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Le loup et les proverbes
Albert Doppagne.
mercredi 14 février 2024, par
Il y a tant à dire sur le mot loup que je renonce à traiter la matière en une seule chronique. En guise d’introduction, je me consacrerai à une première approche, celle que nous en donnent les proverbes.
Viendront ensuite les locutions et expressions où il est question du loup et, enfin, nous pourrons envisager les principaux sens que présente le mot dans notre langue dont la richesse ne cesse de nous étonner. Le proverbe est un témoin de civilisations qui s’estompent. De nos jours, il a perdu beaucoup de son crédit : on en connaît, on en cite de moins en moins. Il sert plus d’ornement pittoresque que d’argument de fond.
Des étudiants que j’ai interrogés sur la question s’estimaient déjà heureux de pouvoir en citer une vingtaine, en français, alors que mes parents, deux générations plus tôt, avaient encore pu m’en fournir trois cents, et rien qu’en wallon ! L’étude des proverbes – c’est sans doute l’occasion de le rappeler – porte le nom de parémiologie : leur comparaison illustre l’intérêt de cette démarche, et à différents points de vue, social, ethnologique, linguistique, littéraire. Il existe un assez grand nombre de proverbes français inspirés par le loup ; j’en ai choisi une bonne douzaine parmi les moins oubliés et je vous les soumets en même temps que le commentaire qu’en donnent les deux ouvrages qui m’ont servi de sources : le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, qui date de 1873, ainsi que le Dictionnaire de la langue française de Littré, dont le troisième volume est daté de 1874. Le commentaire valait d’être reproduit, pour sa formulation qui rappelle nettement certaines conceptions sociales du siècle dernier ainsi que pour son style. On n’écrirait plus cela de nos jours et on ne l’écrirait plus ainsi. À vous d’actualiser le fond et la forme.
La faim fait sortir le loup du bois : la nécessité, le besoin de vivre décident à des choses dont on se serait volontiers abstenu (Larousse).
Qui se fait brebis, le loup le mange : ceux qui usent de trop de bonté sont exposés aux outrages des méchants (Larousse).
Brebis bien comptées, le loup les mange : quand on a bien pris toutes ses précautions, survient quelque accident imprévu qui dérange tout (Larousse). Quel que soit le soin qu’on ait de garder ce qu’on a et d’en savoir le compte on ne laisse pas quelquefois d’être volé (Littré). Cela porte malheur de prendre le compte exact de ce qu’on possède (Littré).
Tandis que le loup chie, la brebis s’enfuit : il ne faut pas laisser échapper l’occasion qui se présente (Littré).
Quand le loup est pris, tous les chiens lui lardent les fesses : quand un puissant est tombé, les gens de bas étage se déchaînent contre lui (Larousse).
Les loups ne se mangent pas entre eux : les méchants ne cherchent pas à se nuire l’un à l’autre (Larousse).
La guerre est bien faite quand les loups se mangent : se dit quand des gens de même profession sont en querelle (Littré).
L’homme est un loup pour l’homme : ce proverbe a été formulé en latin par le philosophe anglais Hobbes (homo homini lupus : l’homme est cruel envers ses semblables).
Le loup mourra dans sa peau : les méchants ne s’amendent pas (Larousse).
Il faut hurler avec les loups : il faut s’accommoder, on s’accommode sans peine aux habitudes, même vicieuses, de ceux avec qui l’on vit (Larousse).
Quand on parle du loup on en voit la queue : il arrive très souvent que quelqu’un survient au moment où l’on parle de lui (Larousse).
À chair de loup, sauce de chien : il faut traiter les gens selon leur mérite (Larousse).
La lune est à l’abri des loups : dans les rangs élevés de la société, on n’a rien à craindre des personnes de basse condition (Larousse).
Source : Le Rail, février 1999
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