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1835 -1966 : Adieu Vapeur !
A. Vanden Eynde, inspecteur technique principal.
lundi 18 mars 2024, par
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Tchoukons !
Parce que le cheminot doit aller de l’avant, depuis que notre revue existe nous n’avons guère entretenu les sentiments de regret qu’éprouvaient les anciens en voyant, peu à peu disparaître nos inoubliables « vapeur ». Il n’empêche que la cérémonie des adieux officiels nous a touchés, et nos oreilles entendront encore longtemps les coups de sifflet du « pleureur Nathan », que la « 29013 » lança et relança dans les gares et à travers les campagnes au cours de son ultime voyage en tête d’un train de voyageurs.
Pourtant, ce ne fut pas un voyage triste. Dès le départ et tout au long du parcours, il y eut ces milliers d’enfants rassemblés pour saluer la fin d’une époque ; on pensait à ce que leur avaient dit leurs éducateurs et aux rédactions que certains allaient sans doute rédiger en mêlant des notions d’histoire vaguement retenues à des impressions d’émerveillement devant leur premier train de Saint-Nicolas. Il y eut des airs de fanfares qui n’étaient pas funèbres et, après une longue attente avant que tout le monde fût monté dans le train, on nota le geste impérial, le sourire amusé et les joues soudain se rougissant de M. le ministre Bertrand pour donner le départ au moyen d’un sifflet spécial, fabriqué et doré pour la circonstance par l’A.C. Malines. Il y eut ces enfants d’un village qui, après avoir projeté de déposer des fleurs sur la locomotive, furent tout marris de la voir partir avant de parvenir à sa hauteur ; ils n’avaient pas prévu que le « corbillard » avait du temps à rattraper et qu’il était encore, non seulement tous cuivres astiqués, mais d’une vitalité intacte. Il y eut cette délégation qui, bourgmestre en tête, parvint, elle, à offrir une... couronne à la locomotive, non parce que cet envoi était accompagné de cigares pour le machiniste et le chauffeur, mais parce que l’approche avait été mieux calculée et plus rapide. Il y eut ce calicot que des garçonnets tendirent à bout de bras pour manifester la satisfaction des ménagères de voir disparaître les fumées qui souillaient leurs linges lessivés. Il y eut cette vache dans une étable pour rappeler aux voyageurs quelques histoires drôles sur les riveraines amoureuses des monstres d’acier. Et ce cheval apeuré, s’enfuyant au galop au moment précis où un directeur lançait : « L’ancêtre ! » Il y eut enfin ce « bouquet de mariée » qu’un jeune enfant, porté par sa mère, tendit vers le machiniste à l’arrivée, à l’heure d’un veuvage qui, tout aussitôt, serait suivi de nouvelles épousailles. ..
Mais il y eut aussi ces hommes et ces femmes à la gorge serrée qui, sans un mot, avec un geste d’adieu à peine esquissé, voyaient s’en aller le temps de leur jeunesse, le temps de leurs amours... Volutes de fumée, en vous déroulant dans le ciel, vous vous prêtiez à exprimer, au gré de chacun, ces mouvements du cœur, ces songeries, ces nostalgies qui nous distinguent les uns des autres dans les recoins de nos cœurs, mais vous les emportiez toutes dans le même ciel de décembre vers un même infini, tandis qu’une force unanime nous reprenait déjà pour repartir ensemble, sur la terre des hommes, dans notre marche en avant.
Le soir, à la télévision, M. Marchal, ingénieur en chef, envisagea l’avenir, et la radio rappela qu’à Liège, les riverains des plans inclinés, frappés par les efforts des locomotives à vapeur, entendaient la première se plaindre : « Dji hètche... Dji hètche », tandis que l’allège répondait, pleine d’allant : « Tchoûke todi... Tchoûke todi... ».
Nous n’oublierons pas les « vapeur ». Ni leur leçon.
« Tchoûkons ! »
Source : Le Rail, février 1967
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