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La gare d’Anvers-Nord

F. De Mesel.

mercredi 5 octobre 2011, par rixke

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 Avant-propos

Le 30 juin 1703, dans le « Polder de Muisbroek », à environ 10 kilomètres au nord de la ville d’Anvers, les Français et les Espagnols s’affrontèrent aux Hollandais ; cette bataille d’Ekeren - une des phases de la guerre de Succession - ne laissa pas moins de 4.000 morts sur le champ où se déploient actuellement les faisceaux de la gare d’Anvers-Nord.

Cette gare, on la chercherait en vain dans l’indicateur : les trains de voyageurs ne la fréquentent pas. Par contre, Anvers-Nord est le creuset où se décomposent la plupart des trains de marchandises destinés au port, et où se forment la plupart de ceux qui évacuent les marchandises débarquées des navires. Elle joue, en effet, essentiellement le rôle de gare de triage et de formation de la gare d’Anvers-Bassins et Entrepôt (Anvers B.E.), qui, elle, est reliée directement aux installations portuaires. Nous dirons donc, pour commencer, quelques mots sur le port lui-même et sur sa gare maritime ; ainsi, le rôle d’Anvers-Nord sera mieux défini.

 Le port et sa gare maritime

Tout le monde connaît l’importance du port d’Anvers pour l’économie du pays. La superficie totale des installations portuaires atteint 1.400 Ha ; celle des bassins proprement dits, 462 Ha. Les quais, où plus de 15.000 navires viennent accoster chaque année, ont une longueur totale de 45 kilomètres, soit la distance d’Anvers à Bruxelles.

Or, les installations portuaires les plus importantes et leurs dépendances sont reliées au rail par la gare maritime d’Anvers B.E., qui dispose de 325 kilomètres de voies. Cette gare est subdivisée en dix sections, que les cheminots ont baptisées de noms typiques : le Congo, le Far-West, la Sibérie-Orientale, le Groenland, etc. Chaque section dessert plusieurs quais, qui disposent chacun au moins de deux voies, où les wagons peuvent être directement chargés ou déchargés.

Dans les installations d’Anvers B.E.

Des voies d’arrière-quai permettent d’amener les marchandises dans des entrepôts ou des hangars.

Enfin, des faisceaux d’arrière-quai sont utilisés pour recevoir les rames venant d’Anvers-Nord, pour répartir les wagons par quai ou par voie de quai et pour grouper les wagons destinés à Anvers-Nord.

 L'importance de la gare de formation

La « formation » d’une gare maritime aussi étendue doit disposer - on s’en doute - d’un personnel à la hauteur de sa tâche et d’installations importantes. Les chiffres énoncés ci-après permettent de se faire une idée du cadre et de l’équipement d’Anvers-Nord, ainsi que des services qu’elle rend.

L’effectif total compte 250 agents ; pour leur transport, un train spécial, le « petit bloc », comme on l’appelle, circule entre Anvers-Central et Anvers-Nord.

La gare, longue de 5 km. 500 et large de 1 km. 500, occupe une superficie de 315 hectares. La longueur totale des voies s’élève à 130 kilomètres ; de plus, une voie de circulation d’environ 10 kilomètres contourne les faisceaux.

Quarante-cinq signaleurs desservent 640 appareils de voie ; la plupart de ces appareils sont concentrés dans des cabines de signalisation, au nombre de neuf, dont trois cabines électriques de triage.

Comme le trafic dépend presque entièrement des mouvements du port, le nombre des wagons entrés et sortis subit des changements sensibles d’une journée à l’autre. La gare peut traiter 4.500 wagons par jour à l’arrivée et autant au départ. La moyenne du trafic journalier atteint environ 3.000 wagons, tant à l’arrivée qu’au départ.

Manœuvre de gare au travail.

Depuis un an, on utilise presque exclusivement des locomotives diesel pour les manœuvres en gare et pour la remorque des rames entre Anvers-Nord et Anvers B.E.

Sur chaque chantier de triage, cinq réflecteurs, à lampes à vapeur de mercure, placés sur deux pylônes de 30 mètres de haut, fournissent l’éclairage indispensable pendant les heures de nuit à grands mouvements.

 Une gare double

Les installations d’Anvers-Nord forment ce qu’on appelle une gare double, avec deux séries de faisceaux (B et C), afin de pouvoir faire face aux deux courants de trafic, en sens opposé, sans qu’ils se gênent mutuellement. Le projet initial de la gare prévoyait aussi les faisceaux A et D, et même un dépôt pour locomotives à vapeur, mais ces installations supplémentaires furent abandonnées pour des raisons d’exploitation.

Dans les faisceaux C, on reçoit et on décompose les trains venant des gares frontières et de l’intérieur du pays ; on y forme aussi les rames destinées à la gare d’Anvers B.E.

Dans les faisceaux B, on traite le trafic originaire d’Anvers B.E. et destiné à l’arrière-pays (« hinterland ») du port.

Dans chaque ensemble (B et C), les faisceaux sont disposés l’un derrière l’autre, dans l’ordre logique des opérations à faire : réception (faisceaux B1 ou C1), décomposition (entrée B2 ou C2). formation (sortie B2 ou C2), transfert vers voies d’attente (du faisceau B2 vers B3 ou du faisceau C2 vers C3) ou départ (B3 ou C3).

Le « petit bloc ».

 Composition et but des faisceaux « C »

Le faisceau de réception C1 comprend 16 voies, chacune d’une longueur de 655 à 770 mètres, dont 14 sont équipées pour recevoir les trains électriques. C’est sur ce faisceau que les convois, après réception, sont préparés pour être triés par dos d’âne, et les wagons sont dirigés vers le faisceau C2.

Le faisceau de triage C2 comprend 39 voies, chacune d’une longueur de 524 à 707 mètres ; ce sont 2 voies de circulation, 1 voie pour réparation de wagons et 36 voies de triage.

Vingt-deux de celles-ci sont destinées à recevoir les wagons pour les bassins nord du port. Ces wagons partent directement de ce faisceau par rames, remorquées par des locomotives diesel du dépôt d’Anvers-Dam. L’utilisation et la marche de ces locomotives sont réglées, d’un commun accord, par les régulateurs d’Anvers-Nord et d’Anvers B.E.

Les 14 voies restantes reçoivent le matériel vide, les envois pour la Hollande (via Essen) et les wagons du trafic local. Les trains formés peuvent partir directement du faisceau C2 ou être transférés au faisceau C3, en attendant l’heure de leur départ.

Le faisceau de garage C3 ne comprend que cinq voies ; on s’en sert pour y placer le matériel en excédent et certains envois vers Anvers B.E., qui doivent être retenus temporairement.


Source : Le Rail, décembre 1958