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Au pays de Tchantchès

mercredi 15 novembre 2017, par rixke

Images du « cent cinquantième »

1992 aura été pour les cheminots de la Cité Ardente l’année du 150e anniversaire des plans inclinés de la ligne 36. A cette occasion, diverses manifestations furent organisées avec, en apothéose, les journées du « Cent cinquantième » et de la « Vapeur ». Les fans du rail ont donc eu mille et une raisons de se réjouir en jouant de l’obturateur à tire-larigot comme, par exemple, devant cette rutilante vapeur 12004 éclaboussant de son insolente élégance ses voisines diesels.

Des navettes gratuites, composées de nos automotrices les plus modernes, permirent aux nombreux visiteurs de se rendre au musée de l’ATF à Kinkempois au départ de liège Guillemins. Un musée étonnant, à plus d’un titre, ne fût-ce que par sa buvette remarquablement aménagée avec du matériel ferroviaire, telles ces anciennes banquettes en bois.

Ajoutez-y une intéressante collection de képis, de photographies et de documents anciens ainsi qu’une impressionnante série de maquettes et vous aurez compris que tous les ingrédients étaient réunis pour constituer un véritable paradis des modélistes. D’autant qu’il y régnait une ambiance teintée tour à tour de jaune, de rouge et de vert, grâce aux signaux lumineux en fonctionnement.

Un coup d’œil sur le passé à Kinkempois mais un autre sur l’avenir aussi, au Palais des Congrès où les projets TGV et Star 21 faisaient l’objet d’une exposition. Et l’on ne vous parle pas de celle consacrée à la philatélie, ni des parcours spéciaux Ans-Voroux-Kinkempois qui affichèrent « complet » très rapidement ! Même Tchantchès et Nanesse s’étaient rendus « aux Guillemins », en compagnie des botteresses de Saint-Pholien-des-Prés et de leur « maire », pour accueillir les conducteurs parisiens de Creil Petit-Thérain, venus sceller le jumelage avec leurs collègues liégeois dans le cadre du « Cent Cinquantième » ! « Awè, valè, qu’éne affaire à Iidge ci djoû-là... »

Un peu d'histoire

Le tronçon Louvain-liège Guillemins de la ligne 36 est un des plus anciens du réseau. En 1838, cependant, il était encore limité à Ans. n ne se termina que le 1°’ mai 1842, par l’ouverture du tronçon Ans-liège Guillemins.

Il est vrai qu’à l’époque, venir à bout du relief accidenté avec les moyens techniques dont on disposait, s’avérait plutôt difficile. Les locomotives à vapeur accusaient un poids adhérent assez faible et un mode de freinage peu performant, n était donc impossible, sur une pareille rampe, d’assurer une traction normale des trains par adhérence à la montée et de réaliser la descente sans dispositif de freinage supplémentaire. On décida que la dénivellation serait divisée en deux plans inclinés par une gare intermédiaire établie en palier (liège Haut-Pré). Là serait installée une machine à vapeur capable de remonter et de faire descendre un train de douze wagons en moins de sept minutes. La traction s’effectuerait par câble métallique sans fin sur chacun des plans inclinés. Les convois, dont la vitesse atteindrait 20 km/h, seraient entraînés par des wagons-traîneaux munis d’un dispositif d’accrochage au câble. Lors de la descente, le câble serait par contre très peu employé, les freins du convoi, augmentés de ceux du wagon-guide suffisant à le retenir.

Le système fut utilisé jusqu’en 1871. En effet, dès 1864, les ingénieurs Belpaire et Stévart avaient conçu une locomotive-tender équipée de freins à patins : la fameuse « Type 20 Etat » dont cinquante-quatre exemplaires furent construits. Par la suite, d’autres types de machines prirent la relève et, en 1939, le trafic marchandises fut acheminé via la liaison Fexhe-le-haut-Clocher -Kinkempois. La locomotive d’allège des trains de voyageurs se vit quant à eEe doter d’un crochet spécial. Mais l’électrification de la ligne, en 1954, sonna le glas de la traction à vapeur sur les plans inclinés.

Désormais, la descente s’effectue à vitesse constante grâce à l’utilisation du frein « Westinghouse » ou rhéostatique et l’électricité autorise la montée à 70 km/h...


Source : Le Rail, Novembre 1992