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A propos des inscriptions sur les wagons à marchandises

R. Larosse.

mercredi 13 juin 2012, par rixke

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« Pourquoi ces nombreuses inscriptions sur les wagons à marchandises ? » Cette question, le profane qui s’intéresse quelque peu au matériel roulant du chemin de fer ne manque pas de la poser. Sans doute voit-il d’emblée qu’un wagon porte la marque de l’administration à laquelle il appartient (repère 1) et un numéro d’ordre (repère 2), et comprend-il aisément qu’on ne saurait s’en passer puisque c’est là, en somme, avec la plaque de construction, l’état civil du wagon.

Les autres inscriptions - et elles sont multiples - répondent toutes à des besoins précis, soit des clients pour les possibilités d’emploi dès véhicules, soit des cheminots pour l’exécution du service.

 Marques d'identification

Nous avons déjà cité les marques d’identification principales. Il y en a d’autres.

Sur les wagons belges, le type de véhicule est désigné par un nombre de quatre chiffres souvent suivi d’une lettre (repère 3). Cette désignation du type de véhicule simplifie beaucoup les correspondances ayant pour objet les fournitures et les recherches de matériel. Par exemple, 1214 B signifie : wagon-tombereau, de 20 tonnes au moins, d’origine belge et possédant un châssis à quatre longerons, matériel d’après-guerre.

Les wagons appartenant à des particuliers et immatriculés dans le parc d’une administration de chemin de fer (dont ils portent la marque) se caractérisent par la lettre P encadrée, apposée à la suite du numéro d’ordre (repère 2). Ils portent évidemment le nom ou la raison sociale de leur propriétaire.

 Marques de construction et d'équipement

Ces marques donnent des précisions sur certaines caractéristiques du wagon, ce qui dispense de vérifications ou de mensurations lors de l’emploi ou de l’acheminement.

A l’intention des usagers, on trouve notamment sur les wagons :

  • La tare du véhicule en kilos (repère 4), de toute utilité pour la détermination par pesage du poids net des chargements de marchandises en vrac ;
  • La capacité volumétrique des wagons-réservoirs ;
  • La longueur utile du plancher des wagons plats de plus de 10 m de long, ceci notamment pour éviter les doutes lorsqu’il s’agit de charger des pièces longues ou des véhicules (repère 5) ;
  • L’écartement des essieux extrêmes (repère 6), notion utile à connaître pour le virage éventuel sur plaques tournantes ou pour le déplacement par ponts transbordeurs ;
  • Une marque signifiant que le wagon est équipé de boîtes d’essieux où le graissage est assuré par un bourrage imprégné d’huile, appelé « packing » (repère 7).
    Cette marque indique aux firmes qui déchargent les wagons au moyen d’appareils basculeurs qu’il n’y a aucune opération spéciale à effectuer aux boîtes avant et après le basculement, parce qu’il n’y a pas de risque de perte d’huile ou de dérangement d’organes de graissage. Elle sert aussi pour le repérage par les gares des wagons à fournir aux expéditeurs de chargements à destination de firmes qui recourent au basculement.

Une marque qu’on observe maintenant sur les wagons de construction récente, le signe St associé à la marque RIV, dont nous parlerons plus loin, signifie qu’il s’agit d’un véhicule répondant aux caractéristiques communes des wagons des types unifiés. On sait que, depuis quelques années, l’Union internationale des Chemins de fer a réalisé l’unification des caractéristiques essentielles des wagons de types courants (longueur, largeur, volume, capacité de chargement, tare maximum, portes, orifices de ventilation, etc.) ; elle poursuit actuellement l’unification de certains types de wagons spéciaux. Si le signe St est complété par UIC, il s’agit non seulement d’un wagon unifié, mais d’un wagon de modèle normalisé, construit entièrement suivant les dessins de l’Union internationale (repère 8).

Le personnel de l’exploitation se base sur les marques suivantes pour déterminer si, lors de la composition des trains, le pourcentage de freinage exigé est atteint, compte tenu des lignes à parcourir et du régime de vitesse :

  • L’indication, par des bandes blanches peintes sur les montants d’angle, du genre de frein à air (repère 9) : soit le frein pour trains de marchandises, soit le frein pour trains de voyageurs, soit un frein mixte voyageurs-marchandises, avec inverseur permettant de passer d’un régime à l’autre, soit seulement une conduite de frein, assurant la continuité de freinage du train sans que le véhicule soit lui-même freiné ;
  • Le système de frein à air (Westinghouse, Oerlikon ou autre) et le nombre de tonnes freinées (repère 10).

Enfin, le personnel est tenu de vérifier, surtout après les opérations de déchargement, si les accessoires amovibles dont certains wagons sont munis sont bien présents et remis en place (par exemple, les ranchers des wagons plats, les rampes de chargement et passerelles des wagons spéciaux pour transport d’automobiles, les barres à crochet pour la suspension de la viande dans les wagons réfrigérants). A cette fin, à côté d’une lettre A, les types des accessoires, suivant un code, ainsi que leur nombre, sont inscrits sur les wagons.

Sur cette extrémité de wagon-tombereau, on distingue, dans le bas du panneau de caisse, l’échelle de graissage l’indication 3 M figurant à gauche de cette marque signifie que le véhicule doit subir les opérations de graissage tous les trois mois. Les chiffres 1 à 12 se rapportent aux douze mois de l’année. Au moment où la photo a été prise, le wagon avait été graissé pour la dernière fois le 2 septembre 1961, par l’atelier de Saint-Ghislain (SGL). Le signe + figurant à droite de l’échelle de graissage signifie que les essieux du véhicule ont été vérifiés aux ultra-sons lors de la dernière révision.

 Marques d'utilisation

En raison de leur construction et du service qu’ils ont à assurer, les wagons ne peuvent pas être tous admis à la circulation générale, sans restriction et dans n’importe quel train. Aussi faut-il sur les wagons des marques définissant les conditions dans lesquelles ils peuvent circuler ou indiquant qu’ils sont momentanément retirés du service. Ce sont :

  • Le signe RIV, indiquant que le wagon peut être utilisé en trafic international parce que répondant aux conditions du règlement international pour l’emploi réciproque des wagons (repère 11 ou 8). Ce signe est aussi une marque de construction : il garantit que le véhicule a été construit suivant les prescriptions techniques imposées par ce règlement. Si cette marque manquait, le personnel serait tenu, dans les gares frontières, de vérifier à chaque véhicule si ces conditions sont remplies ;
  • Le signe sur les wagons qui ne peuvent circuler qu’en service intérieur belge ;
  • La marque EUROP (les wagons ainsi marqués ne doivent pas obligatoirement rentrer à leur administration propriétaire après chaque expédition, ce qui évite les parcours à vide ; voir « Le Rail », n° 43, page 17) ;
  • Le signe S sur les wagons pouvant circuler à des vitesses de plus de 80 km/h jusqu’à 100 km/h, et le signe SS sur ceux, très peu nombreux, pouvant atteindre la vitesse maximale de 120 km/h ;
  • Le signe sur les wagons continentaux pouvant circuler en Grande-Bretagne (liaison par ferry-boats) ; les Chemins de fer britanniques imposent en effet des conditions spéciales pour l’admission des wagons étrangers, notamment pour les freins et la largeur des véhicules, le gabarit britannique étant moins large que le gabarit continental ;
  • Le nom de la gare d’attache, sur les wagons mis en dépôt en raison de leur petit nombre et de leur utilisation particulière, ainsi que sur les wagons de particuliers ;
  • L’indication éventuelle du service spécial auquel le véhicule est affecté (navette entre deux gares, par exemple) ;
  • Les prescriptions à observer pour la manœuvre de certains équipements spéciaux, telles les toitures mobiles ;
  • La lettre X sur les wagons en surabondance momentanée et mis en garage pour une certaine durée.

 Marques de chargement

Parmi les marques de chargement, la plus importante est la marque combinée ABC, indiquant en tonnes les limites jusqu’auxquelles le wagon peut être chargé pour la circulation sur les voies admettant un poids total par essieu respectivement de 16 tonnes (A), 18 tonnes (B) et 20 tonnes (C) (repère 12). En outre y figurent aussi, s’il y a lieu, les limites de charge à observer lorsque l’acheminement doit se faire à des vitesses dépassant 80 km/h (wagon S) ou 100 km/h (wagon SS). Cette réduction éventuelle de charge en fonction de la vitesse vise à limiter la fatigue de la voie.

Sur les wagons plats dont la longueur utile de plancher dépasse 10 m, on inscrit en outre, pour trois longueurs différentes, les limites à ne pas dépasser pour les charges concentrées, ceci afin d’éviter des surcharges inadmissibles de la partie centrale du châssis.

Les wagons de particuliers portent l’indication de la marchandise au transport de laquelle ils sont affectés.

Extrémité d’un wagon plat à bogies du type UIC construit par notre A.C. Malines. On distingue :
  1. Sur le longeron (de gauche à droite) :
    • Les bandes blanches indiquant le genre de frein à air dont le wagon est pourvu ;
    • La marque de propriété de notre administration ;
    • Le numéro d’ordre ;
    • L’indication de la tare (sous le numéro) ;
    • L’indication de la tare arrondie ;
    • Les marques de chargement sous la forme du cadre A.B.C. combinées avec celles admises en régime « S » ;
    • La longueur utile du plancher ;
  2. Sur le bogie : l’écartement des essieux du bogie.

 Marques d'entretien et de réparation

En dehors des réparations urgentes, le maintien des wagons en bon état est basé sur l’entretien périodique, qui consiste à exécuter des opérations d’entretien bien déterminées, selon une périodicité définie, l’importance des travaux étant en relation avec leur périodicité.

Les marques d’entretien et de réparation donnent au personnel de visite et des ateliers des renseignements sur les travaux effectués et permettent de régler les passages en opérations périodiques. On y trouve notamment les marques ci-après :

  • Derniers passages en entretien ou en réparation (sur une paroi d’about) ;
  • Dernière révision périodique, qui se fait tous les trois ou quatre ans (repère 13) ;
  • Graissages périodiques de l’année en cours et indication du délai de graissage (repère 14) ;
  • Vérification périodique des boîtes d’essieux autres que les boîtes à rouleaux (repère 15) ;
  • Dernier graissage des bogies (repère 16) ;
  • Entretien et réparation des toitures ;
  • Peinture complète.

Dans le cadre de cet article, il n’a pas été possible de donner toutes les inscriptions qu’on peut rencontrer sur les wagons. Les énumérations qui précèdent montrent à suffisance la complexité des inscriptions, l’étendue des renseignements qu’elles donnent, leur nécessité et les difficultés qui surgiraient dans l’exploitation si elles n’existaient pas.

Autre extrémité d’un wagon plat à bogies du type UIC construit par notre A.C. Malines. Sur cette photo figurent, en partant de gauche :
  • Le signe indiquant que le véhicule peut circuler sans difficulté en courbe de 150 m de rayon ;
  • Sous le précédent, l’indication de l’écartement des pivots de bogies ;
  • La marque RIV, à laquelle sont accolés les signes St et UIC montrant qu’il s’agit d’un wagon construit d’après les dessins de l’Union internationale des Chemins de fer ;
  • Dans un cadre, sous les lettres REV, l’indice de l’atelier qui a effectué ta dernière révision ainsi que ta date de cette opération ;
  • Le signe indiquant que le wagon comporte certaines pièces interchangeables avec celles, identiques, d’autres réseaux ;
  • Sous le précédent, les lettres Sp, signifiant que le wagon est construit en acier spécial ;
  • L’indication du type du véhicule.

Quant à leur emplacement, il ne varie guère : il faut cependant tenir compte des particularités de construction du véhicule et de la possibilité d’apposer à l’endroit désiré telle inscription déterminée. Afin que les usagers et agents n’aient pas à chercher et trouvent rapidement les inscriptions qui les intéressent, la zone d’emplacement des inscriptions de caractère international est la même pour toutes les administrations et est précisée au Règlement international pour l’emploi réciproque des wagons.


Source : Le Rail, février 1962