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A travers la Belgique en train

mardi 10 février 2026, par Rixke

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Semois de mon enfance ! De ceux qui, avant moi,
S’accrochèrent à tes rives... O Semois,
Tu es celle qu’on aime, qu’on soit manant ou roi.

Marcel Leroy.

Dans les villes et même aux alentours, les oasis se font de plus en plus rares, là où on peut jouir non seulement de la verdure, mais aussi du silence et de la solitude.

Heureusement, notre petit pays possède les Ardennes, une vaste région naturelle qui n’a guère encore été flétrie par les miasmes de la pollution et qui offre en pas mal d’endroits, les attraits du « paradis perdu ».

Quelques jours de vacances, voire une randonnée d’une journée au cœur des Ardennes et vos poumons redeviennent subitement un instrument de plaisir et de connaissance.

Nombre de gens s’imaginent que seul l’étranger a le privilège du grand air et des cures vivifiantes.

Une simple excursion dans la vallée de la Semois suffirait à leur opposer le démenti le plus formel.

Le pittoresque aujourd’hui, nous irons le glaner dans les sites de Bouillon, de Dohan et d’Herbeumont.

Une remarque liminaire s’impose : ces localités, quelle que soit leur renommée touristique, ne sont pas desservies par le chemin de fer. Bouillon et Dohan ne l’ont d’ailleurs jamais été. Quant à Herbeumont, il se trouvait sur la ligne 163 Bertrix - Muno (28 km) qui a été supprimée il y a vingt ans déjà : elle comportait trois tunnels, plusieurs ponts et viaducs. La voie sera probablement démontée cette année et on dit que le département des Travaux publics aura la bonne idée d’utiliser l’assiette comme tracé d’un chemin touristique.

Quoi qu’il en soit, le train nous permet d’atteindre le nœud ferroviaire de Bertrix où convergent les lignes venant de Dinant, de Libramont et d’Arlon – Athus - Virton.

Le parcours Dinant-Bertrix, en particulier, qui sinue dans la vallée de la Lesse, ne manquera pas de ravir le voyageur. Du train, on découvrira notamment des sites sublimes dont la contemplation est interdite à l’automobiliste, pour la bonne raison que les routes ne pénètrent pas en ces sanctuaires (nous serions malavisés de nous en plaindre).

Si vous avez décidé d’aller à Herbeumont (bravo, vous avez du goût !), il vous faut prendre à Bertrix l’autobus de substitution SNCB en direction de Muno . Herbeumont est situé sur un des nombreux méandres de la Semois, en plein cœur de la forêt d’Herbeumont. Les gens que passionne le patrimoine historico-culturel, ne manqueront pas de visiter l’église néo-romane qui recèle un maître-autel en chêne sculpté provenant de l’Abbaye d’Orval. Tout le quartier de l’église – le seul qu’ait épargné la guerre 14-18 – offre à l’œil l’aspect typique de l’habitat ardennais : petites et coquettes maisons où la pierre épouse le bois avec beaucoup de bonheur.

Herbeumont : une étreinte de toute beauté. Cliché CGT Photo Guillaume.

Il va sans dire que c’est dans les environs du village qu’on ira chercher l’essentiel de ses émotions. D’abord sur les pentes du Mont Herbeux (faut-il trouver là l’étymologie d’Herbeumont ?), couvert de bois jusqu’à son sommet (385 mètres), qui domine le bourg et que la Semois enlace en une étreinte de toute beauté.

Le mont en question est couronné à son faîte par les vestiges d’un château féodal qui fut construit dans les années 1100 et plus tard saccagé par les armées françaises : aux XVIe et XVIIe siècles. Ce belvédère offre au touriste le privilège d’un coup d’œil panoramique sur les boucles de la Semois : pas moins de cinq méandres ! Avouez que cela vaut l’escalade.

La région propose, bien entendu, d’autres ressources au promeneur, à qui on conseillera de se trouver sur place tôt dans la matinée afin de disposer du temps suffisant pour effectuer, par exemple, une randonnée sur les bords de la Semois, de quoi renouveler son plaisir à chaque volte de la rivière.

Si vous avez opté pour Bouillon, vous prendrez à Bertrix l’autobus rouge de la SNCV (ligne 989). Bouillon est également située sur les bords de la Semois, à 4 km à peine de la frontière française. Sur le plan touristique, Bouillon jouit d’une renommée prestigieuse qui mérite bien plus que la visite furtive du château qu’y font nombre de touristes étourdis, avant d’aller s’affaler à l’une ou l’autre terrasse de café. « Trois petits tours et puis s’en vont », il faut laisser cela aux petites marionnettes... Ici, la journée devrait se partager harmonieusement entre le château et une longue promenade. A vous d’accorder à chaque chose le temps indispensable.

Bouillon : mérite plus qu’une visite furtive. Cliché CGT photo Eschen.

Le château de Bouillon constitue l’exemple caractéristique de l’architecture militaire médiévale dans le Sud de la Belgique. Il fut saccagé pour la première fois en 852. Reconstruit vers 1050, il fut vendu au prince-évêque de Liège par Godefroid de Bouillon, en 1095, à la veille de son départ pour les Croisades. En 1521, le château fut presque entièrement détruit par Louis de Nassau, sur ordre de Charles Quint. Plus tard, on le restaura de nouveau : Vauban au XVIIe siècle et Guillaume 1er en 1827, notamment, le munirent de nouveaux ouvrages de défense. Le complexe actuel, avec la Tour autrichienne, la Tour de l’Horloge, l’Arsenal, la porte d’accès avec son inscription en l’honneur de Louis XIV, etc, date surtout du XVIe siècle et d’après.

Par des sentiers entretenus avec amour et – fait rare – bien signalisés, on peut faire quelques agréables promenades autour de Bouillon. Vers la « Ramonette » (un pavillon avec girouette en fer), vers l’Arboretum, vers le point de vue du « Christ », vers la ferme de Morsehan, vers le belvédère d’Anclin, vers l’Abbaye de Cordemoy... Vous n’avez que l’embarras du choix.

Celui qui trouve Bouillon trop turbulent et trop huppé aura intérêt à descendre de l’autobus SNCB Bertrix - Bouillon à Dohan, qui est un village minuscule mais sympathique en diable. Situé sur des rochers dominant la Semois, il offre aux voyageurs la perspective de ses promenades tranquilles vers Bouillon, aux Hayons, etc.

Dohan : une région qui se révèle dans sa quotidienne magie. Cliché CGT photo Lander.

Que vous vous rendiez à Herbeumont, à Bouillon, à Dohan, ou par là, n’oubliez jamais que vous foulez un sol presque vierge, que vous visitez une région que la civilisation n’a guère entamée. Une région qui ne se révèle dans sa quotidienne magie qu’à ceux qui le méritent !


Source : Le Rail, juillet 1972