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Le chemin de fer des trois vallées

G. Finet.

mercredi 23 octobre 2013, par rixke

Le Chemin de Fer des 3 Vallées, le « CF3V », c’est celui des Vallées de la Brouffe, de l’Eau Blanche et de l’Eau Noire, et du Viroin, rivières charmantes qui, de Mariembourg à Treignes, escortent capricieusement l’ancienne ligne à voie unique, partie de la ligne 132 de la SNCB, qui jusqu’en 1954 assura la liaison entre le Pays de Charleroi et Vireux-Molhain sur les bords de la Meuse française. Cette ligne a vécu un siècle.

Elle a aussi été le théâtre des exploits des héros de Arthur Masson, le chantre à la fois truculent et sentimental de ce beau pays de Thiérache et d’Entre-Sambre-et-Meuse, Masson qui nous a révélé Toine Culot, Thanasse, Casimir et tant d’autres personnages hauts en couleur.

Ce pays, c’est aussi Olloy-sur-Viroin, Vierves-sur-Viroin, Nismes, Pettigny, Couvin, localités coquettes et pittoresques tapies au creux des vallons ou juchées à flanc de coteaux, dont l’altitude varie de 150 à près de 400 mètres. C’est dans cette région au profil tourmenté, sur quoi régnent des forêts millénaires de feuillus et des sapinières sauvages, qu’un groupe de « mordus » a fait revivre cette ancienne ligne de la SNCB.

Le 20 décembre 1973, une association « d’amis du rail » se constituait en ASBL, présidée par Monsieur Michel Pâques, un conducteur « électrique » de Charleroi qui, sans avoir jamais connu la traction vapeur, en éprouvait la nostalgie. Il n’est d’ailleurs pas le seul...

Les deux années qui suivirent furent destinées aux contacts, recherches, démarches de toutes sortes auprès des pouvoirs publics et de la direction de la SNCB.

L’enthousiasme et le dynamisme de Michel Pâques et de ses collaborateurs triompha de tous les obstacles...

Le 11 juin 1975 « une première assemblée générale » dynamique de l’ASBL permettait au CF3V de prendre un départ réel.

Une douzaine de membres, animés de cette foi qui soulève les montagnes ou qui « remet » une ligne en état d’exploitation, s’en allèrent, armés des outils les plus divers : scies, pioches, ciseaux, pelles ; ils se ruèrent à l’assaut des éléments parasitaires qui, depuis le temps, avaient repris possession de l’assiette de la voie, tout au long de ses 14 km et de son tunnel de 499 mètres.

Les professions les plus diverses étaient représentées dans ce « bataillon des défricheurs » : des cheminots, des anciens vaporistes, des employés, des étudiants, des professeurs, un mécanicien-dentiste, des assistants sociaux, des ingénieurs, un prêtre, deux pharmaciens et un notaire... qui, au fil des mois se sont mués en peintres, piocheurs, ajusteurs, gardes, aiguilleurs, mécaniciens, chauffeurs, chefs de gare ou chef de mouvement. Après la voie et ses aiguillages... il y eut les premières acquisitions... souvent au prix de la mitraille... Mais que de courage, d’astuce, d’huile de bras ou de matière grise pour remettre en état des vieilles locomotives, abandonnées peut-être depuis des années sur la cour d’un charbonnage !

Le 27 décembre 1975, trois locos à vapeur circulèrent en « convoi exceptionnel » de Monceau à Mariembourg où l’ancienne remise aux locomotives avait été rafistolée pour servir de dépôt au matériel du « CF3V ».

Au passage à Jamioulx le convoi est arrêté pour « boîte chaude » à une loco. A l’arrivée à Walcourt, deux locos sont décrochées et la MF91 (Monceau-Fontaine 91) poursuit seule son voyage... malgré un cendrier récalcitrant.

Arriverait-elle à Mariembourg ? Finalement, à la nuit tombante et dans l’euphorie générale, la MF91 faisait sa joyeuse entrée dans la jolie gare provinciale.

Après prise d’eau et adjonction de deux fourgons, le train prit - en sifflant - la direction de Treignes - c’est-à-dire de « sa » ligne.

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Après une parenthèse de 13 ans, c’est avec une surprise, teintée de bonheur, que les riverains virent des panaches de fumée blanche se dérouler au-dessus des arbres figés dans la brume hivernale.

La première locomotive était arrivée... les autres suivirent... Aujourd’hui, le CF3V abrite dans son dépôt de Mariembourg quatorze locomotives à vapeur dont quatre sont en ordre de marche, neuf en « chute de timbre » [1] et la dernière doit être révisée. Elles sont du type 020, 030, ou 040 ; et si la plus ancienne date de 1904, la plus récente a été construite en 1951 - la CA04 - pour les cokeries d’Anderlues.

Et puis il y a les autorails... dont trois proviennent des Pays-Bas et les « Shienenbus », deux autorails de la DB avec leurs remorques... Ce matériel, réformé sur ses réseaux respectifs, a été construit à des époques différentes.

Et derrière les locomotives on accroche des voitures : le CF3V dispose de deux rames de voitures « en bois » ; 6 voitures GCI ex. P de la SNCB et un fourgon ; une rame de 4 voitures - ex. allemandes ex. X-SNCB et enfin deux voitures à deux essieux, héritées des Charbonnages de Bois-du-Luc et qui ont servi au transport du personnel « intra muros ».

Pour compléter l’effectif du CF3V, ajoutons que la Société dispose également de deux locos Diesel - parmi les toutes premières construites, qui constituent donc déjà de belles pièces de musée - un tracteur et deux draisines - qui servaient aux voyages d’inspection sur les lignes de la SNCB pendant la période de l’entre-deux-guerres. L’année 1979 sera la quatrième année d’exploitation du CF3V. En 1976, il a reçu la visite de 8000 visiteurs, en 1977, il y en eut 12000 et en 1978 près de 20 000.

D’ailleurs les responsables souhaitent faire de leur ligne, une « ligne-musée » avec rétablissement de la signalisation à deux positions...

Les premiers trains circuleront cette année à partir de Pâques... puis tous les week-ends ; pendant dix-huit jours en juillet, quatorze jours en août, tous les week-ends de septembre, et le 30 de ce dernier mois, aura lieu le « Festival de la Vapeur ».

On assistera vraisemblablement au retour de la 29013 SNCB à Mariembourg.

Les trains SNCB de la ligne 132 - Charleroi-Mariembourg sont en correspondance dans cette dernière, gare avec les convois du « CF3V » - Mariembourg-Treignes - quatre voyages A-R en moyenne par jour à partir de 11 heures.

Pour renseignements : M. J.-M. Warzée - route de Gembloux, 25 - Saint-Servais.

Siège social : Maison communale - Grand’Place, 6370 Mariembourg.


Source : Le Rail, mai 1979


[1Chaudière vieillie : donc, 10 locos sont des pièces de musée.