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Le visiteur de matériel

mardi 15 juin 2010, par rixke

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Entre les wagons d’une gare de formation, observons, si vous le voulez bien, ce cheminot qui circule, dans un costume de travail bleu, maculé çà et là de cambouis. Il porte un képi cerné de deux galons, l’un vert, l’autre doré, et son épaule soutient un solide sac à outils. Dans sa main calleuse se balance un marteau, avec lequel il frappe de temps à autre un bandage ou un essieu.

Attentif, il inspecte chaque véhicule, dont il examine avec minutie, et toujours dans le même ordre, chacun des organes. Il commence sa visite à l’extrémité de la voiture ou du wagon, tourne autour, se glisse en dessous, pour inspecter les appareils de choc et de traction, les conduites de frein, de chauffage et d’éclairage, la traverse de tête, la paroi d’about, les organes de roulement et de suspension, les bogies, les appareils de frein, le longeron, les pièces intérieures du châssis, la paroi latérale, les portes, le plancher et la toiture.

Tout à coup, il s’arrête, se baisse, frappe contre un longeron, cherche dans son sac un carnet de feuillets rouges, un pot de colle et un crayon bleu, écrit quelques mots sur une étiquette et colle celle-ci sur la paroi du wagon. Il avise le numéro de celui-ci, le note dans un calepin et continue son chemin...

Ce cheminot quelque peu secret et solitaire, qui attache tant d’importance aux wagons et aux voitures, est un de nos visiteurs qui, dans les gares importantes, sont chargés de contrôler le matériel de transport. Cela signifie qu’ils examinent, de façon approfondie, les véhicules et leurs chargements, pour juger s’ils répondent aux prescriptions réglementaires, pour en vérifier l’état d’entretien, pour s’assurer si le chargement est bien conditionné et pour détecter toute avarie ou défectuosité justifiant le rebut éventuel.

Tous les véhicules qui séjournent dans ces gares et dans leurs dépendances, ceux qui arrivent et ceux qui partent, ceux qui sont échangés avec les autres réseaux, ceux encore qui sont remis ou repris aux installations particulières, tout ce matériel est ainsi scruté régulièrement.

La tâche du visiteur ne se borne pas à constater les avaries ou les défectuosités. Elle comprend aussi des travaux d’entretien courant au matériel roulant et au petit matériel de gare. A cet effet, en plus de ses connaissances techniques, il se montre un homme de métier habile, connaissant les matériaux et les pièces de rechange à utiliser.

Le visiteur sait aussi la théorie du frein et il connaît exactement le fonctionnement des différents équipements de freinage. Quand il fait un essai de frein, pour en vérifier le fonctionnement, il peut déterminer immédiatement, à chaque anomalie constatée, la cause et la nature de l’avarie.

Le visiteur est aussi un spécialiste du chauffage des voitures. Lors des essais, il examine si les équipements de chauffage à la vapeur sont étanches et si le fonctionnement des radiateurs est normal.

Sur le matériel équipé du chauffage électrique, il vérifie si tous les appareils de commande sont dans une position correcte, de façon que le chauffage soit parfait.

Une fissure dans un longeron, un écartement de roue inexact, une porte qui se ferme mal, un attelage défectueux, des ressorts cassés, un mauvais frein, peuvent provoquer des accidents graves Mais le visiteur veille, il sait l’étendue de ses responsabilités.

C’est pourquoi, en tout temps, il exécute son travail avec assiduité et vigilance.

Qu’importe si ses mains sont sales et calleuses, si sa salopette est maculée de cambouis, il est fier d’un noble travail, qu’il ne voudrait changer pour aucun autre.

(Photos J. Herreman)


Source : Le Rail n° 13, septembre 1957