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Un « ferriste » en gare

Romain Clam.

mercredi 24 juin 2026, par Rixke

En dehors de leurs occupations professionnelles, de nombreux cheminots exercent une activité ludique et bénévole. Parmi eux, nous avons rencontré Willy Deneumostier. Sa passion à lui ? Le bras de fer sportif.

Avant de découvrir cette discipline, faisons plus ample connaissance avec Willy. Il habite Éprave, un petit village de la Famenne namuroise, à deux pas de Rochefort et des célèbres grottes de Han-sur-Lesse. Sa maison, située en face de l’église, abritait autrefois un ancien restaurant. Elle accueille, aujourd’hui, le siège de la Fédération belge du bras de fer.

Willy porte allègrement ses cent kilos et son mètre quatre-vingt-cinq. Sportif de haut niveau depuis ses seize ans, il a poursuivi son entraînement en devenant régent en éducation physique. Il possède également l’art de communiquer et de convaincre, autant de qualités qui lui ont permis d’obtenir une place de choix dans la hiérarchie du « ferrisme ».

 Un cheminot fidèle

Notre collègue a débuté sa carrière à la SNCB en juillet 1979. C’était à Namur, dans la brigade de Poix-Saint-Hubert où il entre comme poseur de voie temporaire. Il devient ensuite commis de factage à Bruxelles où il ne reste que six mois, ayant réussi une épreuve de sélection. En 1981, il rejoint la gare de Jemelle en qualité de rédacteur intérimaire. Il y travaille toujours mais entretemps, il a acquis le grade de sous-chef de gare de 1re classe, puis celui de sous-chef de gare principal.

 Le « ferrisme » en Belgique

Willy découvre le bras de fer sportif en 1992 après avoir vu le film Over the top avec Sylvester Stallone. Il a l’occasion de pratiquer cette épreuve de force à Bercy, ce qui achève de le convaincre que celle-ci est autre chose qu’une attraction de foire ou de café. Il crée alors la Fédération belge de bras de fer sportif ainsi qu’un club à Rochefort, le Ready Go. Avec d’autres membres de ce dernier, il organise le premier challenge international. Cette compétition est devenue depuis la référence en la matière sur le continent européen : au total, elle a déjà rassemblé plus de cinq cent quatre-vingts « ferristes » venant de trente-cinq pays du monde.

En plus de ses fonctions de vice-président, puis de président de la Fédération belge, il est nommé, en 1998, secrétaire général de la Fédération mondiale de bras de fer sportif (WAF). Celle-ci regroupe quatre-vingt-cinq pays et plus de cinq millions de membres. Il est encore directeur des relations internationales pour la Fédération européenne (EAF). À ce titre, diverses missions lui sont confiées dont les plus importantes sont l’organisation de compétitions et l’adaptation de la réglementation. Polyglotte, Willy parcourt également le monde pour promouvoir le bras de fer sportif et changer l’image que les profanes ont de cette pratique qui allie intelligence, technique, vitesse et puissance.

En effet, cette épreuve répond à des règles très strictes de respect de l’adversaire et de préparation physique. Pas question de la pratiquer sur un coin de table pour défouler son agressivité. Le déroulement du combat commence toujours par une invitation adressée par les deux arbitres.

Le bras de fer ne dure qu’une poignée de secondes mais il requiert une bonne musculation pour éviter les blessures autant que les torsions brutales des membres.

 Récompenses et projets

« Ferriste » de talent depuis ses débuts, Willy ne combat plus aujourd’hui. Par contre, il consacre tout son temps libre à défendre les valeurs sportives et humaines de cette discipline méconnue autant que discréditée. Des jours de gloire, il en a collectionné : il suffit de consulter son palmarès pour en être convaincu. Il a été consacré cinq fois champion de Belgique des moins de cent kilos ; il a été médaillé, trois fois de bronze, deux fois d’argent et un fois d’or aux championnats d’Europe (2000). Il est également monté sur le podium à plusieurs reprises lors des championnats du monde (médaille d’or en 1999).

Lauréat du mérite sportif de la ville de Rochefort en 1998, il en devient citoyen d’honneur l’année suivante pour ses résultats et la promotion de sa cité dans le monde entier. Il poursuit à l’heure actuelle trois objectifs bien précis : rassembler dans un même groupement les différentes fédérations existantes, développer ce sport en Afrique et obtenir sa reconnaissance olympique.

Connaissant notre collègue, il pourrait bien relever ce dernier défi !


Source : Le Rail, juin 2001