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Quatrième période - Les compagnies reprises de 1872 à 1880

Phil Dambly.

mercredi 18 août 2010, par rixke

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C’est en 1872 que l’Etat reprit l’importante Société générale d’Exploitation de chemins de fer (S.G.E.), dont l’atelier de construction et de réparation des locomotives était établi à Tubize. Plusieurs compagnies exploitaient leurs réseaux en commun au sein de cette société. Au moment de sa reprise, 164 locomotives de types divers ont rejoint le parc de l’Etat. Certaines d’entre elles ont été rétrocédées à d’autres compagnies, tandis que les machines surannées étaient mises à la ferraille.
La S.G.E. possédait un assez grand nombre de locomotives-tender, parmi lesquelles des 2-4-0 à roues de 1,80 m, destinées aux services des voyageurs. Ces machines, qui pesaient 40,60 t en charge, avaient été construites à Tubize de 1866 à 1869. Elles devinrent le type 15 à l’Etat (n° 421 à 424) et furent surnommées type « Tubize courte queue ».

Type 15 Etat, ex-type « Tubize courte queue » de la S.G.E.

Quinze locomotives-tender connues sous l’appellation de type « Tamines » ou « fortes rampes » avaient été construites par Saint-Léonard en 1867 pour les chemins de fer de Binche et des Bassins Houillers. Elles furent incorporées à l’effectif de l’Etat sous la désignation de type 21 - (n° 501 à 515). Ces machines à quatre essieux accouplés avaient des roues de 1,22 m et pesaient 48 t en charge. L’Etat les utilisa principalement sur les plans inclinés de Liège et sur les lignes du plateau de Herve.

Type 21 Etat, ex-type « Tamines » des Bassins Houillers.

Les douze locomotives-tender du type 22 et numérotées de 699 à 710 avaient été construites en 1872 par la Société alsacienne de Constructions mécaniques à Grafenstaden. Dites type « Grafenstaden », elles assurèrent les mêmes services que les machines précédentes. Le type 22, à quatre essieux accouplés, avait des roues de 1,31 m et pesait 47,40 t en charge.

Type 22 Etat, ex-type « Grafenstaden » de la S.G.E.

En 1865, la S.G.E. avait fait construire, en ses ateliers de Tubize, une série de locomotives à marchandises à trois essieux accouplés. Ces machines, à tender séparé, avaient des roues de 1,40 m et pesaient 34 t en ordre de marche. Onze d’entre elles, versées à l’effectif de l’Etat, devinrent le type 41 et furent numérotées de 469 à 479.

Les locomotives à marchandises de la S.G.B. : le type 41 Etat

Un autre type de locomotive à marchandises avait été fourni à la S.G.E. en 1869-1870. C’était une machine de 35,95 t, à trois essieux accouplés à roues de 1,35 m. Les vingt exemplaires ont été incorporés dans le matériel de l’Etat sous la désignation de type 34 (n° 480 à 499). Appelés couramment type « Tubize à marchandises », ils furent utilisés sur la ligne du Luxembourg jusqu’en 1883.

Les locomotives à marchandises de la S.G.B. : le type 34.

Le type « Tubize à voyageurs » de la S.G.E. avait été construit en 1869-1870 également. Cinq exemplaires devinrent le type 14 à l’Etat et furent numérotés de 446 à 450. Ces belles machines 2-4-0 à roues de 1,80 m pesaient 34,65 t en ordre de marche. Attachées à l’ancien dépôt de Bruxelles Quartier Léopold de 1873 à 1878, elles assuraient le service des trains express Bruxelles-Namur avant d’être envoyées au dépôt de Mons. La machine n° 450 reçut une nouvelle chaudière à cheminée carrée.

Le type 14 Etat, dit type « Tubize à voyageurs » : n° 446 à 450, ex-S.G.E.

En 1880, quatre locomotives du même type, destinées au chemin de fer de Virton, avaient encore été construites aux ateliers de Tubize, qui faisaient déjà partie à ce moment de la société La Métallurgique. La Compagnie de Virton ayant été reprise la même année, ces machines furent acquises par l’Etat et reçurent les n° 1264 à 1267. Elles ne différaient du type 14 original que par la chaudière, du modèle en usage à l’Etat.

Le type 14 Etat, dit type « Tubize à voyageurs » : n° 1264 à 1267, provenant du chemin de fer de Virton.

Le type « Tubize à voyageurs » était accompagné de tenders à deux essieux, du type de la S.G.E. ou du type classique de l’Etat belge.

1265
Le type 14 Etat, dit type « Tubize à voyageurs »

La Grande Compagnie du Luxembourg (G.C.L.) exploitait la ligne de Bruxelles Quartier Léopold à Luxembourg, par Namur et Arlon, et la ligne de Marloie à Angleur-Liège, par la vallée de l’Ourthe. Elle possédait des dépôts de locomotives à Bruxelles, Namur, Jemelle, Arlon et Angleur. Au moment du rachat par l’Etat, en 1873, la G.C.L. disposait d’un effectif de 126 locomotives appartenant à des types divers et portant un nom dans la plupart des cas. Les modifications et les transformations de machines étaient opérées dans un atelier de grandes réparations situé dans l’enceinte de la gare du Quartier Léopold à Bruxelles. Après la reprise par l’Etat, de nombreuses locomotives y ont été revisées jusqu’en 1906, quand furent inaugurés les ateliers de Salzinnes, près de Namur. L’atelier du Quartier Léopold disparut en 1929.

En 1856, la G.C.L. avait mis en service des machines à trois essieux accouplés, longerons extérieurs et cylindres intérieurs inclinés. Les roues avaient 1,46 m de diamètre, le foyer étroit était disposé en porte à faux, et la face de la boîte à fumée était sensiblement inclinée. Ces locomotives, fournies par Saint-Léonard, étaient numérotées de 9 à 14 et portaient respectivement les noms suivants : « Ciney », « Marche », « Rochefort », « Saint-Hubert », « Neuf château », « Grupont ». Elles étaient accompagnées de tenders à deux essieux et pesaient 31,95 t en ordre de marche. Renumérotées de 877 à 882 à l’Etat, elles devinrent le type 39.

La locomotive-tender n° 20 de l’Etat belge provenait de la transformation, en 1885, de l’ancienne machine n° 9 « Ciney » (n° 877 Etat). La chaudière, renouvelée, était flanquée de longues soutes à eau et la machine, qui pesait 38,80 t en charge, fut appelée le type 39 bis. Après avoir été employée au service des manœuvres, elle fut réformée vers 1902. Quant aux types 39, ils avaient disparu avant 1890.

20
Locomotive n° 20 Etat, ex-n° 9 « Ciney » de la Grande Compagnie du Luxembourg.

La Société Saint-Léonard fournit trois locomotives à voyageurs en 1857, numérotées de 15 à 17, qui présentaient la disposition d’essieux 0-4-2. Ces machines à roues accouplées de 1,69 m avaient un foyer étroit et profond, des cylindres intérieurs inclinés et des longerons extérieurs. Baptisées « Recogne », « Habay » et « Assesse », elles ont été numérotées de 856 à 858 à l’Etat et classées « hors type ». L’Arsenal de Malines les transforma en locomotives-tender en 1880. La chaudière fut renouvelée et flanquée de petites soutes à eau. D’autre part, l’installation d’une soute à charbon à l’arrière nécessita un allongement du châssis et l’adjonction d’un essieu porteur. Ces locomotives n° 856 à 858 transformées, qui pesaient 45 t en charge, ont assuré la remorque des trains légers sur la ligne de l’Ourthe. La machine n° 858 du dépôt de Liège-Guillemins, maintenue en service jusqu’en 1912, était une des plus anciennes locomotives circulant à cette époque sur le réseau de l’Etat.

858
Locomotive n° 858 Etat, ex-n° 17 « Assesse » de la G.C.L., tendérisée en 1880.

En 1858, Saint-Léonard construisit neuf locomotives à marchandises à trois essieux accouplés. Ces machines à roues de 1,45 m pesaient 32,25 tonnes en ordre de marche et différaient très peu des locomotives n° 9 à 14. Elles portaient les n° 18 à 26 et les noms suivants : « Haversin », « La Meuse », « L’Ourthe », « La Lesse », « Arlon », « Les Ardennes », « La Semois », « Bouillon », « Virton ». Renumérotées de 883 à 891 et devenues le type 37 à l’Etat, elles furent affectées à la remise de Jemelle et réformées de 1884 à 1890.

Une locomotive assez particulière pour l’époque avait été livrée par Stephenson en 1860. C’était une machine à deux essieux accouplés encadrés par deux essieux porteurs, avec cylindres extérieurs et petit foyer profond plongeant entre le deuxième essieu accouplé et l’essieu porteur. Cette locomotive, la n° 31 « La Vière », était remarquable par son aspect très élégant, dû en partie à la forte inclinaison de la paroi frontale de la boite à fumée et aux roues de 1,70 m. Elle remorqua les express entre Namur et Bruxelles Q.L. jusqu’en 1880, sous le n° 862 de l’Etat.

31
Locomotive n° 31 « La Vière ».

Six locomotives analogues mais à roues de 1,76 m, numérotées de 38 à 43, avaient été construites par Cockerill en 1862. Elles différaient de la locomotive « La Vière » par les plus grandes dimensions de la chaudière et du foyer qui passait au-dessus de l’essieu porteur. Ces machines, qui ne portaient pas de noms, ont été renumérotées de 863 à 868 à l’Etat et affectées à la traction des express entre Bruxelles Q.L. et Namur. Elles furent transformées en locomotives-tender vers 1876 et devinrent le type 12. Elles pesaient alors 44,70 t en charge et ont assuré des services de banlieue jusqu’en 1882. Le dernier exemplaire, n" 865, fut démoli en 1892.

Des locomotives à marchandises à trois essieux accouplés avaient été fournies par Saint-Léonard de 1860 à 1865 et affectées aux remises d’Arlon et de Jemelle. Elles avaient des roues de 1,31 m et pesaient 33,37 t en ordre de marche. Les deux premiers exemplaires, numérotés 27 et 28, étaient dénommés respectivement « La Grotte de Han » et « Mathieu Uzielli ». Les autres machines, qui ne portaient pas de noms, étaient numérotées de 32 à 36 et de 44 à 55. Les dix-neuf locomotives ont été utilisées par l’Etat sous les n° 892 à 910 et appelées le type 36. Certaines d’entre elles avaient reçu un abri du modèle en usage à l’Etat, moins rudimentaire que l’écran à lunettes employé auparavant. Les types 36 ont disparu de 1881 à 1899, sauf la machine n° 905, qui avait été dotée d’une nouvelle chaudière à foyer Belpaire en 1881 ; cette locomotive était toujours en service en 1911 à Arlon.

N° 27, 28, 32 à 36 et 44 à 55 (n° 892 à 910 Etat, type 36).

Pour la traction des trains de marchandises sur les lignes d’Arlon et de l’Ourthe, la G.C.L. avait fait construire, en 1866 et en 1867, 27 locomotives à trois essieux accouplés numérotées de 56 à 71 et de 80 à 90. Il y avait une très légère différence entre les machines des séries 56 à 63 et 80 à 90 (Ch. Evrard) et celles de la série 64 à 71 (Cockerill). Les premières pesaient 33,90 t en ordre de marche et les autres 34,10 t. Ces locomotives à roues de 1,45 m étaient accompagnées de tenders à deux essieux du type Paris-Orléans. Elles ont été renumérotées de 911 à 937 à l’Etat, appelées le type 35, et l’écran à lunettes fut remplacé par un abri du type Etat. Devant l’augmentation continue de la charge des trains circulant sur la ligne du Luxembourg, les types 35, devenus insuffisants, furent peu à peu envoyés dans le Hainaut et dans les Flandres. Ils disparurent entre 1889 et 1904, sauf quatre exemplaires qui avaient été rétrocédés par l’Etat à la Compagnie du chemin de fer de Gand à Terneuzen.

933
Locomotive n° 933, ex-n° 86 G.C.L.
N° 56 à 71 et 80 à 90 (n° 911 à 937 Etat, type 35).

En 1866, huit locomotives 2-4-0 à roues de 1,75 m avaient été construites par Saint-Léonard d’après les études de l’Anglais Kitson, ingénieur en chef de la G.C.L. Ces machines, numérotées de 72 à 79, constituaient un type anglo-belge des plus intéressants, de construction très soignée et d’aspect très élégant. Elles pesaient 32,50 t et remorquaient les trains express entre Bruxelles Q.L. et Namur. Les tenders de 7 m³ qui les accompagnaient rappelaient ceux du Paris-Orléans. Renumérotées de 869 à 876 et appelées le type 11 à l’Etat, ces locomotives furent envoyées au dépôt d’Anvers Sud et utilisées pour la traction de certains trains de voyageurs entre Bruxelles Nord et la métropole. Elles avaient été munies du frein Westinghouse et les tenders d’origine avaient été remplacés par des tenders de 7,50 m³ du type Etat. Après diverses modifications, les types 11 ont été retirés du service de 1882 à 1903.

872
Locomotive n° 872 ex-n° 75, transformée.
N° 72 à 79 (n° 869 à 876 Etat, type 11).

En 1870, la G.C.L. fit l’acquisition de six locomotives à marchandises à trois essieux accouplés, n° 91 à 96. Construites chez Ch. Evrard à Bruxelles, ces machines étaient dotées d’un foyer Belpaire carré, avaient des roues de 1,31 m et pesaient 32,90 t. Après la reprise de la G.C.L., elles ont été renumérotées de 938 à 943, appelées type 38, et restèrent attachées aux dépôts de Jemelle et d’Arlon. Elles furent ensuite employées sur des lignes secondaires jusqu’en 1892.

Le même constructeur fournit encore, en 1872, huit locomotives à marchandises à quatre essieux accouplés, n° 115 à 122. Les cylindres et le mécanisme étaient extérieurs et le foyer passait au dessus du dernier essieu. Ces locomotives, à roues de 1,27 m et pesant 44 t, étaient accompagnées de tenders à trois essieux de type anglais. Utilisées entre Namur et Arlon au moment du rachat de la compagnie par l’Etat, elles ont été renumérotées de 955 à 962 et appelées le type 24 par la suite. En raison de leur légèreté et de leur faible puissance, ces machines furent envoyées dans le Hainaut, où elles assurèrent des services locaux jusqu’en 1903.

N° 115 à 122 (n° 955 à 962 Etat, type 24).

Construites en 1873 par The Yorkshire Engine Co Ltd à Sheffield, les six locomotives n° 109 à 114 étaient des machines mixtes connues sous l’appellation d’ « anglaises du Luxembourg ». D’aspect très élégant, ces locomotives à trois essieux accouplés présentaient une grande analogie avec un type de machine étudié par l’ingénieur Johnson, du Great Eastern Railway. Accompagnées d’un tender de 10 m³ à trois essieux, de modèle anglais, elles étaient employées entre Bruxelles Q.L. et Namur. Elles pesaient 31,80 t, et les roues avaient 1,55 m de diamètre. Ces machines reçurent les n° 963 à 968 après leur acquisition par l’Etat et furent appelées le type 42. Elles subirent d’importantes modifications à l’Arsenal de Malines : suspension, sablière, cheminée, abri, etc. Elles furent ensuite munies du frein Westinghouse, et on leur attela des tenders de 7,50 m³ à deux essieux, du type Etat. Toutes ces modifications avaient altéré le bel aspect des locomotives type 42, qui étaient alors attachées à la remise de Termonde. Elles ont été démolies de 1898 à 1903, excepté la machine n° 964, qui était toujours en service à Saint-Nicolas en 1914.

N° 109 à 114 (n° 963 à 968 Etat, type 42), état original.
N° 109 à 114 (n° 963 à 968 Etat, type 42), après modifications.

La locomotive n° 108 portait le nom de W. Fenton, président du Conseil d’administration de la G.C.L. Construite en 1872 par The Yorkshire Engine Co, c’était une machine à cylindres et mécanisme extérieurs, formée en fait de deux locomotives-tender disposées dos à dos sur un seul châssis, selon le système imaginé par l’ingénieur anglais Robert Fairlie. Chaque groupe moteur comportait trois essieux accouplés à roues de 1,06 m, et la machine pesait 63,70 t en charge. Deux plaques étaient apposées sur les soutes à eau latérales, de part et d’autre de l’abri médian. La première portait l’inscription « Fenton » et la seconde l’inscription « Fairlie’s Patent » (brevet Fairlie). L’essai du système Fairlie en Belgique ne fut guère concluant. Mise en service en juin 1872 entre Bruxelles Q.L. et Namur, la n° 108 fut ensuite utilisée à la traction des trains de marchandises entre les gares bruxelloises de l’Allée Verte - aujourd’hui disparue - et du Quartier Léopold. Après le rachat de la G.C.L. par l’Etat, elle reçut le n° 969 et fut classée « hors type ». Elle termina sa carrière au dépôt d’Arlon, en 1889, et fut démolie l’année suivante.

108
locomotive n° 108 « fenton » (n° 969 Etat).

Les dernières locomotives livrées à la G.C.L. ont été les n° 123 à 128, construites chez Charles Evrard en 1873.

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Ces locomotives-tender à trois essieux accouplés, destinées au service des manœuvres, étaient parfois utilisées à la traction des trains de banlieue entre Bruxelles Q.L. et Ottignies. Elles pesaient 32,20 t en charge et leurs roues avaient 1,27 m de diamètre. Appelées le type 55 à l’Etat, elles portaient les n° 972 à 977. L’écran à lunettes primitif avait été remplacé par un vaste abri fermé à l’arrière. Les types 55 ont effectué les manœuvres à la gare du Quartier Léopold jusqu’en 1906.


Source : Le Rail n° 123, novembre 1966