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« Un p’tit train s’en va dans la campagne... »

Paul Pastiels.

mardi 12 août 2025, par Rixke

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Le réseau ferré à écartement normal (1,435 m) a établi des relations fructueuses de bon voisinage avec les réseaux d’importance secondaire, à écartement moindre (1,000 m). En 1900, on dénombrait déjà plus de 85 points d’échange entre ces deux réseaux.

Sise à l’ombre des chênes et des hêtres soniens, alors que la bourrasque de novembre entraîne les dernières feuilles mortes et fait courber l’échiné des panaches blancs des locomotives, la petite gare de Groenendael surgit devant nous, belle et rayonnante dans la clarté automnale. Un convoi dominical peut amener les Bruxellois avides d’air pur et de paix sylvestre. Quelle aubaine auront nos voyageurs lorsqu’ils découvriront, à leur descente du train, ce petit train guilleret – gage certain d’une randonnée apaisante à travers la forêt de Soignes ! Ouverte le 15.7.1894, la ligne Overijse - Groenendael (une des rares lignes vicinales à écartement normal sur laquelle pouvaient circuler les wagons Etat) alimenta, pendant plus de soixante ans, les besoins de l’industrie viticole de la vallée de l’Yse. Le transport de bois et de céréales constitua aussi une part importante du trafic local. Grâce au rail, la sombre forêt de Soignes, si redoutée des voyageurs d’antan, a ouvert ses profondeurs boisées aux promeneurs solitaires en quête d’un rapprochement avec la nature.

Groenendael

A Rochefort, un soleil radieux sème généreusement ses traits, la Trappiste mousse ferme : les vallées de la Lhomme et de la Lesse s’emplissent du murmure des touristes. Un train de plaisir, venant de Jemelle, a déversé sa cargaison de promeneurs endimanchés. Les voitures de louage accueillent leurs fervents adeptes, les chevaux – philosophes – ne s’ébrouent même plus... A l’ombre d’un marronnier, une poule ardennaise scrute avec étonnement ce flot mondain, au port et à la conversation bigarrés. Un sympathique tram à vapeur, composé de voitures économiques, offre ses services touristiques. Il invite les voyageurs à parcourir la ravissante région de la Haute-Lesse, à visiter les fameuses grottes de Han – déjà réputées en ce début de siècle. Laissez-vous tenter... Il vous ramènera, en fin d’après-midi, à la blanche gare de Rochefort où vous serez rapatriés vers Dinant ou Jemelle.

Rochefort

Le chemin de fer secondaire s’infiltra là où le train ne pouvait aboutir. Les taxis et autres moyens de locomotion odoriférants n’encombraient pas encore les artères citadines ; les trams à vapeur conduisaient de la sortie de la gare vers le centre et les faubourgs. Bien entendu, ils n’étaient guère pressés, mais les gens d’alors ne connaissaient pas les stress ni les maladies cardio-vasculaires d’aujourd’hui... A Mons, fille prospère de sainte Waudru, devant la gare (ce bâtiment, disparu aujourd’hui, date de 1865-1870), le petit tram témoigne de la continuité du rail, tandis que deux bourgeois peuvent deviser tranquillement des cours de la Bourse sans s’inquiéter des problèmes de stationnement...

Mons

Nous retrouvons, aux abords de la gare de Wetteren (une des plus belles communes de la Flandre orientale, située sur l’Escaut), le même petit train. Tous les badauds se réunissent autour de la locomotive pour le cliché traditionnel du photographe.

Wetteren

Les trams vicinaux à vapeur drainèrent aussi une multitude de marchandises diverses vers les gares de transbordement... Nombreux sont ceux qui se souviennent encore de ces arrivages de bois dans les Ardennes, de betteraves dans le Brabant, de produits maraîchers et maritimes dans les Flandres. Ainsi, à Andenne-Seilles, un échange de produits s’effectuait entre les deux réseaux dans la cour étroite aux marchandises, encombrée de wagons divers, entre lesquels se faufilaient de lourds tombereaux venus des environs... Un exemple lointain de coordination entre le rail et la route...

Andenne

Source : Le Rail, avril 1971