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Liège-Guillemins 1958

T. B.

lundi 26 juillet 2010, par rixke

Au début de l’année, une surprise attendait le voyageur qui n’avait plus fait escale à Liège-Guillemins depuis l’été dernier : la gare, si familière qu’on passait devant elle sans plus y faire attention, avait fait place au vide, ou presque. On était tout étonné de si bien découvrir le bout de talus fraîchement profilé de la colline de Cointe et le dôme de son monument. L’observateur attentif remarquait même que la pente de la place des Guillemins avait été inversée.

Certains regretteront peut-être la vieille gare disparue. A cause de son architecture ? On peut en douter. Ils éprouveront plutôt le petit pincement au cœur qu’on ressent chaque fois qu’une image du passé - surtout s’il s’agit d’un passé personnel - s’efface devant quelque chose de neuf, en laissant place à la marche inexorable du temps et du progrès.

Des sentimentaux associeront peut-être un événement heureux au cadre qui, comme un décor de théâtre, va changer ; pour eux, nous reproduisons un souvenir de la gare des Guillemins d’avant 1956, alors qu’elle était dominée par une mystérieuse statue, curieusement perchée au-dessus du fronton. Notons qu’elle portait la date « 1872 » dans le dos ; on s’en aperçut quand elle fut démantelée.

L’aspect pendant la période transitoire fut plus pénible ; c’est à titre documentaire seulement que nous donnons une photo prise pendant l’éventration.

Comment se présentera l’image nouvelle qui surgira de ces décombres ? Disons tout de suite qu’elle répondra aux nécessités de l’exploitation et au confort des voyageurs, dans un style qui illustrera l’architecture d’aujourd’hui (lignes et jeux de couleurs simples, nets, rythmés ; matériaux nouveaux ; structures audacieuses, rendues possibles par les progrès techniques...).

Voulez-vous, en imagination, visiter ce nouveau service ?

Si vous débouchez de la rue des Guillemins, l’immense auvent central, situé presque à mi-hauteur de la façade, attire tout de suite le regard et indique l’entrée principale ; sous cet auvent luit une horloge lumineuse sans cadran, dont les aiguilles et les douze plots sont simplement enchâssés dans les glaces qui surmontent les portes, elles aussi en verre. Avant d’entrer, jetez un coup d’œil à l’ensemble de la façade : il n’y a ni murs ni colonnes visibles aux deux étages supérieurs ; rien qu’un voile de glaces et de tôles émaillées, découpé en bandes verticales par des dizaines de nervures en aluminium.

A gauche s’allongent la loggia du restaurant et les grandes baies de la brasserie ; à droite, voici le balcon, qui situe le mess du personnel, et les vitrines du rez-de-chaussée, qui masquent le dépôt des bagages.

Au centre, sous l’auvent, sur toute la hauteur de deux étages, s’étend une verrière de 50 mètres de largeur, à travers laquelle on aperçoit le va-et-vient des voyageurs.

Si nous entrions, maintenant ? Nous nous trouvons dans le hall des guichets, où le jeu des granits, des marbres, des glaces, de l’aluminium, du béton blanc et meule, crée une ambiance impressionnante.

Voulez-vous un billet pour le service intérieur ? Allez à gauche. Vous rendez-vous à l’étranger ou désirez-vous un renseignement ? Adressez-vous à droite.

Au centre s’ouvrent les portes vers les quais, et, au-dessus des entrées, une nouvelle surprise vous attend : le nouveau tableau indicateur des trains, le premier de ce genre en Belgique, est entièrement télécommandé ; on a étendu ici, à une échelle beaucoup plus grande, le système des indicateurs renseignant les voyageurs sur les quais des gares de Bruxelles.

Passons le contrôle, et nous débouchons de plain-pied dans un large couloir central, relié à deux autres couloirs latéraux par des galeries qui longent le bâtiment principal. Des escaliers roulants nous déposent, en un rien de temps, au niveau des quais.

Décidément, tout a bien changé pour le voyageur. Et le visiteur étranger de 1958 sera surpris et émerveillé dès son arrivée : ce sera pour lui l’augure d’un bon accueil dans la Cité Ardente.


Source : Le Rail, avril 1957