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La Florentine de Buire

mercredi 3 mai 2017, par rixke

 Préambule

Située au nord de la France, entre l’Oise et la Sambre, la Thiérache est un pays d’élevage et de vergers. Son centre commercial, Hirson, bien connu des cheminots français et frontaliers, voisine avec Buire qui nous intéresse tout particulièrement aujourd’hui.

C’est au XIIe siècle qu’apparaît pour la première fois le nom de Buire dans une charte de l’abbé de Bucilly, relative aux droits que possédait cette abbaye sur la cure et la « maison » de Buire. Au dire de certains chercheurs, Buire s’apparente étymologiquement à « Buron » qui signifie « petite maison » et qui est encore usité en Auvergne. Jusqu’à la Révolution, l’abbaye de Bucilly y posséda une ferme importante. En 1863, l’église actuelle fut bâtie sur les ruines d’un ancien oratoire. Modeste village entouré d’herbages et comptant une centaine d’âmes, Buire va s’enrichir, en un siècle, d’une cité ferroviaire, décuplant ainsi sa population.

 Un peu d'histoire ferroviaire

A la fin du 19e siècle, deux éléments se conjuguent pour propulser Hirson à la deuxième place des gares de triage (la première revient à Paris) : l’extension du chemin de fer (il est jeune d’une cinquantaine d’années) et la découverte du moyen de déphosphorer le minerai de fer du bassin de Briey. La construction de lignes ferroviaires s’accélère : apparaissent les liaisons Hirson-Charleville via Saint-Michel-Liart ; Hirson-Mariembourg ; Hirson-Vervins-Marle-Laon-Paris ; Hirson-Guise-Saint-Quentin ; Hirson-Busigny-Cambrai-Lille. L’étoile ferroviaire est ainsi constituée à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1913, à Hirson, le triage annuel des wagons porte sur plus d’un million et le triage à Buire est créé.

Cependant, les travaux sont interrompus par la guerre. Ils se poursuivent dès 1920 et s’achèvent par la construction d’un dépôt pour machines à vapeur et d’une cité sur la commune de Buire, destinée exclusivement aux cheminote. Le dépôt comprend quatre secteurs :

le garage, le ravitaillement, l’atelier de maintien et de remise en état des machines à vapeur et la régulation, assurée par la Florentine.

 La Florentine

Réelle innovation technique, la tour Florentine abritait le poste d’aiguillage du dépôt. Haute de 48,87 m et équipée d’un paratonnerre, elle fut érigée en béton (500t) et en briques rouges (100t), avec néanmoins quelques enjolivures en céramique. Sa base carrée occupe une superficie de 49 m2, son fuseau rectangulaire est découpé en cinq étages reliés entre eux par un escalier métallique et surmonté d’une salle de 30 m2 (7,3 mx4,1 m). Cette salle qui offre une vision panoramique supporte, par l’intermédiaire d’un trapèze en béton, un cube dont les faces latérales étaient ornées chacune d’une horloge de 3,20 m de diamètre. Elles ont aujourd’hui disparu.

 Un zeste de technique

La cabine de la tour était équipée du système « Mors », ultramodeme pour l’époque. Un ensemble de cadrans, de leviers, de boutons et de voyante lumineux servaient à tracer des itinéraires au sol qui permettaient aux locomotives de se déplacer sans intervention humaine apparente.

Toutes les opérations liées à la commande d’un aiguillage étaient ainsi faites à distance : la manœuvre d’un levier déclenchait une succession de mouvements électro-mécaniques, entraînant, sous l’impulsion d’un moteur électrique, des barres, des poulies et des fils pour aboutir au contact de deux rails qui changeaient l’itinéraire de la machine.

 De sa sauvegarde

Il reste actuellement deux tours Florentines dans la région : celle de Buire et celle d’Aulnoye-Aymeries, fort endommagée. Après la destruction de celle de Lille-Délivrance en 1985, certains se sont émus de leur sort.

A l’initiative de Marcel Bouleau, cheminot et conseiller municipal de Buire, une association de sauvegarde de la Florentine, Eco-Rail, a vu le jour le 5 mars ’88. Le 24 octobre ’91, après trois ans d’efforts opiniâtres, la tour est inscrite à l’inventaire des monuments historiques et proposée au classement, formalité indispensable à toute aide extérieure future. Acquise pour le franc symbolique, sa réfection se chiffre en millions, les travaux portant sur la rénovation de la salle des aiguillages et la restauration des escaliers, dans un premier temps. L’affectation de ce patrimoine est encore incertaine et ne concurrencerait en aucune manière la société du musée de Hirson.

Les projets affluent néanmoins : l’édifice est au centre d’un plan de développement touristique de la Thiérache avec la remise en valeur des immenses terrains en friche actuellement.

 Anecdotes

Quatre appellations désignent cette tour baroque, marquée du sceau de l’art florentin :

  • Poste de commandement : ce terme est employé par les maîtres d’œuvre, les architectes, les dessinateurs, …
  • Mirador : cette dénomination a vu le jour pendant la guerre, en région lilloise ;
  • Florentine : les cheminots l’apprécient particulièrement ;
  • Campanile : ce mot est fort peu usité.

La véritable identité du concepteur de la Florentine a été percée à jour il y a peu de temps : il s’agit de l’architecte alsacien Gustave Umbdenstock (1866-1940), l’un des plus chauds partisans du mouvement régionaliste. Il accusait les ingénieurs des chemins de fer d’avoir « donné lieu à des modèles d’architecture d’une médiocrité et parfois même d’une laideur dont l’action néfaste a contribué à une perte de goût et de caractère régionaliste dans toutes les contrées françaises ».

Mais nous préférons cette version légendaire qui voudrait que la création de ces édifices revienne à un architecte nommé Florentin.


Source : Le Rail, Juin 1992