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A travers la Belgique, en train
lundi 26 janvier 2026, par
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Nombre d’entre vous ont déjà choisi, depuis quelque temps, le lieu de leurs prochaines vacances. Bien sûr, les pays étrangers – surtout ceux que le soleil privilégie – jouissent de la cote d’amour.
Il y en a cependant qui préfèrent rester chez eux et organiser, à partir de là, des excursions à travers le pays. Ce n’est assurément pas nous qui leur donnerons tort. En fait, personne n’est assez présomptueux pour affirmer qu’il connaît tous les coins et les recoins de la Belgique. Alors ?
Notre modeste ambition est de vous donner ici quelques indications touristiques, des « tuyaux » qui pourront peut-être guider le choix de quelques-uns. Tant pour la Flandre que pour la Wallonie.
Bon, alors en voiture !
La nature à l’état sauvage se fait de plus en plus rare, chez nous comme ailleurs. Ceux qu’elle passionne auraient bien tort de ne pas aller à Bornem et à Weert.
Bornem est une localité située sur la ligne de chemin de fer Malines - St-Nicolas, qui passe par Willebroek, Puurs, Bornem et Tamise. Cette ligne existait déjà en 1870. Jusqu’en janvier 1948, la ligne Malines - Terneuzen appartenait à la « Société anonyme du Chemin de fer international de Malines à Terneuzen ». Depuis, elle est rentrée dans le giron de la SNCB, mais seule la section Malines - St-Nicolas reste ouverte au trafic « voyageurs », sauf les dimanches et jours fériés.
Après avoir quitté la gare de Bornem, nous nous dirigeons vers la place de l’église. A côté de ladite église et de la maison communale s’élève le monument commémorant la guerre des paysans opposés à l’occupation napoléonienne. En réalité, notre promenade débute avec la merveilleuse drève qui mène au château néo-gothique de Marnix, construit en 1888 et cerné de remparts. Il se cache derrière un rideau d’arbres et n’est pas accessible au public, ce qui est bien regrettable. Devant le château passe le Vieil Escaut, un bief long de 7 km qui constitue un authentique paradis pour les pêcheurs. Ce tronçon n’est plus ouvert à la navigation depuis que l’Escaut s’est creusé un nouveau lit, après les ruptures de digues du treizième siècle.
Nous voilà donc près du Vieil Escaut. Nous le traversons à la rame dans une barque qui nous mène au pittoresque village de Weert, encerclé par l’Escaut et le Vieil Escaut. Ensuite, notre randonnée se poursuivra jusqu’à Bornem-Sas, d’où nous jouissons d’une vue splendide sur le château de Marnix. Comme son nom l’indique, c’est à Bornem-Sas que se trouve l’écluse d’écoulement du Vieil Escaut, datant du seizième siècle ; d’aucuns prétendent qu’il s’agit de la plus ancienne du pays. Là, attablé devant un café, un thé ou un demi (question de goût), vous pourrez jeter un regard apaisé sur le panorama que vous propose la petite ville de Tamise, située sur l’Escaut en Flandre orientale, où se détachent son port et ses chantiers navals. Pour ceux qui aiment les chiffres précis, disons que le pont sur l’Escaut, à Tamise, est le plus long de Belgique et qu’il a été terminé en 1955.
L’ancien pont datait de 1870 ; dynamité le 17 mai 1940 par les troupes françaises, il était uniquement affecté à la circulation des trains, des cyclistes et des piétons. C’est des chantiers Boel de Tamise que fut lancé le plus grand navire jamais construit en Belgique. Il s’agissait du minéralier, le « Temse », jaugeant environ 71.000 tonneaux et appartenant à l’armateur anversois UBEM. A noter que les chantiers navals Boel sont les plus importants de notre pays avec ceux des « Cockerill Yards » de Hoboken.
Après cette halte, nous franchissons le pont en question pour arriver à Tamise. Les gens qui sont sensibles aux choses de l’architecture ne manqueront pas de visiter la belle église gothique de Notre-Dame, construite pendant la première moitié du dix-septième siècle. A l’intérieur, on peut admirer quantité de sculptures baroques en bois qui sont l’œuvre d’Adriaan Nijs. La tour, en forme de bulbe, dont la bizarrerie n’exclut pas l’élégance, est sortie également de l’imagination du même sculpteur : elle est bien sûr de style baroque. Non loin de cette église se trouve le musée de Tamise et de l’Escaut.
A Tamise, il devient peut-être temps de se restaurer. D’autant que l’air par ici a des vertus apéritives. Je vous conseille vivement, si le cœur vous en dit, de goûter un de ces plats typiques aux anguilles qu’on peut déguster dans les restaurants des quais de l’Escaut, où l’ambiance ne manque pas.
Et maintenant, encore un peu de courage, pour se rendre à la gare.
Par la ligne 54, vous pouvez encore organiser une autre excursion au pays de l’Escaut. Il faut alors descendre à Puurs et prendre la correspondance avec l’autobus de substitution qui conduit à Termonde. Entre Puurs et Termonde, il y a bien une ligne de chemin de fer, mais les trains n’y circulent que les jours ouvrables, le matin et le soir.
Sint-Amands est un patelin paisiblement endormi sur les bords du fleuve, dont la largeur à cet endroit est de 225 m. C’est le village natal d’Emmanuel Rollier, chef des « Brigands » pendant la guerre des paysans dont il a été question plus haut, et du poète Emile Verhaeren (1855-1916). Ce célèbre écrivain repose, ainsi que son épouse, dans un imposant tombeau de granit que viennent, lécher les eaux de l’Escaut.
C’était sa dernière volonté. Il l’a ainsi exprimée dans un poème, resté fameux :
Aussi
Le jour que m’abattra le sort
C’est dans ton sol, c’est sur tes bords
Qu’on cachera mon corps,
Pour te sentir, même à travers la mort
Encore.
Pour le prêtre-poète Jan Hammenecker, de même que pour l’inoubliable peintre Tony Van Os, l’Escaut constituait aussi la présence indispensable où s’abreuvaient leur pensée et leur art.
Du quai, où se dressent la maison du Passeur (désormais classée, elle est devenue un centre culturel) et le musée Emile Verhaeren, on jouit d’une vue idéale sur le fleuve et Mariekerke.
Nous vous proposons de prendre à Sint-Amands le bac pour passer sur l’autre rive, en Flandre orientale. Au cours de la traversée, vous pourrez remarquer que la pollution des cours d’eau n’est pas un simple bobard, mais une amère réalité. Vous conviendrez avec nous qu’il est plus que temps qu’on prenne des mesures concrètes pour y remédier.
Sur la digue de la rive gauche, nous découvrons une oasis de quiétude où nous pouvons nous promener sans souci jusqu’à l’ancien village de pêcheurs de Mariekerke. Là, nous traversons le fleuve à nouveau ; cette fois sur un bateau de passage, vétuste certes, mais auquel on peut encore honnêtement se fier. Ce passage de Moerzeke à Mariekerke est le seul qu’on puisse effectuer à l’aide d’un bateau non motorisé sur tout le cours de l’Escaut. C’est donc une aubaine. Il s’agit d’en profiter. A Mariekerke, on trouvera l’église Notre-Dame, flanquée d’une tour romane, qui est érigée quasiment sur les bords du fleuve.
Sur le flanc de la butte où se trouve l’église, on a élevé, en 1957, un monument à Jan Hammenecker.
Il est peu d’endroits dans la région de l’Escaut où règne une paix aussi totale. Comme si le temps s’était arrêté...
Source : Le Rail, avril 1972
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