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Les métiers du Rail : une brigade bien sympathique

Fanthomas.

mercredi 6 mai 2015, par rixke

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S’il est vrai qu’un train sans conducteur ne sert pas à grand chose, sinon à décorer les toiles de Paul Delvaux, un train sans rail est tout aussi mutile, voire dérisoire !

Mais, en réalité, que sait du rail le citoyen « modèle standard », si ce n’est quelques souvenirs de l’école primaire où l’instituteur évoquait précisément les voies du chemin de fer afin de suggérer l’idée de parallélisme à des moutards encore hermétiques à toute abstraction ? Merveilleuse image, certes, mais derrière laquelle se dissimule un labeur ingrat et souvent ignoré du navetteur somnolent, accaparé par une partie de whist ou plongé dans un journal. Ah oui, bien sûr, j’allais oublier la caricature, celle qui assimile le poseur de voie à l’un de ces hommes, accoudé avec nonchalance au manche d’une pioche en regardant passer les trains !

J’ai donc décidé d’aller « constater » sur place et de partager la journée avec la brigade du 52AI de La Louvière. Il s’agit d’une brigade d’entretien, essentiellement, composée de treize personnes, dont un chef poseur de voie, Michel, dit encore Le Coq, trois poseurs de voie spécialisés et neuf poseurs de voie, dont le factionnaire.

Ce dernier a récolté, en toute camaraderie, le sobriquet bien wallon de Festu ! [1]

L’humour des cheminots n’est pas une légende. A 8 h, tout ce petit monde se retrouve à la gare de Courcelles-Motte et rassemble le matériel dans la remorque d’une camionnette, qui va les conduire sur leur lieu de travail. Au menu du jour, déblaiement et nivellement aux abords du pont de la Lache entre Roux et Courcelles. Quel jargon ! En clair, nous travaillons au milieu de quatre voies rapides et je vous assure que le lieu ne m’incite pas à faire le fanfaron. Les poseurs de voie spécialisés mesurent les éventuels écarts de niveau le long des rails ; ensuite, interviennent les poseurs de voie tout court ; ils lèvent les rails avec un cric - un train peut passer sur la voie dans cette position - et dégagent les caillasses entre les billes. Ils injectent alors des gravillons ou de la grenaille - de Quenast et de Rebecq - pour niveler - on dit aussi stabiliser - la voie.

On appelle cette opération le soufflage.

Expliqué ainsi, ça paraît facile mais croyez-moi, c’est toute une technique de déblayer ces fichus cailloux. Question de tour de main et d’habitude, sans doute.

Ce travail - dit de routine - fait partie d’un programme annuel que le contremaître répartit en fonction des travaux occasionnels (rail cassé,...), du temps et du personnel disponible.

Par mois, ils assurent ainsi, en moyenne, la surveillance de 3 000 à 4 000 m de voie. Mais où me direz-vous ? Leur section va de la borne kilométrique (BK) 12 250 (de Luttre-Pont-à-Celles) à la BK 49 000 (Roux), à laquelle il faut ajouter les raccordements De Keyser et Glaverbel. Leur travail consiste donc en ceci : nivellement, entretien des pistes et des talus (le district met à leur disposition une tronçonneuse), serrage (tire-fond), dressage (alignement des voies), entretien avec Matisa (il s’agit du train de renouvellement des rails et des traverses, présenté dans Le Rail 5/80), entretien des ponts et de leurs abords ainsi que des appareils de voie (11 en voies accessoires et 11 en voies principales).

Tout un programme !

Si la brigade travaille seule, la plupart du temps, elle est « étroitement surveillée » par un contremaître, dont dépend aussi la brigade d’AT Monceau, lequel est sous l’autorité d’un chef de section, lui-même aux ordres d’un ingénieur chef d’arrondissement.

Toujours la hiérarchie.

Quand vient l’heure de casser la croûte, peu avant midi, nous rentrons à pied à la gare de Courcelles-Motte. Là, nous mangeons à la loge des piocheurs.

La demi-heure écoulée, nous repartons, requinqués et réchauffés par un timide soleil de février. C’est mieux que rien. Il faut savoir que nos compagnons sont vêtus de l’incontournable uniforme canari (sécurité oblige) sous lequel ils rivalisent d’ingéniosité pour se protéger contre les rigueurs hivernales : les vestes, les pulls, les sous-pulls, les camisoles et autres chemises se superposent gaiement.

Un numéro d’identification apparaît sur le col de leur pardessus jaune.

Question godasses, nul ne l’ignore, ils portent tous une paire de grosses chaussures à haute tige et semelles épaisses. Moi pas, et je n’en mène pas large sur le ballast !

La journée tire à sa fin, dans la joie et la bonne humeur ; quelle équipe et même si Festu est à l’écart pour nous protéger - et on ne l’en remerciera jamais assez - il est un maillon essentiel de notre cohésion.


Source : Le Rail, mai 1990


[1Ceux qui sont du coin saisiront sans peine l’allusion. Que les autres sachent que notre ami ne souffre pas d’embonpoint !