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La forêt de Soignes

G. Delise.

lundi 24 août 2026, par Rixke

La forêt de Soignes est la plus belle foret de hêtres de l’Europe et les étrangers qui la parcourent ne manquent pas de le reconnaître.

Les hêtraies couvrent un peu plus des deux tiers du domaine ; les peuplements de chênes, de frênes, les bouleaux, les mélèzes, les pins sylvestres se contentent du tiers restant.

Si vous voyagez en train, vous descendrez à la gare de Boitsfort (sur la ligne 161).

Dès que vous êtes sortis de la gare, vous vous dirigez vers les étangs de Boitsfort, au-delà desquels se dresse un promontoire sablonneux qui fut, aux temps lointains, le séjour de « gens de Michelsberg », des immigrants de I’ère néolithique, venus de la vallée du Rhin. Passé ce monticule, vous tournez vers la droite en direction du « Pont des chats » surplombant la ligne de chemin de fer Bruxelles - Namur. Par la drève Van Kerm vous pénétrez dans la fameuse forêt de Soignes.

Vous n’êtes pas les premiers, bien sûr, à vous y hasarder. Que ce soit à pied, à vélo ou à cheval, nombreux sont les promeneurs venus de tous les azimuts rendre à cette sylve vallonnée l’hommage qu’elle mérite.

Vous ne souffrirez pas trop d’avoir eu des précurseurs. Dès que vous vous enfoncez sous cette voûte de feuillage, que vous vous engagez dans cette cathédrale dont les arbres sont les piliers, vous vous sentez soudain l’âme d’un pionnier. Le grand air ouvre les imaginations...

Vous avez d’ailleurs tout à fait raison de savourer cette plénitude. La visite ne manquera pas de combler votre attente. Chaque détour du sentier promet une découverte et tient son engagement. Ici c’est un filet d’eau cristalline (pollution ! connais pas) qui bavarde parmi les mousses d’un vallon. Là, c’est une mare glauque qui déguste en toute sérénité la plongée des grenouilles. Plus loin, c’est un ruisseau qui sort de terre comme sous l’effet de quelque baguette magique. La fée a ainsi fait sourdre des sous-sols cinq ruisselets qui deviendront, à force de persévérance, ces rivières qui ont noms : Maelbeek, Woluwe, Voer, Yssche et Argentine.

Vous êtes assez grands pour partir vous-mêmes à la découverte de ces mille petits tableaux qui forcent l’émotion et pour arriver au terme de votre promenade : la gare de Groenendael, à laquelle on accède par le chemin des Tumuli (vous vous y retrouverez : c’est un jeu d’enfant).

Au passage, vous jetterez un coup d’œil au Musée forestier installé dans la vieille ferme de l’Abbaye de Groenendael : il est ouvert du 1er avril au 31 octobre, les samedis de 14 à 17 h et les dimanches de 10 à 12 et de 14 à 17 heures.

L’Histoire – qui se promène toujours avec un grand H – nous apprend qu’en 1815, après la bataille de Waterloo, le domaine de Soignes devint propriété personnelle du roi Guillaume 1er d’Orange-Nassau : il en confia l’exploitation à la Société Générale des Pays-Bas. En 1822, la forêt couvrait encore quelque 11 700 hectares ; vingt ans plus tard, victime de cupidités diverses, elle avait fortement régressé et n’offrait plus qu’une surface de 4 300 ha. C’est celle que nous connaissons aujourd’hui, grâce surtout à la clairvoyance du roi Leopold 1er qui la fit racheter par l’Etat.

C’est à Joachim Zinner, ex-jardinier de l’Orangerie royale et restaurateur du Parc de Bruxelles, devenu « directeur des plantations de la forêt » à partir de 1787, que nous devons les hêtres majestueux qui font encore aujourd’hui notre admiration. En 1736, il y a donc près de 250 ans, on avait déjà sélectionné des semis naturels en provenance de bouquets de régénération pour les transplanter sur de vastes étendues.

Ce travail se perpétue de nos jours sous l’égide des « Eaux et Forêts », qui s’efforcent en plus d’introduire de nombreuses autres essences indigènes pour améliorer la structure du sol et augmenter la variété des paysages.

La forêt de Soignes est un véritable poumon de la région bruxelloise, qui en a bien besoin. C’est en l’évoquant que Rodin a écrit : « C’est là que j’ai commencé à aimer profondément la nature, à discerner et à goûter ses nuances et à comprendre qu’il n’y a qu’à voir, à sentir et à rendre pour faire de la beauté » !

Il ne tient qu’à vous de faire vôtre la parole de Rodin !


Source : Le Rail, août 1973