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Une journée d’automne dans les Fagnes

G. Delise.

mercredi 2 septembre 2026, par Rixke

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L’autobus Verviers - Rocherath (ligne 390) attend les voyageurs en face de la gare de Verviers Central.

Vous l’emprunterez jusqu’à Botrange où débute la randonnée pédestre que vous avez prévue pour la journée.

Précautions d’usage : vous avez chaussé des bottes en caoutchouc et vous vous êtes munis de la carte touristique des Hautes Fagnes que vous gardez à portée de la main.

Sur la grand-route : la Pierre à Trois Coins, près de laquelle s’embranche un large chemin qui descend vers la Fagne wallonne, la plus majestueuse et aussi la plus étendue des hauts plateaux.

Le chemin se rétrécit et conduit au Drello, une colline arrondie ployant sous les épicéas. La piste Fagnoul vous donne l’occasion fréquente de vous égarer sur un terrain hérissé de touffes de « molinies », ennemies impitoyables des chevilles.

Arrivés à un fond qui fut jadis une mare, vous longez la piste qu’on a protégée afin que se reconstituent les anciennes tourbières particulièrement profondes à cet endroit, en empruntant un sentier qui, d’un brusque ressaut, vous propulse vers un bois de sapin.

Le domaine du vent

Au sommet de cette butte, une halte est de rigueur. Coup d’œil vers cette vaste Fagne, le cœur bat plus fort, l’émotion est à son comble : les herbes fauves se penchent au gré du vent qui est maître céans et ne se prive pas de donner libre cours à ses mille fantaisies.

Coup d’œil, c’est d’ailleurs vite dit : le regard se lasse difficilement de cette « savane » dorée où le sollicitent des îlots de couleurs plus agressives. Bruyères mauves tranchant sur la tourbe « anthracite », feuillage pourpre des myrtilles, mousses vert tendre des sphaignes, ou fruits bleu noir de quelques rares genévriers.

Des arbres morts tendent vers le ciel leurs moignons et versent un peu plus de désolation dans un paysage auquel l’acier austère des épicéas aurait cependant suffi.

Des effets variés

Vous reprenez votre promenade jusqu’au hêtre doré de Clefay, une curiosité dans ce bois de résineux que vous traverserez avant de pénétrer dans la fagne de Clefay.

C’est sur la plate-forme que vous pourrez pique-niquer. A vos pieds, de toutes parts, le panorama s’amuse à varier ses effets : parmi le roux et la rouille de l’herbe et des arbustes, des bouleaux, des chênes, des hêtres affirment leur personnalité en modulant savamment leurs couleurs. Si le soleil est de la partie, les « drains » et ruisselets se mettent à briller d’un éclat bleu, réjouissant de lumière.

Cap vers le Sud ! Vous emprunterez les « ébauches » de sentiers ou vous traverserez résolument la Fagne jusqu’au bois de Calbour. A l’abri du vent, sous les pins dont les aiguilles feutrent vos pas, vous pouvez lâcher la bride à votre fantaisie : sautant un petit ruisseau ici, écartant des branches là, franchissant un coupe-feu, jusqu’à ce que vous ayez atteint la grande Rur (Roer).

Les hêtres dores et les épicéas

Cette rivière aux eaux limpides et ferrugineuses prend sa source en Fagne wallonne. Vous suivrez quelque temps son cours avant de faire halte au Pouhon Pietkin, bien connu des fervents de la Fagne.

Longeant toujours la Rur, encore qu’il n’y ait pas de véritable chemin pour le faire, vous pourrez admirer à loisir des groupes de hêtres dorés qui ont résisté vaillamment à l’assaut des épicéas.

La rivière surgit du bois pour sillonner une nouvelle fagne. Les yeux sont à nouveau à la fête : les herbes folles agitent au vent leurs blonds et leurs ocres, les hauts plateaux alternent leurs bois et leurs landes, nombre de rus reflètent un ciel plein de caractère (qu’il soit gris ou bleu, comme dit la chanson). Bref, la sérénité du paysage ici, son âpreté là vous renseigneront sur le bonheur. Vous en sortirez l’âme purifiée.

C’est à regret que vous vous soustrairez à l’envoûtement et que, par des chemins de campagne, vous vous dirigerez vers Sourbrodt (Bosfagne) où vous avez rendez-vous avec le bus en direction de Verviers.

Une journée que vous ne risquez pas d’oublier...


Source : Le Rail, octobre 1973