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« Transports exceptionnels »

P. Pastiels.

vendredi 19 décembre 2025, par Rixke

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De tout temps, le chemin de fer a disposé d’un moyen de transport avantageux pour les marchandises. Sa rapidité, la grande capacité de ses trains, le coût relativement peu élevé des expéditions qu’on lui confiait firent bientôt de lui un concurrent sérieux pour les transports routiers ou fluviaux. L’Administration des chemins de fer s’efforça de satisfaire une clientèle de plus en plus nombreuse et exigeante.

Pour rester compétitive, elle dut adapter sans cesse son matériel aux besoins en évolution perpétuelle de l’industrie. Actuellement, le problème prend de plus en plus d’acuité ; cela se traduit par un accroissement constant du parc, par une diversité étonnante du matériel roulant, impliqués par les demandes spécifiques de la clientèle.

En feuilletant aujourd’hui notre album de souvenirs, nous allons découvrir les prémices de cette révolution en matière de transports ferroviaires.

Déjà à la Belle Epoque, de nombreux wagons spéciaux étaient répartis en différents points du réseau. Parmi ces wagons, marqués au nom de leur gare de dépôt, citons les wagons fermés, cavaliers et bergeries, utilisés, selon leurs particularités, pour le transport de denrées alimentaires entre Chiasso et Ostende (Ostende), de glace et de poisson à destination de la France (Ostende), de moutons (Walcourt, Aerschot), de pigeons voyageurs, de porcs – abattus – à destination de Paris (Bruges), de primeurs et de fruits (Groenendael, Namur...), de chevaux... Il existait aussi une série de wagons plats réservés au transport de cuvelages (Montignies), de marbre et de pierres en tranches (Philippeville...), de masses lourdes (qu’on chargeait au moyen d’élingues), de demi-volants (Ans)...

A Tubize, nous assistons au chargement d’une grande cuve en fonte sur un imposant wagon plat à bogies. Bien que la gare disposât d’une puissante grue mécanique, cette manutention délicate nécessita l’appoint d’un personnel important et qualifié. Notre photographe ambulant, débouchant dans la cour aux marchandises, offrit un instant de répit aux ouvriers ici saisis au pied de l’objet de leurs tourments. Les chemins de fer comprirent rapidement qu’une coopération étroite entre les divers modes de transport s’imposait et serait en fait grandement bénéfique.

Ainsi, grâce au rail, de nombreuses firmes spécialisées dans les déménagements purent élargir leur rayon d’action. Dans une gare de triage du réseau, notre ami photographe a immortalisé cet ancêtre du transconteneur, la tapissière arrimée sur wagon plat. Destination : Rome ! Il eût été difficile pour des chevaux de franchir les Alpes avec autant de facilité.

Si la bière, depuis toujours, est la boisson nationale, peut-être est-ce un peu au rail qu’elle le doit ! Ces tonneaux de bière, entassés dans le hall de départ d’une brasserie, iront peut-être étancher la soif de quelque gosier gargantuesque... Le long du quai, des wagons fermés attendent leur chargement de blondes et de brunes. Voilà une traite qui n’est pas encore prohibée par la Loi...

Encore une belle prouesse à l’actif de notre Société. Tronchiennes connaît ce jour-là une activité peu commune. Une multitude d’ouvriers s’affairent autour d’un tronc d’arbre de 13 m de long, chargé sur deux wagons plats : beau travail en perspective pour les charpentiers de l’endroit !

A Hemixem, les nouvelles chaudières, indispensables à l’expansion de la faïencerie, viennent d’être livrées. Voyage sans histoire : le rail réussit sans encombre l’acheminement délicat de ce transport exceptionnel.

Nous terminons ce tour d’horizon des transports ferroviaires à la Belle Epoque avec l’image d’un train d’artillerie lourde. On ne croit pas pour autant vous livrer ici un secret d’Etat. A cette époque, guère lointaine, le chemin de fer devait satisfaire les exigences militaires. Il s’en tira toujours honorablement. Les wagons surbaissés aux multiples bogies assurent aujourd’hui des transports plus pacifiques.

A l’heure actuelle, les transports spéciaux deviennent de plus en plus courants et n’ont plus le caractère exceptionnel qui, jadis, suscitait la curiosité des badauds et le déplacement d’un photographe en quête de sensations.


Source : Le Rail, décembre 1971