité et fit l’objet de la loi du 1er mai 1834 : le gouvernement ferait construire un réseau ferré reliant les quatre points cardinaux, avec Malines comme point central.

Son exploitation serait confiée conjointement à l’Etat et aux entreprises privées. Cette dernière disposition ne s’appliqua que quelques années plus tard.

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Bruxelles : intérieur de la gare maritime.

Le premier tronçon Bruxelles-Malines fut inauguré le 5 mai 1835 ; la première gare s’appelait Bruxelles-Allée-Verte et se trouvait le long du canal.

Pour des raisons économiques autant que militaires, les gares devaient être construites extra-muros. Tel fut le cas pour l’Allée-Verte et la gare du Nord, place Rogier. La première gare du Midi, dite gare des Bogards, fut construite en 1840 à l’emplacement de l’actuelle place Rouppe et de l’avenue de Stalingrad.

Le rail fut exonéré de l’octroi mais la ville insista pour qu’une jonction soit créée entre elle et l’Allée-Verte.

Des voies furent posées à même les boulevards de la ceinture ouest et restèrent en service de 1841 à 1871. De nombreux plans furent établis pour réaliser une véritable jonction. Un de ces projets prévoyait une ligne passant par les communes d’Anderlecht, Molenbeek, Koekelberg et Laeken avec des gares ou points d’arrêt à Bruxelles Petite-Ile, Cureghem, Bruxelles Ouest, Koekelberg, Pannenhuis et Laeken. A vrai dire, cette première relation nord-midi ne fut jamais réellement exploitée comme une véritable jonction.

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Bruxelles-Molenbeek : boulevard du jubilé. Le pont monumental.

Une commission créée en 1895 approuva en 1901 le projet de jonction introduit par M. Frédéric Bruneel qui deviendra plus tard président-directeur du réseau. A quelques détails près, c’est ce plan qui fut réalisé, L’inauguration officielle eut lieu en 1952, en présence de S. M. le roi Baudouin.

En fait, le réseau ferroviaire avait été conçu pour le transport des marchandises. Mais le trafic voyageurs connut un tel essor qu’il supplanta ce dernier.

Quelques années plus tard, l’administration allait revoir son plan d’action, afin de permettre également le transport des marchandises. Bruxelles ravit à Malines la place de centre du réseau. La capitale et ses faubourgs disposèrent rapidement de nombreuses gares parfaitement équipées pour le transport des marchandises.

Les marchandises importées devaient impérativement être dédouanées. Pour celles qui arrivaient à Bruxelles, par bateaux, cette formalité se déroulait depuis 1755 dans un entrepôt situé Quai aux Foins. Il fut supprimé en 1795 durant l’occupation française et réouvert en 1820.

 Un nouvel entrepôt

En 1842, la ville voulut disposer d’un nouvel entrepôt et ouvrit un concours à cet effet. C’est le plan de Louis Spaak qui fut retenu. Les travaux débutèrent en 1843 et s’achevèrent 8 ans plus tard. Il était situé le long des actuelles avenues d’Ypres et de Dixmude, là où les deux canaux se confondent. Il évoquait les palais florentins du XVe siècle. L’ensemble comprenait deux vastes bâtiments reliés entre eux par trois blocs transversaux entre lesquels se trouvaient trois cours grillagées. Cet entrepôt était relié au réseau ferré de l’Etat par une liaison branchée sur la première jonction passant devant le Petit Château. Le raccordement aboutissait dans les trois cours précitées.

Elles furent couvertes et constituèrent ainsi une des premières gares à marchandises du genre.

Conformément à la loi du 11 septembre 1895, la SA du canal et du port de Bruxelles fut créée. La loi du 19 août 1897 réglait certains aspects des activités portuaires. Elle prévoyait des adaptations aux limites territoriales de certaines communes bruxelloises et reportait sur la SA certaines charges et obligations en matière d’entrepôt qui incombaient normalement à la ville. L’actuel entrepôt fut construit à l’initiative d’Antoine Dansaert dans les marais ayant appartenu à l’illustre famille de Tour et Taxis.

Il fut inauguré en 1907 en même temps que la gare de Bruxelles TT. Mais avant la réalisation et l’aboutissement de tous ces projets, le réseau ferroviaire de la région bruxelloise allait connaître de profonds bouleversements. En ces temps heureux, les transports par rail prirent une telle extension qu’une réorganisation complète des méthodes de travail s’imposa. La capitale devait disposer d’une grande gare pour le triage et la formation des trains, le garage des rames, l’entretien et la réparation des locomotives, etc..

Un terrain fut découvert sur les territoires des communes de Schaerbeek et de Haren, et après son acquisition (280 ha), les travaux commencèrent en 1880.

A l’époque, Schaerbeek n’était encore qu’un gros village de 2 000 habitants, qui ne comptait qu’un point d’arrêt (modeste baraquement) datant de 1864.

Après 1880, un personnel varié et nombreux vint habiter la commune, car selon le règlement de l’époque, les agents devaient élire domicile à proximité de leur lieu de travail.

Le chemin de fer exerça donc une influence bénéfique sur le développement de la commune. Le service des trains allait pouvoir s’adapter aux besoins régionaux. Les trains composés de wagons à présenter au dédouanement furent envoyés à l’entrepôt-douane.


Source : Le Rail, décembre 1988