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Les métiers du Rail : du « Sabin » à la tondeuse à gazon !

R. Danloy.

mercredi 8 août 2018, par rixke

Albert exerce la fonction de chargeur principal dans la petite gare de Poix-Saint-Hubert, située sur la ligne 162 Namur-Luxembourg, la « grand-ligne » comme on l’appelle là-bas. Il travaille en solitaire puisque, dans cette dépendance de la zone de Jemelle, il n’y a pas d’autre personnel que lui. Nous sommes un vendredi et je retrouve Albert sur le quai dès sept heures. Après avoir ouvert la porte du bureau des recettes, il se dirige vers l’armoire vitrée où sont enfermées les clefs de la gare. Il se rend ensuite dans la salle d’attente afin de déverrouiller la porte donnant sur la rue puis il s’en va fermer à clef le portillon d’accès au quai. En effet, lorsque la gare n’est pas desservie par du personnel, les voyageurs n’ont la possibilité de gagner la salle d’attente que via le quai vers Arlon et, ceux qui veulent aller à Jemelle, doivent rejoindre le quai via le passage à niveau, ceci par mesure de sécurité. Une fois la gare ouverte, Albert s’occupe alors du guichet. Il débloque le coffre-fort d’où il prélève le numéraire qu’il range dans son tiroir-caisse et il met en marche le système « Sabin » qui va lui permettre de distribuer ses premiers billets. Puis il remplit l’E934, un livre où il consigne ce que l’on appelle la situation journalière et où figurent les particularités de la journée.

Le premier train de la prestation passe à 7 h 15. Au-delà de la vitre, qui le sépare de la salle d’attente, Albert annonce la destination. Quelques voyageurs en direction de Jemelle se lèvent et traversent les voies par le passage prévu, sous l’œil vigilant de notre collègue qui les accompagne. Dix minutes plus tard, c’est vers Arlon qu’embarquent d’autres personnes. Présent sur le quai, Albert veille à ce que tout se passe bien. Le train parti, il réintègre le bureau et se met immédiatement à l’ouvrage. Aujourd’hui c’est justement la clôture décadaire des écritures et notre ami récapitule les recettes enregistrées durant la dernière période. Travail fastidieux durant lequel je m’abstiens de tout commentaire et à l’issue duquel Albert se félicite que « tout tombe juste » ! En règle dans ses comptes, il peut donc poursuivre sa journée l’esprit serein. Vers dix heures, le facteur entre dans le bureau et Albert effectue son versement de la recette quotidienne contre perception d’un reçu de la Poste.

Peu après, il entreprend la réparation d’un vélo qu’un utilisateur a quelque peu malmené en voilant une roue. En effet, la gare de Poix-Saint-Hubert loue des bicyclettes. Il faut donc remplir non seulement les contrats de location mais aussi vérifier que le matériel revienne en bon état, éventuellement percevoir le prix des accessoires ou des pièces cassés par le locataire. Enfin, il importe également d’assurer l’entretien. Le temps de répondre à un coup de téléphone pour renseigner une dame sur les horaires des autobus vers Saint-Hubert, voici qu’arrivent les trains suivants annoncés par un voyant rouge au « TCO » (tableau de contrôle optique). Sitôt celui-ci allumé, Albert prévient les voyageurs et surveille la traversée des voies.

De retour à son bureau, il dépouille le courrier à l’arrivée puis il profite de l’intervalle le séparant des prochains trains pour achever la matinée en nettoyant la salle d’attente à grand renfort de seaux d’eau et en brossant le trottoir. Quelques étudiants débarquent alors d’un autobus pour les trains de midi et Albert s’affaire derrière son guichet, à vendre ses billets et ses « go-pass ».

L’heure du casse-croûte sonne et notre ami se restaure avant d’aller tondre la pelouse et faire un peu de jardinage pour que la gare reste propre.

Et déjà, la prestation d’Albert touche à son terme. Il faut dire que l’on ne voit guère passer le temps quand on s’occupe ainsi de tant de choses différentes au cours de ses « huit heures ». Quand les trains de 14 h 15 et 14 h 25 sont passés, mon hôte du jour procède alors à la clôture de sa caisse journalière et au rituel de la fermeture. A 15 h, la clef est « sous le paillasson » et notre ami libre jusqu’au lendemain dix heures...


Source : Le Rail, août 1993