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La Jonction Nord - Midi à Bruxelles

Georges Feron.

mercredi 4 octobre 2017, par rixke

Le 4 octobre 1992, il y aura quarante ans que la jonction bruxelloise fut mise en service en présence de S.M. le roi Baudouin. Pour notre jeune souverain, il s’agissait de la première cérémonie importante depuis sa prestation de serment.

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Le 4 octobre 1952, le Roi Baudouin inaugure la Jonction.

D’un point de vue purement ferroviaire, cette inauguration constituait une première mondiale. La plupart des capitales et les centres vraiment importants disposaient généralement de plusieurs gares de chemin de fer. Il s’agissait toujours de gares terminus ou têtes de ligne sans connections intermédiaires directes.

Les premières gares de Bruxelles Nord et de Bruxelles Midi furent conçues comme des gares terminus. Déjà avant leur mise en service, la création d’une liaison entre les deux installations s’avérera indispensable.

Par la jonction, Bruxelles Nord et Bruxelles Midi devinrent des gares de passage, ce qui permit d’éviter les innombrables changements de front ainsi que d’autres opérations accaparant de précieuses minutes.

Actuellement, plus de mille trains transitent chaque jour par un ouvrage d’art long de plus de 3 000 m comprenant un tunnel et deux viaducs. Toutes ces circulations sont effectuées à l’intention de centaines de milliers de voyageurs et navetteurs sans gêner de la moindre manière la circulation urbaine et sans pollution. On pourrait se poser la question de savoir pourquoi il fallut attendre si longtemps avant que ne fût trouvée une solution aussi satisfaisante que rationnelle.

L’histoire de la jonction compte de nombreux chapitres que nous allons tenter de résumer.

La création de notre réseau ferroviaire fut évoquée à de nombreuses reprises dans les colonnes du « Rail ».

Elle ne sera donc plus répétée ici, à l’exception de quelques faits en rapport direct avec l’histoire de la jonction.

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La 2e gare de Bruxelles Midi détruite en 1949 et conçue par A. Paye.

La loi du 1er mai 1834 prévoyant la création d’un réseau ferroviaire en Belgique, stipulait que l’Etat se chargerait de rétablissement et de l’exploitation du réseau initial joignant les frontières aux quatre points cardinaux. Pour un motif resté inexpliqué à ce jour, elle précisait que Malines serait le centre et le point zéro du futur réseau, Bruxelles n’étant que le terminus d’une ligne ordinaire. On admettait, en effet, qu’il serait inconcevable de ne pas desservir la capitale par le nouveau mode de transport.

La première gare bruxelloise fut celle de l’Allée Verte. Elle fut inaugurée le 5 mai 1835, en même temps que la ligne Bruxelles-Malines. Par suite de l’énorme succès, la modeste petite gare fut rapidement jugée insuffisante.

Afin d’aménager une plus grande gare, les terrains nécessaires furent acquis. Comme il était de règle à l’époque, ils se trouvaient en dehors des limites de la ville, au pied du Jardin Botanique, dans le prolongement de la rue Neuve, à l’actuelle place Rogier. Le bâtiment monumental ne serait achevé et inauguré que six ans plus tard, mais pour les installations ferroviaires, il fut fait diligence et l’exploitation put commencer dès 1841.

Bruxelles Nord devint non seulement tête de ligne pour la ligne du Nord vers Anvers mais aussi pour la ligne de l’Ouest menant à Gand, Bruges, Ostende et la Grande-Bretagne, et pour la ligne de l’Est vers Louvain, Liège et la Prusse, via l’incontournable Malines.

La loi avait aussi prévu une ligne du Midi, à établir au sud de la capitale en direction de Mons, de la France et des autres régions wallonnes.

Pour des raisons militaires et financières (l’octroi), les gares de l’époque devaient être établies extra-muros.

Mais pour la gare du Midi, la ville la souhaita intra-muros et mit d’ailleurs les terrains nécessaires, situés à l’emplacement de l’actuelle place Rouppe et de l’avenue de Stalingrad, à la disposition de l’administration. En plus, elle dispenserait le chemin de fer du paiement de l’octroi. La proposition fut acceptée avec empressement. Pour passer à la réalisation, le vieux couvent des Bogards fut exproprié, en souvenir de quoi la première gare du Midi s’appellerait « Bruxelles Bogards ».

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Vue inédite des travaux du 2e tronçon (Bruxelles Central - Bruxelles Chapelle), peu avant la déclaration de la guerre, le 15 mars 1940.

Faut-il en déduire que la municipalité vouait un grand amour aux chemins de fer ?

La réponse est probablement affirmative mais il faut aussi admettre qu’il y eut donnant donnant.

En effet, en réciprocité à sa bienveillance, la ville insistait afin qu’une jonction fût créée entre les deux gares.


Source : Le Rail, Octobre 1992