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Des fouilles archéologiques sur le trace du tgv

Hélène Remy, Martine Soumoy, Archéologues.

samedi 24 novembre 2018, par rixke

Les structures de la villa romaine d’Antoing/Bruyelle. Vue d’ensemble prise par ballon captif.
Vestiges d’un four romain à Antoing/Bruyelle.
Incinération gallo-romaine à Leuze-en-Hainaut/Tourpes.
L’intervention archéologique préalable aux travaux d’infrastructure de la ligne du TGV entre la frontière française et Tubize

L’intégration de l’archéologie dans les grands travaux d’aménagement est récente dans nos régions. Elle tient de la coopération entre le maître d’œuvre et les archéologues et ce, dès la constitution des projets. Les fouilles en cours sur les emprises du tracé du TGV entre la frontière française et Tubize sont l’exemple de cette concertation entre archéologues et aménageurs. Le programme de recherches archéologiques s’inscrit en effet dans les études préalables à l’installation de la ligne sur le tronçon allant de la frontière française à Tubize, long de 72 km.

 Le cadre de l'opération archéologique

Première intervention archéologique liée à des travaux linéaires en Région wallonne, cette réalisation est aussi la première d’envergure à bénéficier d’un financement de la part de l’aménageur. En effet, les négociations entre la Région wallonne et la SNCB ont abouti à la signature d’une convention qui fixe le financement et les conditions du déroulement de l’opération archéologique. Par cette convention du 27 septembre 1992, la SNCB prend en charge le coût de la réalisation des sauvetages archéologiques pour un montant de 72 millions, soit une participation d’un million par km de tracé. L’intégration de l’archéologie dans les études préliminaires aux grands travaux fait référence au décret relatif aux monuments, aux sites et aux fouilles du 18 juillet 1991 du Code wallon de l’aménagement du territoire, du logement et du patrimoine.

Entamées dans le cadre de ce grand projet d’infrastructure, les recherches ont permis à la direction des Fouilles de la direction générale de l’Aménagement du territoire et du Logement de la Région wallonne de préciser l’évaluation du potentiel archéologique menacé, complétant par là les études préliminaires déposées par l’université catholique de Louvain. Présenté par la direction des Fouilles en avril ’92, l’atlas archéologique, dressé par P. Sartieaux, reprend 91 sites et périmètres sensibles repérés sur les emprises du TGV. Cet atlas est devenu dès lors l’instrument de concertation entre les archéologues et l’aménageur.

 L'intérêt scientifique du suivi archéologique et les méthodes d'investigation

Grands travaux spécifiques, les tracés linéaires - dont le TGV - réalisent de véritables coupes-sondages à travers différentes régions. De ce fait, ils autorisent exceptionnellement le repérage et l’examen sur de grandes étendues de sites archéologiques divers et représentatifs ; conjointement, ils permettent l’étude de l’évolution de l’environnement et des paysages au cours du temps.

Les méthodes scientifiques et techniques adoptées en archéologie préventive bénéficient largement de l’apport des expériences françaises (TGV, travaux routiers...). Celles-ci ont guidé la mise en place de la coordination de l’opération par la direction des Fouilles.

 Schéma des operations archéologiques

Les différentes interventions archéologiques liées aux grands travaux se définissent selon un schéma et des méthodes que les expériences successives affinent et précisent.

  • Etude préliminaire
    Etude documentaire préalable évaluant le potentiel archéologique sur la zone « réservée » pour le tracé.
  • Prospection/diagnostic
    • Prospection pédestre
      Elle envisage toutes sources d’informations dont les repérages et ramassages de surface afin de préciser la cartographie des zones et des sites archéologiques.
    • Sondages lourds
      Ils mettent en œuvre des moyens mécaniques importants, adaptés selon l’intérêt du site, afin de vérifier les informations livrées par les premières études.
  • Fouilles
    Les fouilles menées dans les limites des emprises sont guidées par les impératifs du sauvetage.
  • Surveillance des travaux
    Adaptée selon le type de travaux réalisés, la surveillance archéologique doit compléter l’information pour les secteurs non explorés au cours des phases précédentes.
  • Publication et diffusion
    Les rapports de fouilles, les études scientifiques, les publications de vulgarisation et expositions présenteront les résultats des recherches au monde scientifique et au public.

 Bilan au 9<sup class="typo_exposants">e</sup> mois de l'opération archéologique du TGV

Sur le terrain, la direction des Fouilles dispose d’une équipe de 50 personnes, soit 45 ouvriers dirigés par 8 archéologues et 5 techniciens plus 2 archéologues gérant l’administration quotidienne et les négociations pour l’obtention des accès aux terrains.

L’opération menée actuellement est adaptée aux situations spécifiques et notamment aux procédures d’expropriation des parcelles d’emprises en cours. Le choix et l’extension des zones soumises à la fouille sont ainsi tributaires des négociations réalisées entre les archéologues et les exploitants. La répercussion sur le déroulement même de l’opération archéologique est évidente, les différentes étapes d’études préconisées à l’échelle de l’ensemble du tracé sont envisagées plus ponctuellement sur chacune des zones accessibles et les fouilles sont entamées en divers endroits du tracé. L’analyse des résultats des évaluations archéologiques livrera les données d’ensemble des occupations des différentes régions traversées par la ligne du TGV.

Le bilan archéologique

Le bilan de l’opération recense 42 sites évalués et diagnostiqués : 29 d’entre eux sont terminés ; 10 zones archéologiques sont en cours de fouilles ; 3 chantiers sont arrêtés par manque d’accès aux terrains d’emprises voisins.

Parmi les occupations qui font référence aux différentes périodes de l’histoire, on peut évoquer le site du paléolithique moyen ancien à Antoing/Bruyelle, l’habitat néolithique d’Ath/Ormeignies, les sites de l’âge du bronze de Péruwelz/Braffe et de Leuze-en-Hainaut/Tourpes, les sites romains d’Antoing/Bruyelle, de Leuze-en-Hainaut/Tourpes, de Péruwelz/Braffe, les occupations datées du moyen-âge à Tournai/Esplechin et à Péruwelz/Wasmes-Audemez-Briffoeil. Par le biais d’une convention entre la Région wallonne et l’université libre de Bruxelles, deux spécialistes du paléoenvironnement contribuent à l’intervention. L’archéopédologue (Kai Fechner) et l’archéobotaniste (Christine Laurent) assurent le suivi sur l’ensemble du tracé. Leur étude donne aux sites archéologiques une dimension nouvelle qui intègre toute information relative aux paysages anciens.

 Quelques sites importants

(Présentés d’après leur attribution chronologique)

Ath/Ormeignies, lieu-dit « Pilori »

Un habitat du néolithique ancien (5300-4900 avant J. C.). Trois bâtiments ont été examinés ainsi que plusieurs fosses contenant du matériel détritique (céramique, outils et déchets de taille en silex, torchis, ...). La superposition de structures indique l’existence de plusieurs phases d’occupation.

(Archéologue fouilleur : Alexandre L. Smith).

Leuze/Tourpes, lieu-dit « Fraide Berte »

Le site archéologique partiellement fouillé comprend des silos, des fours, des fosses et des trous de poteau dont certains alignés. La céramique provenant des fosses et des silos présente des formes et des décors qui les situent dans l’âge du bronze final (1200-800) - début de l’âge du fer (800-500).

(Archéologue fouilleur : Dolorès Ingels).

Leuze-en-Hainaut/Tourpes

Quinze tombes d’une petite nécropole romaine à incinération ont été explorées. Parmi celles-ci, des tombes à incinération rapportée étaient dotées d’un matériel riche comprenant notamment de la céramique commune et de la terre sigillée. Ces sépultures contrastent avec celles renfermant les restes de bûchers funéraires accompagnés de quelques rares tessons. La nécropole date du troisième tiers du 1er siècle - début du IIe siècle.

(Archéologue fouilleur : Christian Frébutte).

Antoing/Bruyelle, lieu-dit « Haute Eloge »

Plusieurs pièces d’un vaste bâtiment romain avec agrandissements et remaniements ont été mises au jour ; parmi elles on trouve 5 hypocaustes et 5 praefumia (installations de chauffage), 2 baignoires avec un décor intérieur constitué de marbre et d’enduits peints. A l’heure actuelle, la fouille révèle encore la présence de nombreux bâtiments annexes : une cave, trois fours, un puits, un mur d’enceinte" et des fosses dépotoirs. Cette occupation romaine du 1er au IVe siècle s’est implantée sur un réseau de fossés antérieurs.

(Archéologue fouilleur : Karine Bausier).

Parmi ces sites décrits, trois étaient totalement inconnus. Ainsi, ce type de grands travaux d’infrastructure permet non seulement de découvrir et d’explorer des vestiges archéologiques mais encore de compléter, par des méthodes nouvelles, la connaissance de l’occupation de nos régions.

Le tracé du TGV en province de liège promet aussi de nombreuses découvertes, la richesse archéologique des régions traversées étant bien connue.


Source : Le Rail, novembre 1993