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Neuvième période, 1914-1919 – Première guerre mondiale et locomotives « Armistice »

Phil Dambly.

mercredi 15 septembre 2010, par rixke

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Pendant la période d’occupation du territoire belge par les troupes allemandes, une Direction générale militaire des chemins de fer établie à Bruxelles s’était substituée à l’Administration des chemins de fer de l’État. Cet organisme, la « Militär Eisenbahn Direktion Brüssel », fit restaurer le réseau pour les besoins du trafic stratégique.

1487
En 1917, avec les pontonniers du bataillon des chemins de fer, locomotive type 28 n° 1487.

Au cours de la retraite d’août 1914, deux mille locomotives environ avaient pu être évacuées en France, soit près de la moitié de l’effectif total (4.500 machines). La majeure partie de ce matériel se trouvait dans la région de Rouen, près d’Oissel. D’autres dépôts de locomotives belges étaient disséminés entre Paris et Bordeaux et dans le Midi. Vers 1915, les machines légères, types 25, 28, 29 et 32, furent remises en service dans ces régions, tandis que les types 10 et 36 rouillaient sur place dans les dépôts. En effet, les voies françaises de l’époque n’admettaient pas les charges par essieu élevées de ces puissantes machines.

1755
En 1917, avec les pontonniers du bataillon des chemins de fer, locomotive type 51 n° 1755.

La plupart des types 10 avaient été évacués ainsi que 113 types 36. Soixante exemplaires de ce dernier type furent vendus au Gouvernement russe en 1915 pour être employés sur les lignes à voie normale de Galicie et de Pologne orientale. Une partie du lot fut perdue en mer du fait des sous-marins allemands. Les machines arrivées à destination, adaptées ultérieurement à l’écartement russe de 1,524 m, furent mises en service sur le chemin de fer de Iekaterina (Ekatérimbourg, actuellement Sverdlovsk). En Russie, elles étaient désignées classe « F » (pour Flamme) et portaient encore leurs numéros d’origine vers 1925. Elles étaient encore utilisées en 1962.

A Maldegem, pendant la retraite d’Anvers, en 1914, une colonne de chasseurs à cheval laisse passer un train militaire remorqué par une locomotive type 2 bis.

En Belgique occupée, le matériel allemand employé par l’ennemi comportait, outre une grande majorité de machines prussiennes, des locomotives bavaroises, badoises et saxonnes. Par ailleurs, les Allemands amenèrent sur le réseau belge de nombreuses locomotives autrichiennes, polonaises et roumaines et même quelques machines italiennes.

En 1914, cette locomotive type 28 dut être abandonnée près des premières lignes belges, à Kaaskerke, aux environs de Dixmude. Pendant près de quatre ans, l’ennemi essaya vainement de la détruire. C’est la foudre qui, en touchant la mine cachée sous le pont sur lequel se trouvait la machine, fit sauter celle-ci.

Les locomotives belges tombées entre leurs mains furent remises en service et laissées dans un état lamentable en 1918 : entretien réduit à sa plus simple expression, enlèvement des garnitures en cuivre et en laiton, etc. Quelques 2-8-0 et 4-6-2 de types français, construites pour le P.L.M. par Henschel en 1914, étaient utilisées en Belgique par l’occupant, qui avait encore réquisitionné des locomotives construites à Tubize pour le Pékin-Hankow.

Locomotive type 51 utilisée par l’armée américaine en France en 1918.

Il y avait de la sorte un invraisemblable mélange de machines sur lesquelles la numérotation allemande était peinte à la céruse en grands caractères. La lettre initiale du dépôt d’attache était visible sur l’avant de la cheminée : Br pour Bruxelles, Mo pour Mons, etc. La numérotation allemande attribuée aux locomotives de l’Etat était la suivante :

  • Locomotives-tender : T 01 (type 5) ; T 02 (type 15) ; T 03 (type 15 S) ; T 04 (types 11 et 51) ; T 05 (types 3 et 4) ; T 06 (types 20 et 23) ; T 07 (n° 340 et 712) ;
  • Locomotives à marchandises : G 01 (types 28 et 29) ; G 02 (type 25) ; G 03 (types 30 et 32) ; G 04 (type 32 S) ; G 05 (type 31) ; G 07 (type 36) ;
  • Locomotives à voyageurs : P 01 (type 2 bis) ; P 02 (type 2) ; P 03 (types 6 et 16) ; P04 (type 35) ; P 05 (type 35 S) ;
  • Locomotives d’express : S 01 (types 1 et 7) ; S 02 (type 12) ; S 03 (types 17, 18 et 18 bis) ; S 04 (type 18 S) ; S 05 (type 8) ; S 06 (types 19 et 19 bis) ; S 07 (type 9) ; S 08 (type 10).

Les opérations militaires provoquèrent la dispersion d’un grand nombre de locomotives belges en Allemagne, en Pologne, en Roumanie et en Russie. Après l’Armistice, on a retrouvé un type 12 en Mésopotamie (Irak) et des types 25 en Égypte !

Soldats prussiens juchés sur une locomotive type 32 pendant un parcours de reconnaissance aux environs d’Arras, en France (Eisenbahntruppen).

Les fatigues imposées aux locomotives par les exigences de la guerre avaient conduit à une usure telle du matériel qu’à la fin des hostilités, la situation était devenue plus que critique.

50.003
Locomotive « saddle tank » type 50, n° Etat 4766 à 4795. Deux cylindres ; poids en service : 30,84 t ; diamètre des roues : 1,06 m. Machine n° 50.003 ex-5003, à Gand-Merelbeke en 1962.

Source : Le Rail, n° 131, juillet 1967