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De l’origine de quelques mots ferroviaires...

mercredi 20 juillet 2011, par Rixke

Plusieurs textes du XIIIe siècle parlaient déjà de chemin ferré, de ferratum iter, de viae ferratae. On désignait par là, semble-t-il, un type de chaussage solide revêtu de pierres grises couleur de fer ou ferré (chaussé) comme un sabot de cheval.

Ce serait De Givry qui, en 1784, aurait utilisé, le premier, l’expression chemin de fer en décrivant, dans son « Journal de mon voyage d’Angleterre », la ligne de la fonderie de Coalbrookdale, qui était ferrée avec de l’écume de fer (scories de fer).

L’expression ne fut pas adoptée d’emblée, même après l’apparition en France des premiers rails laminés. On parla encore de chemin ferré, mais aussi de chemin à ornières de fer, de route à ornières, de chemin à bandes de fonte, de voie à bandes de fer, de chemin en fonte de fer, de chemin en fer forgé (à partir de 1826), de rail-route, de rail-voie, de chemin à rail(s)...

Chemin à ornières de John Curr (1774).

On envisagea même vers 1821 de baptiser les voies nouvelles de canaux secs pour éviter que le fisc les assimilât à de quelconques routes à péage !

En 1840, chemin de fer était déjà « à demi consacré par l’usage ». C’est ce que reconnaissait P. Leroux, qui trouvait préférable le nom de route ferrée parce que « les ornières seules sont en fer ». Mais ce terme « plus précis et plus en harmonie avec notre langue » n’a pas prévalu.

Là où aujourd’hui on dirait rail, on utilisa guide (1776), bande (1784), longuerine (1787), tringle (1791), plaque, barreau, barre, coulisse, boudin, ornière, lame, limande, longrine, rainure et même rouage. A noter qu’on ne ressuscita pas reile, ce mot du vieux français, issu du latin regula, qui avait été à l’origine de rail.

Au début, le genre du mot rail fut hésitant. Certains de ceux qui en faisaient un féminin écrivirent même raile.

Dès 1826, rail devint synonyme de chemin de fer.

Pour une double route en fer, un chemin de fer double, on utilisa ligne dès 1817.

Il est curieux de noter aussi qu’avant d’adopter définitivement le mot anglais tunnel, on utilisa d’abord des mots bien français : souterrain, passage souterrain, canal voûté, canal souterrain, percement souterrain, percée souterraine, galerie souterraine, entonnoir et tonnelle (dans le sens de tuyau souterrain, qui était déjà utilisé au XVIe siècle et dont les Anglais firent tunnel). Une tentative de tunelle au féminin (1829) resta sans lendemain.

Quant au mot viaduc, d’origine latine, mais venu lui aussi d’Angleterre, il fut précédé de périphrases embarrassées dans lesquelles il était question d’échafaudages sur des espèces de digues, d’arcades et de grands ponts, de construction à la manière des grands aqueducs, de pont-aqueduc...

Le vieux mot français gare a supplanté place de passage, point de chargement, débarcadère, embarcadère, port sec, estacade et, beaucoup plus tard, station.

La machine à vapeur fut appelée cabriolet conduit par le feu et la vapeur d’eau (1769), voiture à feu (1771), machine ambulante (1817), cheval de fer (1818), cheval de vapeur (1821), remorqueur, machine à vapeur roulante ou locomotive (1825), locomotive (1827).

Le mot tender (issu du français lui aussi : tend, apocope d’attend, servir) s’imposa très tôt (1842) et supplanta des périphrases (wagon qui porte l’eau et le combustible, chariot portant la houille et l’eau), le mot allège et l’expression chariot ou fourgon d’approvisionnement.

Chariot et char étaient antérieurs à wagon (orthographié aussi waggon, vagon et vaggon), qui ne s’imposa pas d’emblée et que l’on distingua de voiture pour la première fois en 1839.

Si vous voulez plus de détails, consultez « La Formation du vocabulaire des Chemins de fer en France (1778-1842) », de Peter J. Wexler ; cet ouvrage est à votre disposition à notre Bibliothèque (n° B 4325).


Source : Le Rail, novembre 1967.