Accueil > Le Rail > Tourisme ferroviaire > A travers la Belgique en train
A travers la Belgique en train
jeudi 5 février 2026, par
Toutes les versions de cet article : [français] [Nederlands]
On a trop tendance à réduire la physionomie du Hainaut aux seuls sites désolés du Borinage ou aux paysages de Charleroi et de La Louvière où les gris le disputent aux noirs. Ils ne constituent pourtant qu’une partie de cette province qui, du point de vue touristique, n’est assurément pas dénuée d’intérêt. Ainsi, les régions limitrophes de la Flandre orientale et du Brabant accusent des beautés naturelles d’un charme très particulier.
En outre, la province du Hainaut possède une des plus belles et des plus anciennes villes du pays : Tournai. Hélas ! nombre de gens n’en connaissent que le nom. A maintes reprises déjà, nous avons pu constater que nos compatriotes vantent les cathédrales d’Amiens, Chartres, Metz, Reims, Rouen ou Strasbourg. Allez leur dire que celle de Tournai est pour le moins aussi belle et digne d’intérêt et ils risquent d’en rester ébahis.
Une visite à la paisible ville scaldéenne de Tournai où foisonnent monuments et édifices fleurant bon l’histoire – avant tout, répétons-le, la cathédrale aux cinq clochers dont la splendeur se passe d’éloges – s’impose donc en tout premier lieu.
On atteint rapidement et facilement Tournai par train. De toute façon, de quelque direction que vous veniez, l’approche de la ville est séduisante tant le paysage environnant a gardé sa pureté d’origine : quasiment intact. En ces temps de mutations, cela constitue un sérieux atout pour le touriste.
Une visite à Tournai, la plus ancienne ville du pays après Tongres et capitale à l’époque des rois mérovingiens, nécessite pour le moins la disposition d’une journée complète, qui sera bien remplie. Vous pouvez, par exemple, commencer votre reconnaissance des lieux par la Grand-place qui, détruite complètement en 1940, a été reconstruite dans sa structure et son style originels. On y découvrira la Halle aux draps, construite en 1610-1611 dans le plus pur style Renaissance, le Beffroi gothique qui est le plus ancien du pays, l’église St-Quentin datant de la fin du douzième siècle, qui a été restaurée avec beaucoup de goût. C’est aux abords de la Grand-place que se dresse l’imposante cathédrale Notre-Dame avec ses cinq clochers légendaires, pareils à des « chevaliers partant pour les Croisades », selon l’expression de Maurice des Ombiaux. La nef et le transept sont de style roman, tandis que le chœur est une des plus pures manifestations du gothique. En cours de visite, ne manquez pas d’aller jeter un coup d’œil sur le « trésor de la cathédrale » qui s’enorgueillit d’objets d’art, précieux tant par la beauté que par la valeur.
Après la cathédrale, l’église Saint-Jacques est assurément le plus bel édifice religieux de Tournai. La tour romane est flanquée d’une nef de même style ; le chœur, lui, est en néo-gothique. Il y a pas mal d’églises remarquables dans cette ville : Sainte-Marguerite, Sainte-Marie-Madeleine (gothique), Saint-Nicolas, Saint-Brice, Saint-Jean, Saint-Piat.
L’architecture civile propose des spécimens non moins intéressants. A côté de la Halle aux draps et du Beffroi dont il a déjà été question, on citera l’Hôtel de ville (l’ancien palais du supérieur de l’abbaye de Saint-Martin), le musée d’histoire et d’archéologie, le musée du folklore... Dans la rue Barre Saint-Brice, on peut admirer une bâtisse du quinzième siècle et, un peu plus loin, deux maisons romanes avec pignons à gradins, qui sont les plus anciennes maisons bourgeoises d’Europe occidentale. Le long de l’Escaut, qui traverse la ville, on découvrira de ravissantes maisons de style Renaissance. Dans ce cadre émouvant et bourré d’atmosphère, vos yeux ne manqueront pas de se diriger instinctivement vers le Pont des Trous, dont les trois arches enjambent la rivière, et qui est un vestige des remparts de la ville. La tour de la rive gauche fut construite en 1281 et celle de la rive droite de 1302 à 1304 ; quant aux arches, elles furent achevées entre 1304 et 1329. Cet édifice, fortement endommagé en 1940, a été restauré après la guerre par l’administration des Ponts et Chaussées. A cette occasion le pont a été exhaussé de 2,40 m, par rapport à son assise d’origine, pour satisfaire les exigences actuelles de la navigation. Il est regrettable que, lors de ces travaux, les arches aient été modifiées.
On aurait tort, en revenant vers la gare, de ne pas visiter la tour Henri VIII, vestige de l’occupation anglaise. La « grosse tour » a été aménagée en musée militaire ; on vous y montrera, entre autres curiosités, le bicorne de Napoléon (comme dans tout musée militaire qui se respecte).
Comme vous avez pu le constater, la ville de Tournai possède un solide patrimoine de richesses historiques et culturelles. Ajoutez à cela qu’il s’en dégage une atmosphère étonnante et un calme, une paix qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. Quand on a visité une fois Tournai, on y retourne volontiers.
Les environs de la ville offrent également des ressources insoupçonnées. Nous ne citerons pour mémoire que le Mont Saint-Aubert et la fontaine Saint-Eloi qui raviront les âmes bucoliques ainsi que la petite église d’Esquelmes, la plus vieille église romane rurale de Belgique, à laquelle on accède par une allée de marronniers séculaires.
Source : Le Rail, mai 1972
Rixke Rail’s Archives
