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Cheminots belges à l’étranger

mercredi 9 septembre 2015, par rixke

La construction de chemins de fer s’est toujours distinguée par son caractère international parce que les capitaux et la technologie n’ont pas de frontières. Très tôt, les Belges se sont intéressés activement au marché ferroviaire international, dans lequel d’ailleurs, la SNCB occupe une place privilégiée : son réseau ferroviaire compte parmi les plus polyvalents et les plus denses du monde.

Dès 1835, la Belgique fut la première nation du continent européen à développer un réseau de chemin de fer, tant et si bien que, vers la fin du 19e siècle, elle avait déjà acquis une solide réputation internationale.

A partir de 1870, des ingénieurs belges contribuaient à la construction de réseaux ferroviaires en Perse, en Egypte et au Zaïre. Plus de 6000 km de voies furent posées en Amérique du Sud. En Chine, les Belges construisirent notamment la ligne Pékin - Hankow, d’une longueur de 1250 km ainsi qu’un pont de chemin de fer de 4 km sur le fleuve Jaune.

En 1885, l’industrie ferroviaire belge obtint ses lettres de noblesse sur la scène internationale. A l’occasion de la célébration du cinquantenaire de ses chemins de fer, la Belgique organisa (à Bruxelles) le premier congrès international des chemins de fer. Depuis plus d’un siècle donc, la Belgique exporte vers le monde entier son savoir-faire et son expérience en matière de transport ferroviaire. En outre, les chemins de fer connaissant aujourd’hui un regain d’intérêt, il n’est pas étonnant de voir croître les activités de la SNCB à l’étranger. Nous n’en prendrons pour preuve que le nombre de spécialistes que la Société met à la disposition de réseaux étrangers afin d’y étudier les problèmes ferroviaires locaux.

Cette assistance à des réseaux ferroviaires d’outre-mer est principalement coordonnée par Transurb Consult (Belgian Transport and Urban Infrastructure Consult), une société coopérative créée à l’initiative du gouvernement belge et spécialisée dans la fourniture de services, dans le domaine du transport de masse et des équipements pour les transports publics. Le capital est réparti à parts égales entre le secteur public (dont la SNCB) et le secteur privé (bureaux d’étude). Une mission à l’étranger débute le plus souvent par une étude d’ordre général ou une adjudication internationale pour laquelle Transurb Consult fait une offre. Si celle-ci est acceptée, le contrat est signé et la mission exécutée.

Cette mission peut inclure tous les aspects de la technologie ferroviaire : étude sur le plan économique, planification, exploitation, projet, construction et organisation de dépôts et ateliers pour l’entretien et la réparation de matériel, constructions et ouvrages d’art, travaux d’électrification, signalisation et télécommunications, études visant la réorganisation de systèmes comptables et financiers, formation professionnelle, projets de systèmes de traitement automatique de l’information, voire même la construction de nouvelles lignes.

Tous ces projets à l’étranger sont patronnés par l’Administration générale de la Coopération au développement (AGCD) ou par des organismes internationaux de financement (Banque mondiale, Nations Unies ou banques régionales de développement). Transurb Consult fait appel à des membres du personnel de la SNCB pour l’exécution de ces missions. Il convient de faire une distinction entre les missions de longue durée (généralement 2 ans) dont le but est d’offrir une assistance technique aux pays en voie de développement, et les missions de courte durée qui, la plupart du temps, se limitent à une étude ou à un diagnostic.

Une dizaine de spécialistes de la SNCB sont actuellement utilisés pour des missions à long terme au Gabon. Ils fournissent les techniques ferroviaires (telles que l’entretien du matériel roulant, la signalisation et les travaux d’infrastructure) et collaborent à la construction du centre d’écolage de Franceviïle. En 1988, 17 agents de la SNCB se trouvaient en permanence à la disposition des chemins de fer zaïrois.

L’année dernière encore, 58 membres du personnel de la SNCB ont presté plus de 2 600 jours de missions de courte durée dans quelque 22 pays.

C’est ainsi que notre département Informatique a prêté son concours à la « Northern Yaotong Railway University » de Pékin. Le projet comprenait en outre la formation de 28 chargés de cours chinois. Un système informatique de gestion est actuellement en cours d’élaboration en Thaïlande.

Une série de séminaires ont été organisés à l’intention des cadres des « Zambia Railways » (Chemins de fer de Zambie) sur la technique de régularisation des trains (dispatching) et la gestion des gares de voyageurs et de formation. Une assistance technique a également été fournie en matière de design, de construction et d’entretien des wagons. Les chemins de fer éthiopiens bénéficient d’un nouveau programme de réfection d’un atelier central, tandis qu’en Algérie, des cheminots belges ont supervisé la construction de la ligne de chemins de fer Jizel - Ramdane Djamal (125 km). Une assistance a également été octroyée au Cameroun lors des travaux d’amélioration de l’infrastructure (voie, bâtiments et signalisation) : une étude a par ailleurs été réalisée au niveau de la gestion des stocks. A la suite de l’accord de coopération conclu avec les chemins de fer marocains, des ingénieurs belges ont construit un simulateur de conduite et un laboratoire de mesures. Vingt-trois experts de la SNCB sont actuellement sur le point de prester 126 hommes/mois en deux ans en Indonésie. Faisant suite à ce projet d’assistance technique, quelque 160 cheminots indonésiens sont attendus en Belgique en vue d’un écolage à la SNCB.

Autant d’exemples donc qui illustrent la diversité de ces projets à l’étranger. En guise de préparation à d’importantes adjudications, des missions ont en outre été envoyées au Soudan, au Kenya, à Taïwan et en Algérie. Une mission en République Dominicaine a permis d’explorer un nouveau marché en Amérique du Sud.

L’organisation et la réalisation de telles missions requièrent tant un personnel technique que de surveillance (contremaîtres, sous-chefs de secteur technique, chefs de bureau,...). Le grade requis va naturellement de pair avec l’emploi offert.

L’expérience professionnelle (5 à 10 ans en règle générale) est toutefois aussi déterminante que la qualification administrative.

Pour des missions de courte durée visant à réaliser une étude ou à formuler un diagnostic, il est fait appel à la collaboration de cadres (ingénieurs, inspecteurs techniques, chefs de section,...).

Pour de telles missions, l’agent est considéré comme étant maintenu en service à la SNCB et conserve dès lors l’intégralité de ses droits, notamment en matière d’avancement et de pension. Quant aux frais de voyage et de séjour, ils sont supportés par Transurb Consult.

Par contre, les missions de longue durée ne peuvent être accomplies que sous le couvert d’un congé sans solde, assorti, il est vrai, d’un maintien des droits à l’avancement et à la pension (la période entière entre en ligne de compte pour le droit et le calcul de la pension). L’agent reste par ailleurs titulaire du poste qu’il occupait en Belgique. La reprise du service, après mission, a lieu sans visite médicale, ni formalités autres que l’obligation de prévenir de la réintégration, un mois au moins à l’avance. La rémunération qui lui est octroyée par Transurb Consult varie en fonction de la qualification, de l’expérience et de l’importance de l’emploi à l’étranger. Cette rémunération lui est versée partiellement en devises belges, le solde étant liquidé en devises locales. Sur place, chaque cheminot dispose d’un logement meublé et équipé ; sa famille peut l’accompagner. Transurb Consult prend alors en charge la sécurité sociale de l’agent et de sa famille.

La langue véhiculaire de ces missions est presque toujours le français ou l’anglais.


Source : Le Rail, juin 1989