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Danger

L. Serneels.

lundi 6 octobre 2025, par Rixke

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Ne vous effrayez pas ! En lisant ces lignes, vous êtes probablement bien installés dans votre fauteuil et rien ne peut vous arriver. En outre, le Rail n’a jamais eu l’intention de hanter vos rêves par la publication d’aventures policières ou de récits d’épouvante. Aussi la présente prose ne vous empêchera-t-elle pas, votre journée terminée, de vous détendre dans votre cercle familial.

Pourtant, cette pause nous a paru propice à l’examen des dangers qui, demain, peuvent menacer, si vous n’y prenez garde, votre intégrité physique et votre bonheur d’aujourd’hui.

Sans pour autant les sous-estimer, nous excluons de cet exposé les dangers résultant de la pollution de l’air et de l’eau ; des études et recherches inlassables tentent d’y remédier. Les dangers émaillant le chemin du travail et ceux qui sont inhérents à votre métier proprement dit ne feront pas non plus l’objet de cet article ; les précautions à prendre sont reprises dans une imposante réglementation, et les conséquences de négligences dans ce domaine sont périodiquement portées à votre connaissance au moyen de diverses publications.

Mais nous allons vous rappeler que des dangers propres à la nature même des marchandises transportées peuvent compromettre votre sécurité. En effet, à l’opposé de ses concurrents qui, par privilège, peuvent se permettre de choisir leurs « acceptations », notre Société se trouve en principe dans « l’obligation de transporter » quelle que soit la nature de la marchandise. Ne sont donc pas exclus les produits dangereux tels que produits inflammables, explosifs, poisons, marchandises corrosives, matières radioactives et autres produits nocifs ou susceptibles d’occasionner de sérieux dégâts aux autres marchandises, au matériel et aux installations.

Pour plus de clarté, nous différencions ici les marchandises non dangereuses par elles-mêmes mais qui, dans certaines circonstances, peuvent le devenir, de celles qui de par leur nature, leurs caractéristiques chimiques et leur composition, constituent un danger permanent pour les êtres humains et les biens.

La première catégorie concerne les marchandises facilement inflammables, englobant les produits agricoles et forestiers, tels que le foin, la paille, le lin, le coton, le bois, etc., qui naguère ont donné bien du souci aux cheminots. En effet, lorsqu’au XIXe siècle le rail prit son essor, le transport de ces marchandises lui fut confié sur une grande échelle ; pourtant une simple braise incandescente de nos romantiques locomotives à vapeur pouvait déclencher la catastrophe. C’est pourquoi le chemin de fer s’est efforcé de réduire les risques en intercalant entre la locomotive et les wagons dangereux un nombre de wagons « non dangereux » constituant la « couverture ». Quant à l’industrie chimique, elle n’en était en ce temps-là qu’à ses premiers pas et n’inquiétait les chemins de fer qu’en matière de poudre, munitions, artifices, soufre, acide chlorhydrique et carbures.

En quelques années, une importante évolution est intervenue.

Certes, à la SNCB, la dernière locomotive à vapeur a pris le chemin du musée. L’utilisation d’engins de traction diesel et électriques a permis d’assouplir, dans une certaine mesure, les prescriptions sévères antérieures en matière de « couverture ».

Quant à la nature des marchandises dangereuses, nous constatons la disparition quasi complète des transports de foin, paille, lin, etc. L’industrie chimique a connu, pour sa part, un développement prodigieux et tant la quantité que la diversité toujours croissante des produits dangereux qu’elle confie au rail ont posé des problèmes multiples.

Pour faire face à ce trafic, le chemin de fer a adapté ses moyens. Il a formé un cadre de spécialistes, il a mis en construction un nombre croissant de wagons spéciaux et, en collaboration avec les réseaux étrangers, il a élaboré un règlement commun en matière de transport de produits dangereux.

L’édition 1928 de ce règlement (annexe 1 à la Convention internationale Marchandises - C.I.M.) ne comportait que 40 pages.

Depuis 1945, ce règlement a continuellement été remanié et complété ; aujourd’hui, il constitue un fascicule de 400 pages dénommé R.I.D. (Règlement international danger) donnant la nomenclature des produits dangereux, leur classification, les prescriptions d’acceptation et de transport, les mesures de sécurité préventive et les mesures à prendre en cas d’accident.

Pourtant – faut-il le dire ? – cette documentation de choix, valable tant en service intérieur (annexe 1-au fascicule 1) qu’en service international, est très compliquée et très vaste ; elle paraît par conséquent rébarbative au personnel d’exécution qui doit l’appliquer. Le personnel étant confronté quasi journellement avec ce problème, lors de l’acceptation, les manœuvres, la manutention des colis, etc., la direction E a, dans un but de vulgarisation, élaboré et publié un règlement plus accessible.

Pour renforcer la sécurité de chacun, l’apposition sur les colis, wagons et documents de transport d’étiquettes (pictogrammes) représentant d’une façon suggestive le danger inhérent au produit transporté et constituant un rappel des mesures de sécurité à prendre, a été prescrite de façon rigoureuse.

Pour votre information et pour terminer cet article, nous publions ci-après le fac-similé des différentes étiquettes.

Numéro d’Immatriculation de l’étiquette Symbole et description Signification Applications
DC 1993

Parapluie ouvert noir sur fond blanc

craint l’humidité Sur les colis et petits conteneurs contenant des matières qui, au contact de l’eau, dégagent des gaz inflammables.
DC 1992

Deux flèches noires sur fond blanc

haut Sur les colis comportant des récipients contenant certaines matières dangereuses liquides.
DC 1944

Bombe noire sur fond orange

danger d’explosion Sur les colis, conteneurs et wagons contenant :

  • des matières et objets explosibles (classe Ia du R.I.D.) ;
  • des objets chargés en matières explosibles (classe Ib du R.I.D.).
DC 1938

Flamme noire sur fond orange

danger de feu Sur les colis, conteneurs et wagons contenant :

  • des boites ou cartouches à gaz inflammables sous pression (classe Id du R.I.D.) ;
  • certaines matières sujettes à l’inflammation spontanée (classe II du R.I.D.) ;
  • certaines matières liquides inflammables (classe IIIa du R.I.D.) ;
  • certaines matières solides inflammables (classe IIIb du R.I.D.) ;
  • certaines matières toxiques (classe IVa du R.I.D.) ;
  • des peroxydes organiques (classe VII du R.I.D.).
DC 1972

Flamme au-dessus d’un cercle noir sur fond orange

matière comburante Sur les colis, conteneurs et wagons contenant des matières comburantes (classe IIIc du R.I.D.).
IC33

Verre à pied rouge sur fond blanc

à manier avec précaution ou ne pas culbuter Sur les colis et petits conteneurs comportant des récipients fragiles contenant certaines matières dangereuses.
DC 1938 ter

Etiquette triangulaire rouge avec un point d’exclamation noir (Trafic international)

à manœuvrer avec précaution Sur :

  • les wagons-réservoirs contenant des gaz comprimés, liquéfiés ou dissous sous pression ;
  • les wagons contenant certaines matières sujettes à l’inflammation spontanée ;
  • les wagons-réservoirs ou autres contenant certaines matières liquides inflammables.
DC 1991

Tête de mort noire sur fond orange

matière toxique Sur les colis, conteneurs et wagons contenant :

  • certaines matières liquides inflammables (classe IIIa du R.I.D.) ;
  • certaines matières toxiques (classe IVa du R.I.D.).
DC 1973

Croix de St-André noire sur fond orange

matière nocive Sur les colis, petits conteneurs et wagons contenant certaines matières toxiques (classe IVa du R.I.D).
DC 1974

Gouttes s’écoulant d’éprouvettes sur une plaque et sur une main noir sur fond orange

matière corrosive Sur les colis, petits conteneurs et wagons contenant :

  • certaines matières comburantes (classe IIIc du R.I.D.) ;
  • certaines matières corrosives (classe V du R.I.D.).
DC 1975

Carré posé sur la pointe, trèfle schématisé, inscription RADIOACTIVE, une bande verticale (symbole et inscriptions noirs sur fond blanc, bande verticale rouge)

matière radioactive Sur les colis et petits conteneurs de la catégorie I - BLANCHE (classe IVb du R.I.D.) contenant de la matière radioactive.

En cas d’avarie des colis ou conteneurs, danger pour la santé par ingestion, inhalation ou contact avec la matière qui se trouverait répandue.
DC 1976

Carré posé sur la pointe, trèfle schématisé, inscription RADIOACTIVE, deux bandes verticales (symbole et inscriptions noirs ; fond moitié inférieure : blanc ; .moitié supérieure : jaune ; bandes verticales rouges)

matière radioactive Sur les colis et petits conteneurs de la catégorie II - JAUNE (classe IVb du R.I.D.) contenant de la matière radioactive.

En cas d’avarie des colis ou petits conteneurs, danger pour la santé par ingestion, inhalation, contact avec la matière qui se trouverait répandue ainsi que risque d’irradiation externe à distance. Colis ou petits conteneurs à tenir éloignés des colis qui portent une étiquette avec l’inscription FOTO.
DC 1977

Comme l’étiquette précédente, mais trois bandes verticales rouges

matière radioactive Sur les colis et petits conteneurs de la catégorie III - JAUNE (classe IVb du R.I.D.) contenant de la matière radioactive.

Eviter de se tenir inutilement à proximité des colis ou petits conteneurs.

En cas d’avarie des colis ou conteneurs, danger pour la santé par ingestion, inhalation, contact avec la matière qui se trouverait répandue ainsi que risque d’irradiation externe à distance.

Colis ou conteneurs à tenir éloignés des colis qui portent une étiquette avec l’inscription FOTO.
DC 1978

Trèfle schématisé, inscription RADIOACTIVE suivie du texte « Ne pas s’approcher sans nécessité ». (Symbole et inscriptions noirs sur fond orange)

matière radioactive Sur les wagons transportant des colis ou petits conteneurs contenant des matières radioactives présentant les dangers décrits plus haut (DC 1975, DC 1976 et DC 1977).

Eviter de se tenir inutilement à proximité et de séjourner à moins de 2 m de la surface extérieure du wagon.

Source : Le rail, juillet 1971