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Le saviez-vous ?

mercredi 12 août 2015, par rixke

 Née de père inconnu

La jonction Nord-Midi est née à une date inconnue. En effet, dès 1837, une première commission d’enquête fut créée à la suite d’une pétition lancée par la Ville de Bruxelles. La commission émit un avis favorable, mais il resta sans suite. Par la suite, d’autres requêtes, d’autres commissions se succédèrent... Si bien que l’on peut affirmer que la Jonction est finalement née de père inconnu, à une date indéterminée.

 Beaucoup de projets...

Après la démolition, en 1871, de la première Jonction, qui reliait la gare des Bogards (ancêtre de la gare de Bruxelles Midi) à celle de l’Allée Verte, de nombreux projets virent le jour pour la création d’une gare centrale à Bruxelles. L’un d’entre eux, présenté par un certain A.C. Gérard, ingénieur civil, avait pour base un viaduc qui devait traverser la ville depuis le boulevard de l’Allée Verte jusqu’aux environs de la Porte d’Anderlecht, avec une gare centrale au Marché-aux-Grains. M. Gérard s’opposait fermement au système du tunnel car, écrivait-il, « ce dernier est tout simplement inadmissible, sinon inexécutable. En effet, en présence des dangers constants que présentent les tunnels, nous n’hésitons pas à croire qu’un projet tendant à joindre nos lignes ferrées dans un énorme souterrain, privé d’air et de lumière, n’a aucune chance d’être adopté. Il ne doit donc pas nous arrêter un seul instant ». Nous ne sommes pas loin des tunnels ? « dont M. Thiers avait annoncé qu’il n’en pouvait sortir que des trains de cadavres enfumés », dixit Marcel Pagnol.

 Léopold II songeait déjà à Bruxelles-Central

Léopold II songeait déjà à une gare qui desservirait le centre de Bruxelles. En effet, il voulait déplacer dans le quartier Cantersteen-Putterie la gare de Bruxelles Quartier Léopold et y faire aboutir la ligne du Luxembourg, qui eût donc piqué droit vers le cœur de la ville, en passant sous le Palais royal, où une petite halte royale souterraine aurait été construite.

 Le prix de la jonction

En 1930, le ministre des Travaux publics de l’époque a affirmé que l’ensemble des dépenses relatives à la création de la Jonction Nord-Midi ne dépasserait pas 787 millions, dont 523 seulement imputables à la Jonction proprement dite. D’autres oracles avancèrent même le chiffre de 370 millions... Finalement, en francs de 1952, compte tenu de tous les frais d’investissement depuis 1911, on n’était pas très loin des dix milliards.

 Vive la statistique !

En 1935, des ingénieurs du trafic calculèrent qu’un simple métro à deux voies pourrait amener au centre de Bruxelles jusqu’à 30 000 voyageurs à l’heure dans un seul sens, qu’en un jour entier il n’en débarquerait pas 75 000 en moyenne à la gare du Nord (à ce moment la plus fréquentée) et que, dès lors, une jonction à six voies était complètement superflue !

Mieux encore, des statisticiens établirent que cinq pour cent seulement des voyageurs ne faisaient que passer par Bruxelles en train et que c’était donc pour une minorité vraiment réduite que des milliards allaient être dépensés.

 Grâce au chômage

Certaines mauvaises langues prétendent que c’est grâce au chômage qui sévissait à l’époque que la décision d’achèvement de la Jonction fut votée par le Parlement. Celui-ci aurait vu là une bonne occasion de le résorber partiellement. Mais lorsque commencèrent effectivement les travaux, la conjoncture s’était complètement modifiée.

 Quelques chiffres

Rien que pour le tunnel et les viaducs de la Jonction, donc sans compter les travaux en gare à Bruxelles Nord et à Bruxelles Midi, il a fallu engloutir 1 million de m³ de déblais, 120 000 m³ de remblais, 85 km de pieux en béton armé mis bout à bout, 285 000 m³ de béton armé, 45 000 t de charpentes métalliques, 5 200 m³ de pierre de taille. Pour composer le béton armé, 140 000 t de ciment, 370 000 t de gravier, 190 000 t de sable et 42 000 t d’armatures ont été nécessaires.

En outre, du travail a été procuré à 1 600 ouvriers pendant 16 ans.

 Qui a été le premier voyageur ?

Pour l’ouverture de la gare de Bruxelles Central, il avait été convenu — paraît-il — que le premier billet ferroviaire serait délivré à titre d’hommage à M. Brunfaut, président du comité permanent de l’Office national de la Jonction. Malheureusement, dans l’agitation du moment — on faisait file pour obtenir des titres de transport — on « oublia » M. Brunfaut et l’histoire ne dira sans doute jamais qui fut le premier voyageur de la Jonction.

 Jour j - heure h

Le 4 octobre 1952, à 23 h 30, le premier guichet fut ouvert à la gare de Bruxelles Central. A minuit, 300 billets avaient été vendus, mais à des voyageurs qui n’allaient pas bien loin : Bruxelles Nord. Le premier voyageur « sérieux » fut un monsieur qui acheta un billet pour Berchem-Anvers et qui, à 0 h 07, prit — en même temps que les voyageurs pour le Nord — un train électrique à destination d’Anvers. A 0 h 01, le premier train était passé, sans s’arrêter : il filait vers Bâle.

 Tarifs

Pour parcourir entièrement la Jonction, il fallait payer 5 F en 3e classe et 8 F 50 en 2e classe. Quant aux voyages Bruxelles Central - Bruxelles Nord ou Bruxelles Midi, ils coûtaient 3 F en 3e classe et 5 F 50 en 2e classe.

 Le tout-bruxelles dans la jonction

Le lendemain de l’inauguration, c’est-à-dire le dimanche 5 octobre, des milliers de gens ont afflué à la gare Centrale. Les machines automatiques ne suffisaient plus à la délivrance des tickets de quai et des préposés, placés à côté, doublaient le débit. Tandis qu’une foule débarquait des trains, une autre les prenait d’assaut, et une autre encore déambulait au-dessus de la Jonction, sur les nouveaux boulevards. Bref, tout Bruxelles a fait la navette, du Nord au Midi ou du Midi au Nord.


Source : Le Rail, septembre 1977