Accueil > Le Rail > A l’étranger > L’univers de Walt Disney : Conte de fées, trains et dollars !
L’univers de Walt Disney : Conte de fées, trains et dollars !
Mariette Van Halewijn.
mardi 2 juin 2026, par
Toutes les versions de cet article : [français] [Nederlands]
Orlando, Floride ! Une longue autoroute rectiligne nous conduit de l’aérodrome d’Orlando à l’Univers de Disney. De l’herbe, des arbres, de l’eau et des marais défilent lentement sous nos yeux, non sans quelque monotonie. Jusqu’au moment où, brusquement, nous arrivons devant des barrières qui se lèvent pour nous accueillir dans « l’Univers ».
Ce « monde » fonctionne depuis bientôt deux ans et attire environ 30 000 visiteurs par jour. Dès à présent il occupe plus de 6 000 personnes qui deviendront 50 000 lorsque auront été menés à bien tous les projets qui ont été prévus en vue d’animer cet immense domaine situé au cœur de la Floride, à cent kilomètres à peine de Cap Kennedy.
Cette terre perdue, Walt Disney l’a choisie non seulement pour y faire jouer un conte de fées où tous ses personnages du dessin animé – désormais connus dans le monde entier – tiendraient leur rôle, mais aussi pour y aménager un univers féerique total, un site de vacances destiné aux familles tout entières. Lorsque démarra ce projet gigantesque de l’usine Disney, le patron eut cette parole historique : « Avec les possibilités techniques de l’industrie américaine et l’imagination de l’équipe de Walt Disney, nous allons créer un monde que les gens vanteront et visiteront plus que quoi que ce soit sur terre... » Fin de citation !
Walt Disney avait au demeurant déjà prouvé qu’il s’y connaissait en contes de fées, arrosés de dollars...
Son Disneyland de Californie, qu’aucun Américain ni aucun étranger aux States ne peut ignorer, a attiré depuis 1955 plus de 95 millions de visiteurs. Le Disneyland couvre 25 hectares. L’Univers de Disney – le domaine de Floride – a une superficie de 11 000 hectares dont 1 500 seulement sont actuellement exploités.
Monorail
Le monde de Disney est donc vaste. On a toutefois pris toutes les dispositions pour que celui qui a franchi les barrières et qui a réussi à garer sa voiture dans l’immense parking (12 000 autos) puisse se déplacer rapidement par monorail. Ce train futuriste, de couleur blanche, peut transporter 7 700 voyageurs par heure. Etabli sur des piliers en béton à 18 mètres au-dessus du sol, il longe, sur une distance de 5 kilomètres, la « Lagune des sept mers ».
Cette lagune est destinée à devenir l’endroit rêvé pour les différents types de sports nautiques : voile ou canotage, natation ou ski nautique.
Le monorail peut, quant à lui, déposer promptement le visiteur au Royaume des Contes de fées, qui est le centre vital de l’Univers et dont la pièce maîtresse est le château de Cendrillon.
Ce train aussi rapide que silencieux, à bord duquel le service est assuré par des garçons et des filles en uniforme vert pomme et képi bleu, traverse également le « Contemporary Resort-Hotel ». L’hôtel le plus remarquable du monde, comme on dit là-bas : il possède 1 057 chambres réparties en pyramide, sur neuf étages.
Celui qui, aux étages inférieurs, est affairé par exemple à couper son beefsteak américain, doit s’habituer à ce que le train passe au-dessus de lui et vienne déposer ses hôtes sur le tapis du hall de l’hôtel.
Le monorail peut vous conduire également dans le village polynésien qui dispose d’un hôtel de 500 chambres et est réalisé complètement en style polynésien. Au reste, dans ce monde féerique, on n’a pas peur de s’attaquer aux styles les plus divers. Dans un avenir plus ou moins proche, on érigera aussi un hôtel vénitien avec gondoles et tout et tout, ainsi qu’un palais persan. Quand tous ces immeubles seront terminés, la capacité de logement du « Monde » atteindra 12 000 personnes.
Plaisirs en famille.
Dans le monde de Disney. tout est axé sur la famille. On tente de procurer à tous ses membres des vacances idéales. A côté du fameux Royaume des Contes de fées, des centaines d’hectares sont appelés à être transformés en terrains de sports et de camping. Toutes les disciplines seront en honneur. Il y aura bien sûr une garderie d’enfants où un personnel spécialisé s’occupera des bambins, tant pour ce qui est de les divertir que de les aider à s’orienter à travers l’Univers.
Le seul inconvénient c’est que, selon nos normes à nous, tout cela revient relativement cher. Un rapide calcul permet d’évaluer les frais de séjour facilement à 2 500 F pour une journée, sans que tous les membres de la famille aient pu profiter de toutes les attractions ou bien sûr qu’on ait tenu absolument à se loger dans un hôtel de luxe à 3 000 F par nuit...
Train mexicain.
Dans le Royaume des Contes de fées, circule également un vieux train. Pour les Nord-Américains, dont le passé n’a pas des racines tellement profondes, la reconstitution d’une ruelle du XIXe siècle et l’apparition d’un train quelque peu vétuste – qu’on a déniché au Mexique où il était promis à la rouille – ne sont pas peu de chose. Ce vieux tortillard constitue, avec la gare Victoria, une des grandes attractions pour enfants, aux yeux de qui ce train peinant, haletant, soufflant, sifflant, fait partie intégrante d’un monde légendaire. A partir de la gare Victoria, ce train fait le tour du Royaume des Contes de fées et c’est surtout la nuit que le parcours devient réellement extraordinaire. Car l’Univers n’est jamais dans le noir. La lune elle-même doit faire de son mieux pour répandre ici un soupçon de clarté. Dans ce monde de Disney où tout vit, rit, danse et chante, dès la nuit tombée, commence le spectacle féerique des illuminations, au centre duquel s’érige impérialement le château de Cendrillon, construit moitié en acier, moitié en plastique.
Mickey.
Le vieux train aux cuivres rutilants amène des milliers de voyageurs à Main street (la plupart des petites villes américaines ont leur Main street, qui est en quelque sorte la grand-rue), où les boutiques typiques, les auberges, les petits bistrots font de leur mieux pour rester vaille que vaille dans le style. Et ma foi. ils y parviennent souvent. L’Univers de Disney dispose de 70 000 costumes car chacun, comme il se doit, est vêtu dans le style de l’époque qu’impliquent les attractions.
Main street vit toujours dans une atmosphère de musique. De la gare Victoria au château de Cendrillon se baladent sans cesse de petites formations « Dixieland » tandis que dansent les personnages de Walt Disney : Mickey Mouse, Goffy, Donald Duck, les nains et Blanche Neige, et tant d’autres héros sortis des 600 films de Disney. Bien entendu, Mickey Mouse tient toujours la vedette.
Il paraît que, à l’origine de tout, il y avait une petite souris apprivoisée qui venait de temps à autre trottiner sur le pupitre de Walt Disney alors que, dans les années 26 et 27, il travaillait pour une agence publicitaire. C’est elle qui a inspiré le dessinateur et qui se trouve être la source, bien involontaire, de cette fortune colossale que Disney amassa sa vie durant. Car des Contes de fées tels que celui dont nous parlons coûtent des milliards de dollars. C’est le Disney Concern lui-même qui finance l’affaire sans avoir recours à quelque emprunt que ce soit. Il en tire une certaine fierté. C’était en effet l’avis de Walt Disney qu’on est libre de créer un monde fantastique avec des fées, des animaux et des princesses, mais qu’on n’a jamais le droit de perdre de vue la réalité. Au pays du dollar, les poètes gardent les pieds sur terre...
Disney n’a pas eu la chance de voir son Univers réalisé. Il a été terrassé par une crise cardiaque lors des prises de vues du « Livre de la Jungle ». Son frère Roy et un brain-trust poursuivent l’édification de la « plus grande fabrique de rêves » du monde.
Source : Le Rail, février 1973
Rixke Rail’s Archives
